9 février 2023
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Conseils à un jeune islamiste de France

TRIBUNE

Conseils à un jeune islamiste de France

“Ce sont les démocrates qui font les démocraties, c’est le citoyen qui fait la république.” Georges Bernanos 

Monsieur,

En m’adressant à vous, je ne peux que vous appeler Monsieur en vous vouvoyant bien que vous ayez pris l’habitude de tutoyer les gens de votre origine ethnique en les appelant mon frère. Je ne suis pas votre frère, ni votre cousin, nous n’avons aucun lien de parenté. Et pour tout vous dire, je suis, pour les gens comme vous, un adversaire acharné et implacable.

Puisque vous avez le privilège d’habiter la même ville que moi, Paris la ville lumière mais surtout la capitale des Lumières, je dois vous dire que je ne comprends pas que vous puissiez vous accrocher à ce pays dont vous détestez jusqu’aux valeurs. Rien n’est conforme pour vous à ce qui doit vous faire rêver. Ici, la loi commune interdit la polygamie alors que vous rêvez, malgré votre salaire de misère, d’avoir un harem de quatre épouses légitimes.

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Mais comment arriverez-vous à les entretenir si, en plus, vous allez leur interdire de sortir et de travailler ? Travailler, c’est aller au bureau ou en usine. Là où la mixité est de rigueur. C’est avoir des collègues femmes et hommes. Dans le cas où votre femme – parce que la loi ne vous permettra pas d’avoir plusieurs épouses – aura la chance d’obtenir un poste de fonctionnaire, la loi, là aussi, lui interdit d’aller travailler avec un signe ostentatoire sur la tête. 

Dans le pays de la belle et succulente Marianne, les femmes décident ce qu’elles doivent faire. Leur père, leur frère ou leur mari n’a pas à lui dicter le comportement qu’elle doit avoir. Les femmes, ici, ont pris leurs destins en mains. Elles se marient avec qui elles veulent sans demander l’assentiment d’un mâle du clan. Elles sortent même, sans aucun contrat municipal ou notarié, avec qui elles veulent. Leurs amoureux relèvent de leur seul choix. Elles mettent des jupes, des robes ou des pantalons. Il n’y a qu’elles qui peuvent décider des attributs qu’elles veulent porter et de leurs effets vestimentaires.

Lorsque le vent balaie la ville, il caresse également leurs cheveux dénoués. Elles laissent leurs crinières s’épanouir au soleil. Elles peuvent aller s’installer à la terrasse d’un bistro et commander un thé à la menthe ou une bière blonde de Belgique ou un whisky écossais. C’est leurs désirs qui priment. Elles peuvent quitter, de leur plein gré le café et aller flâner dans les allées du sublime parc des Buttes-Chaumont ou escalader les escaliers qui mènent à la basilique du Sacré-Cœur ou faire les boutiques du boulevard Haussmann.

Je vous vois avaler votre salive de travers. Il n’y a pas lieu d’avoir une apoplexie ni une accident vasculaire cérébral. La liberté de la femme vous choque et vous met dans un tel état mais il y a d’autres éléments qui vont vous commotionner. Ici, il y a des centaines de milliers sinon des millions de livres différents qui intéressent les gens. Ceux que je connais sont ouverts à toutes les littératures de la planète et déjà aux écrivains contemporains. Connaissez-vous le Turc Orhan Pamuk qui a écrit le sublime « Mon nom est rouge » ?  Ou Haruki Murakami, le japonais qui a offert à la planète les extraordinaires « Chroniques de l’oiseau à ressort » ? Tout près de votre village natal vit le merveilleux et talentueux Boualem Sansal dont j’ai chroniqué pour Le Matin d’Algérie son dernier opus, « Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu ». Ce livre n’est pas pour vous ? Sansal est un apostat ? Voilà, voilà, nous y sommes. Pour vous, seul votre évangile a valeur de vérité scientifique. Vous n’acceptez aucune contradiction à ce propos. Il faut savoir sortir de sa bulle et s’ouvrir au parfum du monde.

En vous documentant également sur les penseurs musulmans du passé – pas ceux conseillés par votre imam, non. Avez-vous seulement entendu parlé par exemple de Mansour El Hallaj, ce penseur soufi qui a laissé une œuvre abondante sur le soufisme ? Appréciez cette sentence magistrale : « Ô gens, sauvez-moi de Dieu. Car Il m’a ravi à moi-même, et Il ne me rend pas à moi-même. Quant à moi, voici qu’il n’y a plus de voile entre Lui et moi, pas même un clin d’œil, le temps que je trouve le repos, afin que mon humanité périsse en Sa divinité, pendant que mon corps se consume aux flammes de Son omnipotence : pour qu’il n’en reste plus ni trace, ni vestige, ni description. » Puis un jour, il s’est permis de proclamer « Ana el haq », « Je suis la Vérité ! Et le vrai est rendu vrai par le Vrai, j’ai revêtu son essence, plus de séparation désormais. »

Quelle mouche l’a donc piqué pour qu’il se comporte de cette façon ? Toujours est-il qu’il a été flagellé, attaché à l’échafaud, crucifié en place publique et exécuté. Le lendemain de sa mort, son cadavre a été incendié et les cendres jetées dans le Tigre. Ici, en France, vous pouvez dire du mal des religions, les mettre en accusation, blasphémer et même vous convertir, rien ne vous arrivera, ça ne regardera personne. Il faut juste que cela relève du domaine privé.

