30 novembre 2022
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Ali Ideflawen : l’identité dans les veines, « Ahya Ddin Qessam » !

Impérieuse culture du terroir

Ali Ideflawen : l’identité dans les veines, « Ahya Ddin Qessam » !

Avec ces nouvelles toujours aussi douloureuses d’arrestations, d’arbitraire et d’injustice qui sévissent au pays, avec une confiscation de tous les symboles de la liberté, 1er novembre inclus, permettons-nous une petite pause musicale avec Ali Ideflawen et son titre incontournable « Berrouaghia » pour oublier, l’espace d’un instant furtif, Teboune et tous ces clowns qui gravitent autour d’un pouvoir qui ne fait que semer les écrous de ses derniers boulons, en attendant la passation de consigne forcée à un autre clan ! 

Ce ne sont pas de simples refrains qu’ont composé Ali Ideflawen et son groupe, mais de véritables hymnes contre la hogra et la dictature ambiantes depuis 1962, en Algérie. Des refrains qui se chantent à pleins poumons à chaque marche et revendication collectives en Kabylie et ailleurs… 

Parmi leurs nombreuses productions, ce sont les titres phares « Ǧğet-iyi abrid » et « Beṛouaghia » qui émergent d’un riche répertoire et constituent des hits incontournables de l’engagement et du combat identitaire Amazigh. Des hits repris par des foules de marcheurs à Tizi-Ouzou pendant que le Hirak battait son plein.

Le groupe Ideflawen s’est formé en 1977. À l’origine, le trio était constitué de Lhacène Ziani (parolier), Ali Aït Ferhat (vocaliste et musicien) et Zahir Adjou (musicien).

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Dans les années 1990, Ali Aït Ferhat (dit Ali Ideflawen) reprend seul sa destinée, enchaînant de nombreux albums en solo qui valent le détour : « Tafsut n’tideţ », « Acimi », « Tamurt inu », ou encore le tout dernier « yemmas d emmis » sorti en 2018. Un album d’une saveur exquise qui commence par un bel hommage à Mohand Ouyahia (rut fellas a les brobros) et une belle reprise du titre « Ṭir el qefs » du regretté H’sissen.

Rappelons qu’Ali Ideflawen a participé au projet de l’album Tiwizi, avec un titre hors classe : « At waṭṭas » (les polythéistes).

Ci-après la retranscription et la traduction de Berrouaghia. Encore une fois, certains mots ou interjections sont intraduisibles ! Par exemple « Ah ya Ddin Qessam », dont seul un algérien peut en mesurer la portée, nous l’avons traduit par « par tous les jurons ».

Berrouaghia 

D-ameḥbus d bu ikurdan

Di Berwaggiya

Ččiɣ aɣrum d-aberkan

Di Berwagiya

 

Tinna akken i-ğğiɣ tettru

Mi εeddan laεwam

Ugadeɣ ayi tettu

Ah ya ddin qessam !

 

D-ameḥbus d-bu snasel

Yarn(u) ur xdimeɣ

Di Berwagiya ncekkel

Akken ad issineɣ

 

Refdeɣ allen-iw s-igenni

Yeɣli-d fell-i ṭlam

Nniɣ-as ass-a ad i yawi

Ah ya ddin qessam !

 

D-ameḥbus dagi yewεer

Di Berwagiya

Am tejra i nettɣar

Di Berwagiya

 

Zik-nni mi nesfillit

Ad xedmeɣ lewqam

Ziɣen zehr-iw d-irit

Ah ya ddin qessam !

 

D-ameḥbus andda-tt tura ?

Akin i wedrar

Akken ad amneɣ tura

Izad neɣ yugar

 

Mi ruḥeɣ ad ziɣ ɣur-es

Ad rzuɣ ɣur-em

Yettgami ay-id yas iḍes

Ah ya ddin qessam !

 

Ẓṛiɣ d-acu iggunin

D agi ara mteɣ

Imeṭṭawen d-gi ur llin

Ass-en m-ad-fɣeɣ

 

Ad asen ad iy-awin

Ad bedleɣ axxam

Ad suɣeɣ ddaw tmedlin

Ah ya ddin qessam !

 

Par tous les jurons ! 

 

Prisonnier parmi les pucerons

À Berrouaghia

J’ai mangé du pain rassis

À Berrouaghia

 

Celle que j’ai laissée en pleurs

Des années durant

Je crains qu’elle ne m’ait oublié

Par tous les jurons !

 

Prisonnier et enchaîné

Alors que je n’ai rien fait

À Berroughia ligoté

Pour ne pas oublier

 

Les yeux vers les cieux levés

Rempli d’obscurité 

Je redoutais d’être happé

Par tous les jurons !

 

Que c’est dur d’être prisonnier

À Berrouaghia

Nous craignons d’être desséchés

À Berrouaghia

 

Pourtant je n’ai souhaité

Que le bien pour les miens

Mais ma chance m’a quitté

Par tous les jurons !

 

Prisonnier je ne sais plus où

Par-delà le Djurdjura

Pour que je réalise enfin

Le manque et le trop plein

 

Quand vers lui je me suis tourné

C’est toi qui occupe mes pensées

Même le sommeil m’a quitté

Par tous les jurons !

 

Je sais bien ce qui m’attend

La mort me guette au tournant

Mes larmes refusent de couler

Et pleurer mes derniers instants

 

Ce jour-là ils m’emmèneront

Changer mon destin

Sous mon tombeau je hurlerai

Par tous les jurons !

Auteur
Kacem Madani

 




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