20 janvier 2022
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AccueilChronique... Aux damnés de la terre, d'abord ! 

… Aux damnés de la terre, d’abord ! 

Je suis entré, aujourd’hui, dans un magasin pour enfants, Toys Rus. Les étagères sont presque vides. La ruée au cadeau de Noël pour les uns ou à celui de fin d’année pour les autres, à l’ultime trouvaille qui ferait plaisir au marmot.

Puis la question inévitable : comment étions-nous devenus à ce point les esclaves de l’objet, les victimes sacrificielles de l’inutile, les aliénés du désir ?

La société de consommation a fait des hommes et des femmes des êtres qui peinent à instruire un seul doute raisonnable, à asseoir un fétu de raison. 

Naguère, nous souvenons-nous tous, nos pères et ancêtres faisaient les courses de la semaine entière dans un seul couffin. Nous ne jetions absolument rien. Nous étions dans l’essentiel ou presque. La viande, une fois ou deux maximum la semaine. Un seul mets à table. Délicieux, riche et contentant. Personne ne chignait ou ne trouvait à dire. Mange ou dors ! 

Le capitalisme pour se renouveler, puiser dans l’idéologie de la terre infinie, se renouvelle par la ruse, la stratégie et la maintenance sempiternelle des inégalités. Cette dernière est sa machine bien huilée. L’égalité planétaire est boniment, une connerie, une utopie invraisemblable. Il n’y a pas de riches sans pauvres, il n’y a pas de prédateurs sans proies. Ainsi est le cycle effréné et inique du capital. 

Quel stratagème de finaud a à ce point crétinisé l’homme pour le faire se sentir coupable s’il n’a pas un cadeau à mettre sous le sapin ou ailleurs pour son rejeton ? 

Je regarde le centre commercial, à l’instar du reste de tous les autres, et je me dis que c’est perdu. Irrémédiablement. Nous courrons à notre perte. Walmart, Costco, Carrefour… chacun de ces espaces a au moins coûté une immense forêt. Bien pire, ils ne se contentent pas de détruire la terre, mais de réduire chaque jour un peu plus de notre humanité, des êtres sociaux que nous sommes ou censés être. 

Enfant, j’ai dans la mémoire ma descente au village avec mon père. Le bonheur d’arpenter la route la plus achalandée de la petite ville. Un tour au Marché couvert, un café ici, un cornet de glace plus loin, une visite pour le frère, la sœur, l’oncle ou le beau-frère, du pain chez le boulanger; bref, toute une société se révèle, converse, échange à chaque rencontre. Puis, est venu le centre commercial : tu as tout au même endroit ; l’alimentation, les vêtements, l’électronique, les livres, la musique, les chaussures, les services, tout, absolument tout.

Finis les rires aux éclats, les boutades à tout va, les trublions et facétieux publics, les commerces comme des pays derrière chaque porte. Sur quel triste monde avons-nous soudainement été propulsés ! 

Bien sûr, l’espérance de vie est meilleure. Je ne suis pas l’adepte d’Avant, c’est mieux ! Mais tout de même. Naguère, il importait encore de visiter le proche, d’entretenir le passant, de s’arrêter pour s’enquérir des nouvelles de l’Autre. Quand quelqu’un sonnait à la porte, même à une heure reculée de la nuit, sans qu’il n’ait même pas averti, nous accourions, heureux, sûrs et certains que la veillée nocturne ouvrirait sur des mondes aussi enchanteurs qu’insoupçonnés. 

