2 octobre 2022
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Cafouillage sur les estimations des réserves (I)

Hydrocarbures en Algérie

Cafouillage sur les estimations des réserves (I)

Que  ce soit en ressources conventionnelles ou celles qui ne le sont pas, les chiffres officiels avancés ne sont pas rassurants et notamment depuis l’amorce de la chute des prix du baril en 2014. Pourquoi cette date ? Car jusqu’à là, un prix fort voile toutes les baisses qui se sont manifestées aussi bien dans le gaz que le pétrole brut. Pourtant, à l’occasion du  24 février 2013, lors de son passage à Tiaret pour inspecter l’avancement des travaux de la nouvelle raffinerie,  M. Abdelhamid Zerguine, alors PDG de la Sonatrach, affirmait  que l’Algérie aura épuisé ses réserves de pétrole et de gaz conventionnel entre 2020 et 2025 en raison d’un double phénomène de baisse de production ajoutée à l’augmentation de la consommation intérieure. Cette dernière  passera en effet de 35 milliards de mètres cubes gazeux en 2012 à 70 milliards en 2017, notamment en raison du doublement de la production d’électricité par les turbines à gaz ou au diesel (01).

Pour Abdelhamid Zerguine, et bien d’autres  cadres après lui, l’Algérie ayant connu son pic pétrolier entre 2005 et 2007 avec 2 millions de barils/jour, la courbe décroissante avait commencé dès 2008.

Plus d’une année après, le 1er juin 2014, le Premier ministre de l’époque  M. Abdelmalek Sellal devant l’APN  devait crever l’abcès par une déclaration fracassante : «D’ici 2030, l’Algérie ne sera plus en mesure d’exporter les hydrocarbures, sinon en petites quantités seulement  A cette date, nos réserves couvriront nos besoins internes seulement.» Depuis, les chiffres défilent à en donner le vertige. Quelle est justement la problématique générale des réserves dans le monde et celle de l’Algérie en particulier ? De quelles réserves parle-t-on ?  Quelles est cette valse des chiffres ?  Quelles en sont les sources ? Enfin qui croire ?

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1- Cette histoire de la fin du pétrole est vieille comme le monde

Quelques années après la découverte des hydrocarbures et la ruée américaine vers ce nouvel Eldorado, on a commencé déjà à spéculer sur sa fin probablement de par sa forme fossile.    

Il a été établi de par le monde et l’Algérie n’en fait pas exception qu’on a consommé plus qu’on en a découvert et pourtant les réserves ont bel et bien augmenté depuis le début de la décennie 1970. Pourquoi et comment ?

D’abord il n’y a pas eu de découverte de gisements géants comme ceux découverts par le passé comme Ghawar en Arabie Saoudite, Cantarel au Mexique, Burgan au Koweït, Daqing en Chine ou pourquoi pas Hassi Messaoud en Algérie.  Même la récente découverte brésilienne d’un gisement de 33 milliards de barils au large de Sao Polo, n’est qu’au stade hypothétique si ce n’est pas un jeu d’entreprise pour augmenter la valeur de ses actions.  L’Algérie aussi par le biais Sonatrach avait annoncé la découverte d’un nouveau champ pétrolier d’environ 1,3 milliard de barils près d’Amguid Messaoud, dans le sud du pays. «C’est l’une des plus importantes découvertes réalisées par Sonatrach ces vingt dernières années», a déclaré le ministre de l’Energie et des Mines de cette époque, Youcef Yousfi. Le site se trouve à 112 km de Hassi Messaoud, le plus grand champ pétrolier d’Algérie. Le ministre a expliqué que la Sonatrach devra recourir à des techniques non conventionnelles de forage pour extraire 50 % des réserves. Selon un haut responsable de l’entreprise en l’occurrence Saïd Sahnoun, ces techniques augmenteront le coût de la fracturation hydraulique d’environ 10 % pour le projet global (02). Le développement du champ est prévu dans les trois à quatre ans. Dans un premier temps, la compagnie Sonatrach doit effectuer des travaux pour établir la façon exacte dont sera exploité le gisement.

A ce jour, aucune nouvelle sur cette découverte où du moins n’a pas changé d’un iota les réserves en place. Par contre la reconstitution de réserves dans le monde s’explique d’une part  par l’avancée énorme des conditions techniques. On pénètre mieux le gisement par le forage horizontal et on délimite mieux les contours de la structure grâce à la sismique 3D. Ceci a fait que le coefficient de récupération des quantités dans le sous-sol est passé de 25 à 35%.En d’autre termes, on récupère plus que par le passé. D’autre part les conditions économiques avec un baril à plus de 100 dollars a rendu possible l’exploitation des gisements marginaux qui étaient auparavant trop chers à produire. Peut-être  faudrait-il préciser le concept de réserves à la  société civile pour qu’il puisse suivre ce dont on leur parle.    

  • Les réserves prouvées :

C’est la quantité d’hydrocarbures qu’on récupère avec certitude dans les conditions techniques et économiques actuelles. Cela voudrait dire qu’on est assuré de leur production et si l’on opte pour une approche probabilistique, on les situerait dans la fourchette des 90-95%. Si les gisements sont développés alors ils sont prêts à produire mais s’ils ne le sont pas, ils nécessitent  des investissements considérables. Les dernières découvertes  en Algérie sont encore au stade de délinéation.

  • Les réserves probables :

C’est la quantité d’hydrocarbures additionnelle que les informations géologiques et techniques permettent d’envisager de récupérer dans un futur immédiat. Même si l’on compte raisonnablement sur leur récupération, elles restent tout de même dépendantes des conditions techniques et économiques futures, (immédiat ou pas).

  • Les réserves possibles :       

Ce ne sont que des estimations de quantités additionnelles d’hydrocarbures portant sur des gisements aujourd’hui inconnus ainsi que les ressources non conventionnelles. Ces réserves se situeraient dans une fourchette probabilistique de 5 à 10 % et dépendent entièrement des conditions aussi bien techniques qu’économiques futures.

Le principe est qu’au fur et à mesure du déroulement du programme de développement d’un gisement, les réserves possibles passent successivement à celles probables puis prouvées. Toutes ces réserves sont dites « récupérables ». Les Américains du Nord donnent uniquement les prouvées, les Russes sanctionnent sévèrement celui qui les divulgue sans l’autorisation de l’Etat et le reste du monde les calcule de la manière suivante : 100% des prouvées  auxquelles on ajoute 50% des probables et 25% des possibles.    

A partir de cette classification tout à fait admise et adoptée par le monde pétrolier et gazier, on peut situer les réserves de l’Algérie comme suit : Celles des gisements existants, comme Hassi Messaoud, Hassi R’mel, et les autres comme prouvés avec un coefficient de récupération qui varie entre 18 à 22%. Quant à cette histoire de gaz de schiste, elle se situe dans celles possibles en dépit des 3 forages d’Ahnet. C’est pour cette raison que les chiffres qui sont données pour le gaz et le pétrole de schiste varient parfois de 1 à 1000. Quels en sont ces chiffres justement et leurs sources d’estimation ? (A suivre)

R. R.

La prochaine partie exposera des réserves avec leurs sources

Renvois :

(1) Déclaration de l’historien et spécialiste de l’Afrique Bernard Lugan à RT

(2) Lire le quotidien français du 26/10/2013

Auteur
Rabah Reghis, Consultant et économiste pétrolier

 




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