7.7 C
Alger
AccueilA la uneEl Watan sommé de se taire : quand la vérité doit demander...

El Watan sommé de se taire : quand la vérité doit demander une autorisation

Date :

Dans la même catégorie

Que cherche M. Sayoud avec sa loi sur les partis ?

M. Saïd Sayoud, ministre de l’intérieur des âmes, a...

Lezzayer : tamurt iteččen… deg uksum-is !

Alɣu n udabu n Lezzayer n 7 yennayer 2026...

CAN 2025 : arbitres, palais, FIFA… le football en otage

On nous a vendu une compétition, on a eu...

CAN 2025 : le lion Sinigueli a gagné

Le lecteur ne doit pas être offusqué par ce...
spot_imgspot_img
- Advertisement -

El Watan est averti : se taire définitivement, devenir une courroie de propagande ou subir les foudres du ministre de la Communication, bras répressif du pouvoir.

Il existe une figure littéraire que le régime algérien manie avec une dextérité remarquable : l’oxymore. On la retrouve, éclatante, dans ce communiqué du ministère de la Communication qui, tout en brandissant l’arsenal répressif de la loi, jure la main sur le cœur son « ferme engagement » envers la liberté de la presse. Pathétique position auquelle personne ne croit en Algérie.

Pourquoi s’en cacher ? Une liberté si louée et revendiquée ne peut raisonnablement s’adjoindre d’avertissements, menaces à peine voilées et rappels disciplinaires à la moindre velléité d’indépendance. Mais on n’est plus dans un Etat qui respecte la presse. Pour lui il n’y a de presse que laudatrice, cireuse de pompes. Ce qui veut clairement dire que l’Algérie est dirigée par un système totalitaire qui ne souffre aucune critique.

Répétons-le aux oublieux. C’est nécessaire pour ceux qui sont enclins à prêter quelque vertu à Tebboune, Chanegriha et leurs télégraphistes. Le quotidien El Watan est donc sommé de rentrer dans le rang pour avoir osé publier une information jugée « trompeuse ». Pourtant une information vraie et vérifiable par tout un chacun. Mais à Alger, les dirigeants ne supportent aucune nuance.

Car qui juge, instruit, condamne ? Les mêmes. Le ministère se fait procureur, le Parlement témoin à charge, la loi instrument, et le journal… accusé avant même d’avoir pu débattre. La procédure est limpide : l’État parle, la presse se tait.

Obéir

Ce qui frappe, ce n’est pas tant l’accusation que la mise en scène. Les références juridiques pleuvent — articles 3, 20, 35, 68, 71 — comme autant de projectiles destinés à rappeler aux journalistes que chaque ligne publiée peut devenir un délit. Le message est clair : l’information n’est tolérée que lorsqu’elle épouse fidèlement la version officielle. La presse doit être la voix de son maitre. On ne lui demande pas de rapporter les faits mais d’obéir. Toute dissonance est une infraction. Toute divergence, une atteinte à « l’intérêt général » — cet intérêt mystérieux que seul le pouvoir semble capable d’interpréter.

Le plus savoureux, ou le plus glaçant, reste ce passage où le ministère condamne un « manquement manifeste à la déontologie ». Voilà donc un régime qui muselle, suspend, ferme et intimide, donnant des leçons d’éthique professionnelle. Un régime qui confond critique et trahison, information et subversion, se pose soudain en gardien de la morale journalistique. Il détient le magistère de la vérité. L’ironie serait délicieuse si elle n’était pas tragique.

Car derrière le vernis administratif se cache une réalité bien connue : la criminalisation progressive du travail de presse. Depuis la loi organique de 2023, le journalisme en Algérie n’est plus un contre-pouvoir, mais une activité sous condition, sous surveillance, sous menace permanente. On ne corrige plus une information par le débat ou le droit de réponse, on la corrige par l’avertissement et la peur.

Et toujours cette rhétorique paternaliste suintant l’hypocrisie et le mensonge : « nous vous faisons confiance », « nous respectons la liberté », « nous n’hésiterons pas à sanctionner ». Traduction : obéissez, ou assumez les conséquences. C’est le langage classique des régimes autoritaires, qui n’interdisent jamais frontalement, mais encadrent si étroitement qu’il ne reste plus d’espace pour respirer.

Le communiqué se conclut par un appel vibrant à « l’intérêt national ». Là encore, une vieille ficelle. L’intérêt national n’est plus ce qui sert les citoyens, mais ce qui protège le récit officiel. Informer devient dangereux dès lors que l’information dérange. Questionner devient suspect. Décrire devient subversif.

En réalité, ce n’est pas seulement El Watan qui est jugé ici. C’est l’idée même qu’un journal puisse encore raconter le pays autrement que par les communiqués ministériels et la propagande éhonté d’un pouvoir qui passe son temps à mentir. Combien de médias disparus sous Tebboune ? Combien de journalistes embastillés ? Combien de citoyens embarqués et condamnés pour leurs opinions ? Assez pour nous rendre à la triste évidence, l’Etat de droit a vécu.

Instrument de propagande

Quand un pouvoir commence à parler de liberté de la presse pour mieux la mâter, c’est qu’il ne la considère déjà plus comme un droit, mais comme une concession révocable. Et quand l’État exige de la presse qu’elle « fasse honneur à ses propriétaires », il avoue sans le vouloir sa vision réelle du journalisme : non pas un service rendu au public, mais une propriété à discipliner. Un médiocre instrument de propagande au seul service des dirigeants.

Enfin, au-delà, disons-le aussi, un clan arabiste diablement autoritaire cultive l’espoir de tuer la presse francophone.

Ce communiqué n’est pas un simple avertissement, c’est une énième condamnation du journalisme à se taire. C’est un aveu. Celui d’un régime qui a peur des mots, des journaux, comme les voleurs de la justice.

Sofiane Ayache

Dans la même catégorie

Que cherche M. Sayoud avec sa loi sur les partis ?

M. Saïd Sayoud, ministre de l’intérieur des âmes, a...

Lezzayer : tamurt iteččen… deg uksum-is !

Alɣu n udabu n Lezzayer n 7 yennayer 2026...

CAN 2025 : arbitres, palais, FIFA… le football en otage

On nous a vendu une compétition, on a eu...

CAN 2025 : le lion Sinigueli a gagné

Le lecteur ne doit pas être offusqué par ce...

Dernières actualités

spot_img

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici