13 juillet 2024
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Ali Benflis ne sera pas candidat à la présidentielle

Dans un communiqué

Ali Benflis ne sera pas candidat à la présidentielle

Dans une déclaration tombée dans l’après-midi, le président de Talaie El Hourriyet, Ali Benflis, annonce qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle. Nous vous livrons le communiqué :

« Notre pays vit des moments d’une exceptionnelle gravité. Il fait, véritablement, face à un défi existentiel. De toutes les crises politiques auxquelles l’Algérie a été confrontée, depuis son indépendance, celle-ci est incontestablement la plus grave et la plus lourde de périls pour le devenir de l’Etat national.

Oui, la pérennité de l’Etat national est l’enjeu de ces heures critiques. Depuis de longues années, tout ce que ce pays compte de forces vives, saines et conscientes, n’a cessé de mettre en garde contre toutes les dérives criantes qu’elles constataient chaque jour et qui, en s’accumulant, ont mené le pays à la situation tragique qui est la sienne aujourd’hui. Toutes ces dérives avaient un prix et ce prix là nous le payons aujourd’hui en espérant qu’il ne soit pas trop lourd pour notre peuple.

Ne nous trompons pas de lecture, ce qui est remis en cause en ces heures décisives, c’est tout un système politique qui a, irrémédiablement, tourné le dos à la modernité politique en pensant survivre et prospérer à l’abri des archaïsmes et au moyen de recettes et de méthodes d’une ère révolue depuis bien longtemps.

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Ce qui est remis en cause, en ces heures décisives, c’est tout un régime politique négateur dans son essence même de la citoyenneté, des droits et des libertés. Ce qui est remis en cause, en ces heures décisives, c’est toute une non gouvernance bâti exclusivement sur l’allégeance, le clientélisme, la prédation des richesses et la prévalence d’intérêts catégoriels sordides sur l’intérêt général.

Et, c’est ainsi que l’Etat national a cessé d’être l’Etat des citoyens pour n’être que l’Etat de clans, de factions et de coteries. Et c’est ainsi, également, que l’Etat –Nation a cessé d’être l’Etat protecteur et défenseur de tous pour n’être plus qu’un Etat rempart pour une minorité et un Etat oppressif pour la grande majorité de notre peuple. Et c’est ainsi, enfin, que l’Etat national a cessé d’être l’incarnation de la volonté générale pour ne plus être qu’une somme de volontés particulières, sans attache avec les besoins et les aspirations de l’ensemble de notre peuple.

Pour faire durer cet état de fait comme bon lui semble, le régime politique en place a toujours cru qu’il avait la partie faite. Pour cela, il croyait pouvoir parier sans risque sur l’atonie et la lassitude des algériennes et des algériens. Il a cru aussi qu’il suffirait d’instiller en eux des sentiments de peur et d’effroi. Il a cru, enfin, que la seule menace d’instabilité et de chaos les tétaniserait et leur ferait oublier leur soif de liberté, la revendication de leurs droits et leur quête d’une citoyenneté pleine et entière.

Aujourd’hui, il est clair que le régime politique en place a eu tout faux et ce sur toute la ligne.

Qui mieux que notre peuple lui-même pouvait voir tous ces paradoxes non pas seulement pour les constater et s’y résigner mais pour les refuser et s’insurger contre eux.

Le paradoxe d’un pays libéré au prix fort mais dont le peuple reste opprimé par d’autres moyens dans son pays indépendant et souverain.

Le paradoxe du dépassement, lui aussi chèrement payé, du pouvoir unique avec pour seule perspective au bout du tunnel, l’homme providentiel et le pouvoir à vie.

Le paradoxe d’un pays plein de vie, plein de rêves et d’ambitions et riches de ressources qui ne se comptent pas mais, condamné à marcher à reculons, à aller à contre courant de l’Histoire des Nations et condamné à compter ses échecs sans espoir de pouvoir les méditer pour mieux les redresser.

Le paradoxe d’un pays qui sait qu’il fait fausse route et qui sait qu’il se condamne à d’autres échecs en répétant les mêmes erreurs, mais auquel il n’est proposé, comme projet d’avenir mortifère, que la persistance dans l’erreur et la continuité dans l’échec.

Aujourd’hui, c’est le peuple, lui-même, et lui seul, qui a décidé de mettre fin à tous ces paradoxes. Pour ce faire, il n’a pas abattu un seul mur mais plusieurs.