Aujourd’hui, la société de consommation nous vend jusqu’à la culpabilité de ne pas voyager. Souvent, au retour des vacances, chacune et chacun s’empresse de relater avec force détails le dernier voyage exotique, la mer azurée au récif dont la pureté est inégalée, la montagne hissée à la forêt virginale, la dernière astuce pour payer moins…

Dans Sapiens, Une brève histoire de l’Humanité, l’historien Yuval Noah Harari, explique cette évolution de l’Homme nomade, chasseur-cueilleur, à l’inventeur de l’agriculteur, de la ville, ensuite de la sédentarité conséquemment, de l’écriture et de notre capacité à penser l’avenir comme à repenser le passé. Il raconte notamment que le Pharaon pour se réconcilier avec son épouse alors, ne lui aurait pas offert, comme de nos jours, un voyage à Babylone ; il lui aurait fait plutôt don, en signe d’amour de surcroit, d’un magnifique tombeau pour l’au-delà… 

En somme, du tombeau, au voyage quasi-inévitable pour trouver à dire après les vacances, le chemin fait est immense, et pas que pour avancer. 

Parce que la réalité de Noël, comme d’un tas d’autres fêtes «dépensières » à l’origine une magnifique fête ou des occasions pour que se rencontrent, s’aiment et se réconcilient les gens, comme l’Aïd ou Chabat, est que c’est tout fignolé désormais par le capital pour vendre et encore vendre, et donc infiniment se renouveler.

Parce que pendant ce temps, des millions d’enfants crèvent de faim dans le monde et n’ont rien sous le baobab, le palmier ou le sapin. Noël est pour les riches; ceux qui ont l’eau au robinet 24 sur 24, ceux qui s’ennuient parce qu’ils ont tout ; et non pour ceux qui n’ont même pas de toilettes, d’eau potable et un morceau de pain à se mettre sous la dent. 

Mais joyeux Nöel, Aïd ou Chabat quand même. Aux Damnés de la terre, d’abord ! 

Louenas Hassani, écrivain

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2 Commentaires

  1. Salauds de pauvres !

    De la viande que deux fois par semaine ? Et si ça se trouve juste avec des baryouches, tellement il ne pouvait pas s’offrir le pain ?

    Ayavava , c’est à vous dégouter d’avoir été pauvre !

    Vous ne pouvez pas savoir ce que cet article m’a donné mauvaise conscience au point d’avoir failli prendre la décision de de zaper le festin de noël. Pas une seule goutte de Saint Emilion de Cordon Rouge, nada ! Pas d’huitres ni de foie gras , non plus. Dgha le chapon , ceinture ! Iwi pourquoi j’irai m’empiffrer pendant que l’auteur se bat avec son refoulé .

    Tu parles de souvenir Charles ! De la viande une fois ou deux par semaines ? Vous ne pouvez pas imaginer la pauvreté , vous autres qui devez en manger matin midi et soir et peut-être même dans votre sommeil alors que l’auteur n’en mangeait qu ‘une ou deux fois.

    Et comment vous pouvez compatir , vous autres.

    Putain ! De la viande deux fois par semaine ? Si j’en mangeais deux fois par an en dehors des fêtes ( les deux aïds) où on profitait de tweza3t , l’abatage de tajma3t de Guezgata.

  2. De la viande que deux fois par semaine ?
    Ayavava , c’est à vous dégouter d’avoir été pauvre

    Vous ne pouvez pas savoir ce que cet article m’a donné mauvaise conscience au point d’avoir failli prendre la décision de de zaper le festin de noël. Pas une seule goutte de Saint Emilion de Cordon Rouge, nada ! Iwi pourquoi j’irai m’empiffrer pendant que l’auteur se bat avec son refoulé .

    Tu parles de souvenir Charles ! De la viande une fois ou deux par semaines ? Vous ne pouvez pas imaginer la pauvreté , vous autres qui devez en manger matin midi et soir et peut-être même dans votre sommeil alors que l’auteur n’en mangeait qu ‘une ou deux fois.

    Et comment vous pouvez compatir , vous autres.

    Putain ! De la viande deux fois par semaine ? Si j’en mangeais deux fois par an en dehors des fêtes ( les deux aïds) où on profitait de tweza3t , l’abatage de tajma3t de Guezgata.

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