6 octobre 2022
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De quoi la diplomatie de Messahel est-elle le symptôme ?

Terrorisme

De quoi la diplomatie de Messahel est-elle le symptôme ?

Le ministère des Affaires étrangères a organisé, mercredi 25 octobre 2017, la première réunion régionale du Forum mondial de lutte contre le terrorisme (GCTF) sur les liens entre le terrorisme et le crime organisé transnational, co-organisée par l’Algérie et les Pays-Bas.

Rappelons d’emblée que l’Algérie et le Canada coprésident, au sein du GCTF, le Groupe de travail sur le renforcement des capacités dans la région Afrique de l’Ouest qui encourage la coopération régionale et internationale et qui offre aux experts la possibilité de discuter des lacunes en matière de renforcement des capacités propres à la région sahélienne et d’identifier des solutions. Parmi les domaines d’intérêt actuels de ce groupe de travail figure la mise en œuvre du Mémorandum de Rabat sur les bonnes pratiques pour une pratique antiterroriste efficace dans le secteur de la justice pénale , notamment les bonnes pratiques relatives à la criminalisation des activités terroristes et l’utilisation de cadres juridiques pour promouvoir la lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel.

Selon le ministère des Affaires étrangères, cette réunion du GCTF vise la rédaction d’un mémorandum de bonnes pratiques, qui sera soumis pour approbation à l’occasion de la prochaine réunion ministérielle du GCTF, prévue en septembre 2018. Le chef de la diplomatie Messahel qui est si prompt à flatter l’Union africaine (UA), n’intègre pas l’analyse multiscalaire dans ses déclarations : il a souligné, dans ce sens, que « la résolution 1373 du Conseil de sécurité avait d’ailleurs établi, en 2001 déjà, un lien entre le terrorisme et le crime organisé transnational », alors que la convention de l’Organisation de l’Unité africaine sur la prévention et la lutte contre le terrorisme » adoptée le 1er juillet 1999, a mentionné les « liens croissants entre le terrorisme et le crime organisé, notamment le trafic illicite des armes et des drogues, et le blanchiment de l’argent ». A défaut d’arguments combinant plusieurs échelles d’analyses, le ministre se lance dans les grands discours qui sonnent creux empreints de moralisme suranné et convoquent des textes internationaux pas appliqués, par celui-là même qui s’en revendique.

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La fonction de ministre des Affaires étrangères ne tient qu’aux desiderata du régime politique algérien. À l’heure de l’austérité, le ministère des Affaires étrangères invite des experts et des chercheurs étrangers à prendre la parole pour affirmer sans vergogne que l’Etat algérien et ses institutions sont forts et disposent de plus de dix ans « d’expérience ‘’en matière de lutte contre le terrorisme. Si le régime politique algérien entend partager son expérience de la lutte contre le terrorisme avec les pays membres du GCTF (dont le Maroc ), il n’en demeure pas moins que le mémorandum de Rabat mentionne notamment que les États sont encouragés, ‘’mais sans y être obligés, à partager avec le Groupe de travail leurs expériences en rapport avec les pratiques ‘’ en matière de lutte contre le terrorisme qui doivent reposer sur un système de justice pénale fonctionnel ‘’capable de connaître des infractions criminelles ordinaires tout en protégeant les droits fondamentaux des accusés.’’