Il a abattu, d’abord, le mur du silence qui lui était imposé. Il a décidé de parler haut et fort. Lorsque le peuple décide de prendre la parole, il la prend et n’attend pas que l’on la lui donne. Il ne reste alors qu’à l’écouter avec attention, admiration et respect. Sa parole vaut tous les programmes politiques réunis.

Le peuple algérien a abattu, également, le mur de la peur. Il a rejeté, de la manière la plus forte, de la manière la plus explicite, et de la manière la plus catégorique, l’option du « nous ou le chaos » dans laquelle le régime politique en place a cru pouvoir l’enfermer, ne lui laissant que le choix entre la peste et le choléra, c’est-à-dire, la régression avec lui ou le déluge sans lui.

Le peuple algérien a, enfin, abattu le mur de la soumission à l’arbitraire et aux faits accomplis que le régime politique en place a cru pouvoir lui imposer indéfiniment.

Tout en abattant ces murs de la honte et de la décadence, le peuple algérien a jeté les ponts de l’harmonie et de la cohésion entre toutes les composantes de la Nation. En effet, c’est un peuple et un seul qui se rassemble autour de valeurs de liberté, de droits et de citoyenneté. C’est un peuple et un seul qui a levé l’étendard de la modernité et de la démocratie. C’est un peuple et un seul qui entend recouvrer sa souveraineté confisquée.

En une phrase simple, le peuple algérien s’est réapproprié la maitrise de son destin. Il est porteur d’un premier message et ce message est celui de l’égalité dans la citoyenneté, de l’Etat de droit, de la légitimité et de la responsabilité de ceux qui aspirent à parler et à agir en son nom.

Le peuple algérien est porteur d’un second message et ce message est celui de la restauration de sa souveraineté pleine et entière dont la longue confiscation l’a condamné à être un simple observateur de son devenir malmené sans qu’il ait un mot à dire, une reddition des comptes à exiger  ou une sanction à prononcer.

Le peuple algérien est, enfin, porteur d’un troisième message et ce message est que désormais rien ne saurait être entrepris en dehors de sa volonté et à fortiori contre elle.

Ce qui s’exprime aujourd’hui dans nos villes et dans nos villages, dans nos avenues ou dans nos ruelles, dans nos dachras et dans nos mechtas, c’est la souveraineté populaire en marche ; c’est la volonté populaire en action et c’est l’intérêt général qui fixe les limites aux intérêts particuliers étroits qui ont tout balayé sur leur passage.

Mesdames et Messieurs,

Dans mes tous premiers mots devant vous, j’ai estimé que de toutes les crises politiques auxquelles l’Algérie a été confrontée depuis son indépendance, celle-ci est incontestablement la plus grave et la plus lourde de périls pour le devenir de l’Etat national.

Je crois vous devoir quelques explications à propos de ce constat alarmant, à juste titre.

Jamais dans l’histoire de nos crises politiques, le centre de la décision nationale n’a connu une vacuité semblable à celle qu’il connait aujourd’hui et ce, au moment même où le pays est confronté à une crise de régime profonde et sans précédent.

La vacance du pouvoir solidement établie, ce sont des forces exta-constitutionnelles qui ont pris possession du centre de la décision nationale et n’en font que l’usage qui sied le mieux à leurs ambitions accapareuses, à leur appétit insatiable pour le pouvoir et la richesse et à tous leurs intérêts sordides qu’ils ont pu servir à satiété à l’abri d’un régime politique qui leur a très longtemps assuré défense, protection et impunité.

Gagnées par la panique et saisies de désarroi, ces forces extra- constitutionnelles ont cru assurer leur survie à travers une candidature fictive à un mandat présidentiel tout aussi fictif. Certains disent que cela a été la goutte qui a fait déborder le vase. Je suis quant à moi enclin à penser que cela a été l’étincelle qui a permis d’illuminer le chemin du sursaut et du renouveau.

Depuis vingt ans c’est une sorte d’Etat sultanat qui s’est insidieusement substitué à l’Etat nation moderne que nous voulions bâtir ensemble. La Constitution de cet Etat moderne était restée et restera à jamais pour nous et pour les générations à venir, l’ambition la plus forte, le désir le plus cher et l’objectif suprême.

Dans cet Etat nation moderne, la loyauté, la fidélité et l’allégeance ne vont jamais à un homme quel qu’il soit. La fidélité va au peuple, la loyauté va à l’Etat et l’allégeance va à la Nation et à la République.

