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Doit-on supporter l’EN ? Moi, non !

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Cette semaine je suis allé visiter un détenu d’opinion qui croupit dans les geôles algériennes. Pour le réconforter, je lui ai raconté que l’équipe de football fait un beau parcours dans la CAN. Et que cela devrait le réjouir que notre ambassadrice puisse porter haut en Afrique les couleurs de la fierté nationale.

C’est une très ancienne question posée en dilemme aux démocrates, doit-on faire la part des choses lorsqu’il s’agit d’un régime autoritaire qui condamne les opposants à une incarcération abominable ?

J’aurais l’impression de mépriser et d’insulter ce malheureux dans sa cellule avec ma position qui resterait ambivalente. Non, assurément non, il ne faut jamais célébrer ce qui fait la force et le prestige d’une dictature, directement ou indirectement.

C’est valable en toutes choses et le sport est l’un des domaines où ces régimes trouvent leur carburant populiste par l’adhésion des peuples. Mais c’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de compétitions internationales et surtout de football car il possède une force d’embrigadement encore plus puissante.

Au niveau interne les despotes disposent du levier de l’écriture mémorielle de l’histoire, de la terreur et de l’offre de compromission et de corruption. Sur le plan international, le football en est un qui n’est pas des moindres. 

Deux références au sport dont une au football me viennent spontanément à l’esprit.  Celle de la Grèce antique qui avait sublimé la compétition sportive comme image de la puissance d’Athènes dans la guerre, de la virilité masculine et de la doctrine racialiste.

Puis la célèbre organisation des jeux Olympiques (encore eux !) à Berlin par Hitler. Il voulait que ce fût le moment glorieux du nazisme pour prouver la supériorité de la race aryenne sur les athlètes noirs, notamment ceux des Etats-Unis (pour ce qui est des compétiteurs les plus dangereux).

Les athlètes américains noirs, appelés « les18 courageux », ont obtenu 10 médailles. L’histoire retiendra surtout l’écrasante supériorité de l’athlète Jesse Owens avec 4 médailles d’or. Un camouflet à Hitler qui voulait se servir des Jeux olympiques comme vitrine de son triomphe.

Puis cette fameuse « Main de Dieu » de Maradona dans une équipe argentine de football qui a obtenu la coupe du monde. Au même moment, le régime des colonels exécutait et incarcérait considérablement plus d’opposants que Maradona n’a pu marquer de buts dans toute sa longue carrière. 

(Au passage, c’est toujours utile aux jeunes lecteurs, rappelons que le terme de « régime des colonels », nommé par usage, est impropre car il est le qualificatif de la dictature militaire en Grèce. En Argentine il fait référence au colonel Juan Domingo Perón (devenu plus tard général), ancien homme fort du pays qui était arrivé au pouvoir en participant avec d’autres à un coup d’état, ce qui a donné le nom au mouvement péroniste lorsqu’il est devenu l’homme fort de l’Argentine, un féroce dictateur).

Les dictatures se sont ainsi toujours servies du sport pour montrer leur puissance au monde. Le football est tout désigné car il draine le plus de foules à son spectacle.

Une extraordinaire aubaine pour les régimes populistes de pouvoir se servir des « masses populaires » (au sens sociologique et non méprisant). Et que dire des compétitions internationales où trois attributs nationalistes sont présents, l’hymne national, le drapeau et l’inscription sur le maillot ? Le Jackpot pour ces régimes de pouvoir provoquer envers eux tant de dévotion mystique et irrationnelle.

J’ai bien entendu évité de mettre en avant dès le début de l’article deux citations qui paraissent tellement évidentes à rappeler. Cela aurait été peu téméraire car en général on les met instinctivement en avant lorsqu’on n’a pas beaucoup de choses à dire tant elles sont tellement générales et universelles.

La première est une dérivation classique de la pensée de Marx à propos de la religion, le football est donc aussi « L’opium du peuple ». Et comme nous avions commencé par l’Antiquité revenons à la période romaine et son célèbre « Panem et circenses » (du pain et des jeux) du poète satirique latin Juvénal. Jules César en avait repris le sens avec sa fameuse phrase « donne du vin et des jeux au peuple et tu pourras en faire des agneaux ». Je ne savais pas que César était Algérien.

Non, je n’insulterai pas ce pauvre opposant d’opinion jeté dans les geôles de notre César. L’équipe nationale, malgré ses grands talents et son parcours dans la CAN, n’est pas celle qui sert à glorifier mon pays. Mon enthousiasme de jeunesse pour le football algérien, car à cette époque la réflexion n’était encore pas assez mature pour faire le lien,  renaîtra lorsque mon pays natal sera représenté par des dirigeants légitimes et honorables.

Là, et seulement à ce moment, je soutiendrais ce qui construirait l’image internationale qui ferait notre fierté, y compris par le football.

Bon, il ne faudra pas compter sur moi pour sortir de ma tombe et devenir un Maradona national car je ne le vois pas venir, ce moment de fierté personnelle. 

Boumediene Sid Lakhdar

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5 Commentaires

  1. Quand je vois les débordements de nos pseudos supporteurs dans les rues de Lyon j’ai honte pour notre équipe nationale et pour tous les Algériens amoureux du ballon rond

  2. Je ne supporte pas du tout cette équipe qui sert d’outil de propagande au pouvoir militaire afin d’endormir le petit peuple et lui donner une fausse fierté !
    Je lui souhaite d’être éliminée le plus tôt possible afin que l’on puisse voir les choses sérieuses

  3. Les deux mamelles des dictatures ; c’est la drogue « les cachés  » et le foot . Peut-on demander à un footeux d’avoir une conscience politique ,car il pense plus avec ses pied qu’avec sa tête  » allah ghallab comme il a dit lui . La désolation ,fêter une équipe qui gagne en brulant des voitures il ni a que les ângériens qui peuvent cela . Et peut-être ces voitures appartiennent à leurs compatriotes . le peuple « le ghâchi est à l’image de leur gouvernant .VIVE L’INDEPENDANCE DE LA KABYLIE ?pour désarabiser notre belle région , pour décontaminer les cerveaux des suiveur . Azul Imazighens

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