Le ministre des Affaires étrangères a rappelé également lors de cette réunion ‘’la nécessité de parvenir à une définition commune du terrorisme, plaidant pour un renforcement des instruments nationaux, régionaux et internationaux de lutte contre le terrorisme et le crime organisé transnational. ‘’ Encore faut-il que ce dernier ait lu les travaux de l’Union Interparlementaire (UIP) ? La 134ème Assemblée de l’Union interparlementaire (UIP), tenue à Lusaka (Zambie) ,le 23 mars 2016, a adopté par consensus une résolution intitulée ‘’ Terrorisme : la nécessité de renforcer la coopération mondiale pour endiguer la menace qui pèse sur la démocratie et les droits de l’homme’’. Dans cette résolution, l’UIP constate que ‘’le terrorisme ne fait l’objet d’aucune définition universellement admise au plan international’’ et estime’’ que cette lacune n’est pas un obstacle à l’action concertée de la communauté internationale pour lutter contre les activités et organisations terroristes, dès lors que les Etats disposent dans leur législation de définitions claires et précises des actes de terrorisme qui soient conformes aux définitions des conventions et protocoles internationaux sur la lutte contre le terrorisme adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU et répriment ces actes.‘’ De plus, la lutte contre le terrorisme ne relève pas seulement du ministère des affaires étrangères et de la défense : les instruments de combat contre le terrorisme relèvent également du ministère de la justice et du ministère de l’intérieur. Il est important de noter que les termes ‘’terrorisme » et ‘’extrémisme’’ ont été introduits dans le préambule de la constitution algérienne. Le dossier du terrorisme est un dossier transversal, qui implique la coordination de tous les départements ministériels. Le rapport intitulé ‘’Libya’s Terrorism Challenge Assessing the Salafi-Jihadi Threat’’ publié en Octobre 2017 par le centre de recherche « Middle East Institut » basé aux Etats-Unis ,s’inscrit dans ce sens :il est mentionné dans cette étude que le gouvernement algérien a placé plus de troupes le long des frontières avec la Libye pour empêcher l’entrée des combattants jihadistes. Mais ces groupes de soldats seuls ne peuvent pas combattre les vulnérabilités situées sur la frontière. Par exemple, les membres d’AQMI en Algérie sont toujours capables de coordonner avec des membres comme ‘’Jama’at Nasir al-Islam wal Muslimin’’ en Libye. A cause de la faible gouvernance et des frontières poreuses, Daech en Libye a même été en mesure de préparer des opérations.

Pour conclure, la diplomatie demeure un immense chantier à accomplir, alors que la politique étrangère est continuellement sujette à des tensions extrêmes.

Enfin, le ministre qui reçoit les lettres de créances en lieu et place du président de la République saura-t-il redonner les lettres de noblesses à la diplomatie ? A l’instar de celle de l’Union européenne, la politique étrangère de l’Algérie doit se déterminer en fonction de ses propres intérêts, en toute indépendance, et non pas en rapport de ce que prononceront ses alliés. La politique étrangère de l’Algérie doit être composée de trois piliers : défense, développement et diplomatie (les trois D). Il n’y a pas de place pour la politique politicienne. Il s’agit de mobiliser les citoyens et parmi eux les dirigeants de demain, sur l’utilité pour le pays, d’être présent au premier front de défense du territoire car l’ambivalence n’est pas sa place et la sécurité du territoire est indivisible. Les faits sont têtus. Le régime politique algérien s’est malheureusement donné pour but de créer une piètre diplomatie. Le ministre Abdelkader Messahel est un bon ‘’globe-trotter ‘’, mais un ministre approximatif.

D’ailleurs, ce ministère est bien parti pour battre le record des voyages pris en charge par le contribuable, sans considérer l’effet produit par tous ces trajets en avion (sans escale).

Un bilan désastreux en termes de gabegies et de facture payées par le peuple. Une diplomatie algérienne éreintée, absurde à force d’irréalisme. Parmi les événements majeurs du mois de novembre, le Forum International de Dakar sur la paix et la sécurité. Le ministre Messahel va-t-il participer pour la première fois à la quatrième édition de ce forum qui se tiendra à Dakar (Sénégal) les 13 et 14 novembre 2017 et qui sera cette année consacrée aux nouveaux enjeux stratégiques du continent, avec pour thème ‘’ Défis sécuritaires actuels en Afrique : pour des solutions intégrées ‘’ ? Insérée dans une région qui n’en finit pas de vouloir se construire, l’Algérie évolue dans un contexte géopolitique régional instable, que des acteurs majeurs forgent aujourd’hui à partir de leurs intérêts. Selon les travaux publiés par l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM) de Paris, le régime politique algérien illustre l’exemple d’une puissance diplomatique réduite à l’échelle du continent. Le régime tente de fructifier sa participation dans les organisations diplomatiques et militaires régionales, et continentales traditionnelles (UA, dialogue méditerranéen de l’OTAN, etc.). Cependant, il n’assume pas de manière efficace la responsabilité d’un tel type de puissance à l’échelle continentale. En effet, le régime politique algérien tente de développer sa politique d’armement ainsi qu’une politique de sécurité dans le Sahel, tout en poursuivant paradoxalement un principe refusant à l’armée d’intervenir à l’extérieur de ses frontières. Dans la région l’Algérie ne saurait redéfinir son influence, qu’à travers une diplomatie sahélienne au service du développement.

Auteur
Salah Benteboula, géographe

 




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