En ces heures critiques, il n’y a aucun autre serment qui vaut plus que celui de la protection de notre peuple, de la sauvegarde de la République et de la défense de l’Etat national.

C’est, dans cet esprit, que toute l’attention des algériennes et des algériens se porte sur les conditions de sortie de cette crise de régime qui offre à nos yeux ses dernières convulsions.

Les conditions inacceptables de tenue de l’élection présidentielle ont été le facteur déclencheur de ces dernières convulsions d’un régime politique aux abois. Ma place n’est plus dans une compétition électorale dont notre peuple du Nord au Sud et d’Est à l’Ouest dénonce avec vigueur le caractère biaisé et faussé. Le peuple a pris la parole et je l’ai entendu. L’élection présidentielle, dans les circonstances actuelles, n’a ni sens ni raison d’être. Maintenue telle que conçue par les forces extra- constitutionnelles elle ne serait que la source d’un surcroit de tensions et un terreau pour tous les dérapages.

En quelques mots, l’élection présidentielle est manifestement en profond décalage par rapport aux nouvelles réalités politiques créées par les demandes actuelles du peuple algérien.

Ma place n’est plus sur le terrain électoral. Elle est au milieu de nos concitoyennes et de nos concitoyens. Cette génération qui s’est levée était une génération en attente d’une cause. Cette cause elle l’a trouvée. Elle l’a prise dans ses bras et elle ne la laissera pas choir.

Cela veut dire que face à la persistance des forces extra- constitutionnelles dans la soumission d’une candidature fictive à un autre mandat présidentiel tout aussi fictif, le peuple algérien n’a pas dit son dernier mot.

Avec la présentation d’une telle candidature toute la honte du monde s’est abattue sur notre pays. Ils se comptent par millions les algériennes et les algériens qui ressentent, cette candidature comme une provocation inqualifiable et comme une atteinte à la dignité d’un peuple et à l’honneur d’une Nation.

Face à cette provocation, et à cette initiative attentatoire  aux intérêts vitaux de la Nation, le peuple algérien a exprimé pacifiquement son rejet indigne avec un haut degré de maturité civique, de conscience politique et d’attachement inentamable à la paix civile.

De ce point de vue, la persistance dans la présentation de la candidature à un cinquième mandat ne peut se concevoir que comme un surcroit de provocation et une surenchère ne visant rien d’autre qu’à faire prévaloir, coûte que coûte, quelques intérêts particuliers sur les intérêts vitaux du pays.

De ce même point de vue, cette fuite en avant s’interprète comme un viol de la volonté générale  et de la souveraineté populaire.

De ce même point de vue, ce saut dans l’inconnu dont le régime politique en place assume la lourde responsabilité, n’aide pas à conjurer les périls qui menacent notre chère patrie commune.

Il est encore temps de conjurer ces périls. J’ai longuement réfléchi et consulté à propos  d’une sortie possible de la crise de régime majeure dont nous sommes témoins et dont l’exacerbation risque de tout emporter avec elle.

Toutes les forces constitutionnelles patriotiques et toutes les autres forces vives de la Nation, ne devraient avoir, en ces heures critiques, qu’une priorité absolue et une seule : le rassemblement de toutes les algériennes et de tous les algériens autour de la protection du pays et de la sauvegarde de la République.

Le plan que je propose se décline en deux parties.

  • D’une part, des mesures d’apaisement et de confiance immédiates

  • et d’autre part, des mesures politiques et institutionnelles ;

En ce qui concerne les mesures d’apaisement et de confiance, j’en vois essentiellement trois :

  1. Retrait de la candidature au cinquième mandat ;

  2. Mise à l’écart des forces extra- constitutionnelles

  3. Report des élections de 6 mois.

Pour ce qui concerne les mesures politiques et institutionnelles, il s’agit des suivantes :

  1. Formation d’un Gouvernement de compétences indépendantes chargé de l’organisation des élections présidentielles dans un délai de 6 mois.

  2. Gel des activités de la Haute instance indépendante de surveillance des élections

  3. Nomination d’une nouvelle composante humaine du Conseil Constitutionnel sur proposition du Gouvernement

  4. Neutralisation de l’administration dans l’organisation des élections par la nomination de délégués spéciaux du Gouvernement à l’échelle des wilayas, des daïras et des mairies chargés des opérations électorales

  5. Tenue des élections présidentielles dans 6 mois avec l’ouverture d’une transition et l’élection d’une assemblée chargée de l’élaboration d’une nouvelle Constitution de la République. Je vous remercie »

 

 




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