9 décembre 2022
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Djamila Debèche et la femme musulmane

Djamila Debèche. octobre 1941.

Soixante années après l’indépendance politique de l’Algérie, nous sommes toujours confrontés à la question qui perdure sur la meilleure manière d’établir les vérités historiques et politiques en recollant des morceaux éparses et autres bribes de notre mémoire nationale.

Cette fois, il s’agit encore de notre mémoire littéraire qui s’est confrontée directement et avec gravité, à l’acte politique et non des moindres : la période vichyste en Algérie.

Nous avions, sur ce même quotidien publié quelques écrits sur l’une des deux premières écrivaines algériennes, à savoir Djamila Debèche. Nous revenons cette fois-ci sur cette journaliste, écrivaine et militante de la Fédération des Elus Musulmans algériens (FEMA) qui nous éclaire davantage sur la nature de cet engagement.

L’interview rare de cette enfant de Bordj-Ghris (Sétif) que nous proposons à nos lecteurs, date du 10 octobre 1941 et publié par l’hebdomadaire politique de la Fédération d’Alger du Parti Populaire français (PPF) du sinistre dirigeant de la collaboration en France Jacques Doriot.

L’homme qui a recueilli ses propos et l’avait rencontrée à Alger et un fervent collaborateur de Jean Fossati, Arrighi et consorts en pleine campagne manu-militari antisémite, anticommuniste et antinationaliste touchant l’ensemble des colonisés. C’était à un moment où on instaura le régime des tickets d’approvisionnement pour l’ensemble de la population algérienne, un régime qui ne faisait qu’enrichir davantage les riches colons et leurs alliés de classe : les féodaux locaux.

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Il est bien question de l’un de ces Algériens « français » qui ont animés le Collège musulman du PPF, nous citons Larabi Fodil. Un cadre-militant du parti fasciste dans la colonie-Algérie et futur cadre recruteur en France – après le débarquement du 8 novembre 1942 – pour le compte de la Légion des volontaires d’Afrique (LVA) et plus particulièrement la sinistre Légion des volontaires kabyles (LVK) que dirigeait l’avocat Belkacem Ibazizen, dit « Augustin ».

Le long de ce court entretien, il semble bien que Djamila Debèche ait rejoint pour un certain temps le PPF-Algérie aux du docteur Djilali Bentami et bien d’autres encore qui se retrouveront après 1945 militants au sein de l’UDMA de Ferhat Abbas.

Mohamed-Karim Aouane, universitaire

LE RÖLE DE LA FEMME MUSULMANE DANS LA RENOVATION FRANCAISES.

Le Pionnier, 10/10/1941 – Fodil LARABI. 

Mlle Djamila Debèche… Une française et une musulmane. Le type parfait de la future musulmane tel qu’on l’aurait souhaité ; alliant à l’audace tranquille de la femme émancipée, la pudeur ingénue de la femme du bled.

Douée d’un esprit critique et observateur et sachant raisonner juste, Mlle Debèche a su évoluer sainement et utilement en harmonie constante avec les exigences de ses traditions séculaires auxquelles elle demeurait toujours solidement attachée.

Française par l’esprit et par le cœur, musulmane par l’âme et par la foi, telle est Mlle Djamila Debèche, journaliste spécialiste dans l’étude des questions musulmanes et qui vient de se donner comme tâche d’inculquer à la femme musulmane l’esprit nouveau qui anime la révolution nationale.

Arrivée depuis peu parmi nous, cette émissaire infatigable a déjà accompli de la bonne besogne. Elle s’est faufilée dans les milieux divers ; elle a pris des contacts et, d’ores et déjà, elle est en plein dans l’esprit de sa mission.

«Je veux, nous dit-elle, arriver à créer un esprit nouveau d’émulation et de compréhension dans les milieux féminins musulmans. J’ai constaté à plusieurs reprises que ma présence ne détonnait ni dans les milieux français, ni dans les milieux musulmans. J’en conclus qu’une société harmonieuse peut parfaitement se constituer dans ce pays en un bloc homogène soudé autour de l’image de la patrie. Il suffit pour cela de comprendre le rôle de la femme et de lui attribuer toute son importance. »

Et Mlle Debèche de continuer :

Il a été dit et répété que la régénération de la société musulmane est fonction de l’évolution de la femme. La question s’est posée de savoir s’il fallait donner, dans l’éducation des enfants, la prééminence aux jeunes musulmans ou, au contraire, aux jeunes filles, puissance celles-ci sont appelées, une fois devenues mères, à pétrir en quelque sorte aussi bien l’âme que l’esprit de leurs enfants.

