29 septembre 2022
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Censure et délit d’opinion : la dérive liberticide du pouvoir algérien

Le film « Ben M’hidi » interdit de sortie par le ministère des Moudjahidine

Censure et délit d’opinion : la dérive liberticide du pouvoir algérien

L’étau se resserre de plus en plus sur les libertés individuelles dans une Algérie qui observe son destin se diluer dans les mains de satrapes. Le trou noir qui attend les libertés démembrées se confirme de jour en jour. Et pour cause ! le film consacré à l’une des figures emblématiques de la révolution algérienne, Larbi Ben M’hidi, a été censuré comme suite aux réserves émises par la commission de visionnage du ministère des Moudjahidine.

Ainsi, le réalisateur dudit film, Bachir Derrais, s’est vu interdire la sortie de son film, jugé à connotation politique. Comme à son habitude, le régime algérien s’évertue des récits panégyriques et apologétiques. Et si un produit vient à s’égarer du « droit chemin », le couperet tomberait illico presto. Au demeurant, la censure ne se limite pas qu’au cinéma, car tous les secteurs sont touchés par ce phénomène qui prend de l’ampleur.

La censure présente dans notre culture démocratique un visage inquiétant, celui de l’autorité dans ce qu’elle peut avoir de plus arbitraire et de plus oppressif. Dans les pays qui se respectent, la presse, le cinéma, le théâtre, la chanson…sont souvent un contre-pouvoir.

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Elle s’oppose à la dictature et à l’injustice du régime en place et à ses divers démembrements. Elle dénonce l’arbitraire, divulgue les secrets et touche parfois à l’intouchable, à savoir le cœur du pouvoir. Et c’est à ce moment précis que le pouvoir sort ses griffes, réagissant brutalement dès qu’il sent que ses intérêts ou un de ses segments sensibles sont la cible de la critique. Cette censure-là relève d’un dispositif juridique de répression dont les verdicts peuvent tomber en droit comme en fait sur ceux qui, écrivains, artistes, cinéastes, intellectuels ou journalistes, sortent du cadre de ce qu’il est admis de dire ou de donner à voir dans un état de société donné.

Cette censure-là dit son nom et marche à visage découvert, qu’elle procède par sanction rétrospective d’un écrit ou d’une œuvre ou par interdiction s’exerçant par anticipation, en un contexte donné.

En somme, la censure se définit comme étant la limitation arbitraire ou doctrinale de la liberté d’expression de chacun. Elle passe par l’examen du détenteur d’un pouvoir (étatique ou religieux par exemple) sur des livres, journaux, bulletins d’informations, pièces de théâtre et films, etc. – et – ce avant d’en permettre la diffusion au public (censure a priori, en amont ou dite préventive) ou après cette diffusion (censure a posteriori, en aval). D’une manière générale, il s’agit d’un acte institutionnel ayant pour but d’éliminer les éléments discursifs hostiles et de rendre les discours sociaux et ceux des locuteurs conformes à l’idéologie dominante. Elle est alors un instrument du pouvoir autoritaire qui agit sur les individus.

En Algérie, on est dans ce cas de figure ! La censure adopte ainsi de multiples visages en s’exprimant à travers des mesures répressives diverses (culturelles, esthétiques, linguistiques, etc.).

Les deux organes que sont le ministère des Moudjahidine et celui de la Culture excellent dans l’arbitraire. Quelle confiance peut-on faire à une corporation dont la caste dirigeante, spéculant tantôt sur l’inculture, tantôt sur l’ignorance pour mener le pays à bon port ? Depuis que l’écriture, le cinéma, le théâtre, la musique…existent, les hommes ont craint les effets que les textes pouvaient produire sur leurs lecteurs. Dans la même optique, les appareils idéologiques d’État sont tous convaincus de l’impact de la littérature sur les âmes.

Le livre est un moyen de changer la société, la chanson engagée insuffle un nouvel élan, le théâtre dépoussière les mensonges et le cinéma ouvre les yeux…Et c’est à ce danger imminent que le pouvoir algérien maintient la censure comme levier et lois liberticides pour museler les « fauteurs de trouble ».  Pour se prémunir de ces dérives libertaires, le pouvoir en place organise une répression au moyen de la censure. Le contrôle de la circulation des livres, de la diffusion de films, de l’organisation de cafés littéraires…

Dans un monde où déferlent les images véhiculées par le cinéma, la télévision et les outils numériques, la création artistique en Algérie peine à s’affirmer, d’autant plus que les « gardiens de la morale et de l’histoire » veillent au petit grain. La réprobation de l’opinion et les sanctions juridiques se cristallisent autour de démarches artistiques mettant en cause des valeurs sacrées, comme la révolution, la religion, l’unité nationale…autant d’alibis pour bâillonner les artistes dans leur globalité. L’idéal philosophique pour ces hommes courageux qui bravent « les interdits » est d’aller au bout de leurs idées en maintenant cette flamme libératrice du joug dictatorial. Être libre, signifie participer activement et consciemment à l’histoire du monde et celle de son pays en étant son propre guide.

Cela dit, elle est le reflet de ses contributeurs. De sorte qu’elle censure plus les gens et idées pertinentes que les fachos toutefois, plus les vraies infos que les rumeurs et les ragots. In fine, un pays qui aspire aller de l’avant se doit de donner les moyens et les outils pour que la science triomphe sur le charlatanisme, plus les savants que les ignorants, plus les spécialistes et les rationalistes que les colporteurs de théories périmées et de pseudo-sciences et pratiques magiques, plus les laïcs et défenseurs de la laïcité que ceux de la religion dans ses versions fondamentalistes, plus les défenseurs du droit  et des droits de l’homme que ses adversaires, plus les originaux bien instruits que les conformistes et les beaufs…Et plus les partisans de la politique laïque que les islamistes, plus les défenseurs de la liberté d’expression que les Naima Salhi et consorts.

Auteur
Bachir Djaider (journaliste et écrivain)

 




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