Très sincèrement, je n’arrive pas à comprendre pourquoi vous vous êtes établi dans un endroit où tout ce qui a été pensé pour la gestion de la citoyenneté ne peut que heurter votre sensibilité. Ici, on n’a pas le droit de s’affubler d’une manière agressive de signes religieux. On n’a pas le droit non plus, dans la fonction publique, d’afficher ses convictions religieuses au nom de la laïcité et de la neutralité propre aux agents de l’État.

Vos enfants doivent se débarrasser des qamis que vous leur imposez s’ils veulent un jour accéder à des emplois à la mairie ou dans un ministère. Ils doivent regarder devant eux et arrêter d’avoir un rétroviseur qui ne leur donne qu’un miroir d’un Orient violent et mortifère. Vous me dites que le qamis vous grandit parce qu’il vous rapproche de votre prophète ? Mais que je sache, votre prophète n’a jamais porté de Nike ni d’Adidas aux pieds ni mis sur ses épaules un blouson Hugo Boss. D’ailleurs, je m’étonne que vous ayez pu vous payer l’IPhone dernier cri et la Mercedes CLA Shooting Brake. Ce genre d’objets luxueux existent bien chez les saoudiens mais tout est importé de chez les kouffars. N’est-ce pas contradictoire d’enrichir les mécréants américains et allemands en achetant leurs produits ?

Je sais que vous n’avez aucune conscience de ce qu’est la Loi de 1905 et plus précisément son article 2 dans lequel il est dit « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Je sais aussi que vous assimilez la laïcité à l’athéisme et à l’apostasie. Mais la France n’est ni l’Afghanistan ni l’Arabie saoudite même si, comme je le constate, vous brillez de tout votre prosélytisme pour imposer votre morale rétrograde. Ici, il n’y a pas de religion d’d’État. Ici, c’est la liberté de conscience qui l’emporte. Les musulmans comme les hindouistes et les juifs et les chrétiens et les bouddhistes sont égaux devant la loi. Et ce qui est impensable pour vous, c’est que la loi considère que même les athées doivent être traités comme tous les autres croyants. 

Vous ne comprenez pas mon penchant pour les valeurs universalistes ? Nous sommes à égalité dans ces incompréhensions parce que je ne comprendrai jamais que l’on puisse se référer à une seule religion tout en excluant les dizaines d’autres croyances, que l’on puisse militer pour imposer sa vision du monde en rejetant les dimensions culturelles et historiques du pays qui vous a si bien accueilli. Comment peut-on s’enfermer dans le legs venu du fonds des temps et, tenter par tous les moyens, de l’imposer à ceux qui n’ont aucune attache avec cet héritage ? 

Vous vous faites vraiment du mal. Vous êtes en Occident tout en étant attaché à l’Orient. Vous n’avez jamais entendu parlé de Baruch Spinoza, de René Descartes ou de Voltaire, ces philosophes de la Raison et des Lumières et vous vous accrochez à Ibn Al-Qayyim, Ibn Taymiyya ou à Mohammed Ibn Abelwahab, connus pour leurs prises de positions extrêmes y compris contre d’autres courants musulmans. Dans son ouvrage « Jihad : Expansion et déclin de l’islamisme », Gilles Kepel dit d’eux que ces « auteurs deviendront une des références majeures de la mouvance islamiste sunnite à partir des années 1970, ce qu’aura facilité la diffusion massive de leurs œuvres dans toutes les mosquées du monde par les instances de propagation islamiques saoudiennes. »

Voilà ce que je voulais vous dire en face à face et sans détour. Vous n’êtes pas comme un poisson dans l’eau dans ce pays. Pour être tout à fait lisse, je peux vous certifier que vous n’êtes ici, qu’un élément exogène. Si je voulais aller plus loin et dire vraiment les choses comme je le pense, je dirais que vous êtes une véritable écharde dans le flanc de la France, vous êtes une gangrène pour ses valeurs et pour sa culture.

Soyez juste cohérent avec vous-même et ne vous obligez pas à choisir et le marteau et l’enclume : votre baiser de Judas n’endort personne. Tout le monde, sauf les vôtres, vous perçoit non seulement comme un champion de l’imposture mais aussi et surtout comme un apôtre de la perfidie. Et le mal que vous avez fait à mon pays natal, vous ne le ferez pas à mon pays d’adoption. Nous sommes des milles et des cents à aimer la République et nous serons tous debout pour faire barricades de nos corps pour la protéger.

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain

 




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