Or, je suis de celles qui croient que l’éducation de l’homme doit commencer par celle à laquelle il doit le jour : la mère, c’est-à-dire la femme. C’est le sens d’une maxime ancienne à laquelle la structure des sociétés modernes donne toute sa justification. En effet, l’éducation de l’enfant doit commencer par celle de sa mère.

Malheureusement, dans la société musulmane actuelle,  et ce, contrairement aux préceptes coraniques, le rôle, qui échoit à la femme n’est pas de nature à lui permettre de donner à son enfant l’armature morale capable de faire de lui un être sociable, autrement dit utile à son semblables.

La musulmane ne pourrait donc jouer son rôle utile dans l’éducation de ses enfants que si elle-même possédait, sinon la culture, du moins les notions nécessaires. 

En d’autres termes, il faut d’abord instruire la jeune musulmane, avant de lui demander de jouer un rôle décisif dans l’édification de la société islamique moderne.

Beaucoup de préventions doivent disparaître aujourd’hui de l’esprit des parents. La vie – la vie qui n’attend pas, comme l’a dit le Maréchal Pétain – est là avec ses exigences et même ses tyrannies.

Elle broie impitoyablement tous ceux et toutes celles qui inconsciemment ou non persistent à se complaire dans le rôle de « traînards » dans la lutte pour l’existence. Cette lutte requiert une arme que les institutions modernes et surtout les institutions françaises – dont l’esprit altruiste et profondément humain et universellement apprécié – met à la portée du premier venu : l’instruction que les maître français dispensent si généreusement sur les bancs des écoles les plus éloignées, que celles-ci soient dans les douars les plus inaccessible ou dans les centres éloignés de toute civilisation.

Instruisons donc nos enfants et surtout nos jeunes filles. Préparons-les à leur future rôle de mère de mère pour leur permettre d’inculquer à leur progéniture les nations qui le rendront forte pour la lutte dans la vie.

Et qu’on ne croit pas que l’Islam soit réfractaire à l’instruction de la femme. Qu’on veuille bien se souvenir que du temps du prophète et surtout à l’époque des khalifes, des jeunes musulmanes enseignaient l’exégèse et commentaient les hadiths soit dans les écoles publiques, soit même dans les mosquées principalement après la prière du Dhor.

A l’heure actuelle et surtout parce que sa mère est ignorante, l’enfant perd la nuit le bénéfice de l’enseignement qu’il a reçu pendant le jour. En effet, l’atmosphère dans laquelle il a vécu toute la journée à l’école, atmosphère de lumière qui ouvre à son esprit neuf, pour ainsi dire minutes après minute, de nouveaux horizons et lui fait entrevoir sa vie future comme un paysage enchanteur, cette atmosphère-là, dis-je, il ne la retrouvera pas le soir quand il réintégrera le toit familial et le triste logis.

C’est à ce moment-là que peut-être jaillira dans sa jeune cervelle l’idée qu’il donnerait tout au monde pour qu’une mère attentive et vigilante se penche sur lui pour l’encourager d’un regard ou d’un mot, ou lui expliquer ce qu’une mémoire infidèle n’a pu entièrement enregistrer.

C’est le jour seulement où la maman musulmane pourra se pencher sur son fils pour continuer à la maison ce que le maître a commencé à l’école, que la société musulmane sera régénéré.

Instruisons donc la femme musulmane pour la préparer à son rôle de mère. »

Bravo ! Chère consœur ! Combien nous vous approuvons et combien nous sommes avec vous de tout cœur, nous qui ne cessons de militer pour la création d’une société où la valeur du citoyen sera jugée à la mesure de ses vertus civiques et de sa foi patriotique. »

 

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4 Commentaires

  1. D’où sortez-vous cette « Légion des volontaires kabyles (LVK) » dont on ne trouve trace nulle part ? Avec deux égarés que sont Ibazizen et Mohamedi Said, vous nous faites une « sinistre légion ». Vous voulez remplacer la pouffiasse de naima salhi ?

  2. Oui cette histoire existe belle est bien! soixante ans après, l’Algérien comme toi et devenu schizophrène entendeur de voix.

  3. Hello le chercheur ! J’aimerais avoir vos sources sur la « Légion des volontaires kabyles (LVK) ». Je n’en ai jamais entendu parler !

  4. Kabyle et fier de ne pratiquer aucune religion venu du Moyen Orient.
    Les Kabyles doivent inventer au plus vite leur propre religion qui a ses origines dans le fin fond du Djurdjura et non au Moyen Orient.

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