30 novembre 2022
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Algérie : l’Etat de quatre sous

TRIBUNE

Algérie : l’Etat de quatre sous

L’Algérie du pouvoir n’est pas viable, ses jours sont comptés, tandis que l’Algérie du peuple est en train de se consolider à travers les épreuves qu’il lui inflige régulièrement.

La révolution pacifique qui a été rendue impossible va tôt ou tard devenir une révolution incontrôlable. Jusqu’à ce que l’Algérie du pouvoir devienne l’Algérie du peuple, lavée par la révolution citoyenne.

Il vaut mieux qu’il réfléchisse à la manière de remettre les clés au peuple et de s’en aller avant d’être pris dans un incendie qu’aucun Canadair n’éteindra.

L’Algérie du pouvoir née en juillet 1962 d’un coup d’Etat qui l’a détournée des idéaux de la révolution du 1er novembre 1954 s’approche de sa fin. Elle est en cours d’être évincée du champ gravitationnel de l’Algérie citoyenne. Ce qui meurt dans l’esprit, dans la conscience et dans le cœur ne tarde pas à mourir dans la réalité. Or tout montre que les Algériens vomissent ce pouvoir, le plus médiocre de son histoire.

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Si l’Algérie du pouvoir n’a jamais été aussi près de sa perte, l’Algérie du peuple n’a jamais été aussi proche de la réalisation des promesses de Novembre : asseoir un Etat démocratique et social sur la volonté et la souveraineté populaires. 

L’Etat qui dirige actuellement l’Algérie est, comme chacun sait, un Etat dont la Constitution, le président et le parlement n’ont recueilli en moyenne que 4% des suffrages populaires, frange formée en majorité des personnes dont le vote est une obligation dans le sens où ils sont ses obligés, serviteurs ou profiteurs. 

L’Algérie du pouvoir (RADP) n’a plus de fondements Républicains, Démocratiques ou Populaires. Quel est le nom qui convient à un pouvoir qui repose sur 4 % de son corps électoral ? Dictature ? Ploutocratie ? Maffiocratie (« Issaba ») ? Junte militaire ?

C’est, dans le meilleur des cas, un Etat de « quatre sous » (« rab’aa douro ») selon la vieille expression populaire par laquelle on désigne ce qui est de bien peu de valeur, de très peu de crédibilité, le bas de gamme (en arabe algérien, « kach Bakhta »).  

Ce pouvoir illégitime a fait tout ce qu’il ne fallait pas faire pour désespérer le peuple dont il s’est définitivement désarrimé, et a fait tout le mal qu’il pouvait soit par mépris, soit par incompétence. Lui a choisi de cumuler les deux. 

Tebboune a sifflé la fin de la partie le jour où il a déclaré qu’il n’avait que faire du vote du peuple. Jamais personne n’a commis pareille bévue, aucun homme politique doué de raison ne s’est permis une telle bravade en public.

Le temps officiel a été consommé en trois étapes : une fausse élection présidentielle, un référendum négatif et une Assemblée nationale à quatre sous « élue » avec 4% des voix. L’Algérie joue maintenant le temps perdu avant d’éventuelles prolongations, après quoi il faudra un gagnant et un perdant. Les prolongations, ce seront les élections communales et wilayales.

Dirigé par l’arrière-ban qui était en service sous les Bouteflika, cet Etat va dilapider les quatre sous de réserves de changes qui n’ont pas été volées au temps des Bouteflika dans des actions à visée populiste.

Un Etat de cet acabit, diminué à ce point, peut se couper en quatre, se démener dans tous les sens, mentir comme un arracheur de dents, jamais il n’arrivera au rendement d’un Etat légitime. Tout ce qu’il fera passera pour des remèdes à quatre sous, à deux balles. 

Le Ciel, la terre, le feu, les crues et le peuple algérien sont simultanément entrés dans une grande colère contre cet Etat dépourvu de légitimité et d’intelligence. Le découplage de la Kabylie du reste du pays a été pensé et voulu par le pouvoir. Les mâchoires de l’étau ont pour nom Chenegriha et Bengrina.

Cet Etat de quatre sous ne peut pas résister au mauvais temps s’il s’installe durablement. Les marches sahariennes contre le chômage, les « coupures » de routes pour protester contre les coupures d’eau, le débordement des structures sanitaires par la montée en flèche des variants du Covid, la dépréciation continue du dinar, tous ces indices montrent que le pays veut en finir avec le plus mauvais pouvoir connu par les Algériens.

Le martyre infligé au jeune Djamel Bensmaïl (Allah irahmou) par des mains criminelles à Larbaa Nath Irathen aux cris de « pouvoir assassin !», et les paroles de haute teneur morale de son père, resteront dans les mémoires comme les auspices sous lesquels s’est engagée l’Algérie unie et solidaire dans l’heur et le malheur. 

Les autorités morales et administratives de Larbaa Nath Irathen pourraient songer à inscrire son nom sur une stèle dédiée à l’idéal d’unité nationale pour lequel il est mort à l’instar des « chouhada » tombés dans la région entre 1847 et 1962.

J’irai personnellement m’incliner devant elle.

Auteur
Nour-Eddine Boukrouh

 




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