16 avril 2024
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Election et régions expliquées aux jeunes : le berceau de la nation française, Clovis (I)

DECRYPTAGE

Election et régions expliquées aux jeunes : le berceau de la nation française, Clovis (I)

Suite au premier partiel à l’écrit, notre grand professeur de droit constitutionnel à Sciences Po Paris, Georges Vedel, l’un des derniers mandarins, nous disait d’une voix solennelle, perchée dans une de ces tribunes qui n’existent plus avec une telle hauteur : « Mesdemoiselles, Messieurs, soyez simples dans vos écrits et laissez les tournures alambiquées et les présentations faussement d’érudition juridique à ceux qui ne maîtrisent pas leur sujet ». 

Par conséquent, ceux qui pensent trouver dans cet article un véritable traité d’histoire et de droit constitutionnel ne sont pas au bon endroit. Ce qui compte est qu’à la fin de la lecture, un résumé des points choisis par l’auteur prenne toute sa place dans la mémoire, d’une manière simplifiée mais rigoureuse pour comprendre l’origine et la réalité juridique et politique de ces élections régionales à venir.

Le royaume de Clovis, l’un des berceaux de la France

Lorsque vous abordez l’histoire de France, vous y trouvez de nombreux souverains à qui on prête la paternité de ce qu’on appellera plus tard, la France. Vous lirez constamment cette phrase, déclinée en des tournures différentes : « Ce grand roi a fait avancer considérablement le royaume, dans son importance territoriale comme dans son unité administrative tout autant que ses institutions politiques et judiciaires ».

Lorsque vous terminez le cycle d’études, vous vous retrouvez avec une bonne dizaine de rois qui représentent la paternité de la république française. C’est que l’histoire est un continuum avec de très rares ruptures qui donnent une nouvelle direction, comme c’est le cas des révolutions. Rien n’est crée par une génération spontanée et les révolutions ne se font pas tous les matins.

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Et si je devais en choisir un seul qui pourrait, avec un certain consensus, représenter l’origine, je prendrais bien évidemment Clovis, roi des Francs saliens.

Pourquoi ? Parce que, d’une part, le royaume des Francs (l’un des peuples germaniques qui sont à l’origine de la chute de l’empire romain) est celui qui détient, à l’époque, la plus forte concentration du pouvoir, sur un territoire élargi.

Mais les rois francs avaient cette coutume de morceler les territoires entre les fils héritiers. Absolument pas la bonne méthode pour arriver, au final, à un territoire aussi unifié que l’on connaîtra bien plus tard. 

Clovis, roi des Francs saliens, une branche de la dynastie Mérovingienne, puis roi des Francs, va capitaliser à son actif deux atouts qui expliquent pourquoi on considère aujourd’hui qu’il est une racine fondamentale de l’actuelle France.

En résumé, pourquoi un roi émerge soudain dans l’histoire, pour occulter tous les autres dans une multitude inévitable après la dislocation de l’Empire romain ?

La première condition est qu’il puisse être le vainqueur de sa propre famille régnante. C’est ce qu’il fit. Puis, il faut être vainqueur des autres familles, menaçantes pour la revendication souveraine et unique du plus grand territoire possible. C’est ce qu’il réalisa en repoussant ses grands concurrents, les Alamans et les Burgondes, puis en annexant le territoire des Wisigoths, au sud de la Gaule. 

Être un chef de guerre victorieux sur un grand territoire est donc la première condition pour se réclamer être un socle de la genèse de la France. 

La seconde condition, Clovis l’a compris le premier, il faut avoir la légitimité transmise par le pouvoir intemporel, celui de l’Église. Quoi de plus haut que Dieu ? Quoi de plus légitime aux yeux de la population ?

Avoir sa bénédiction et en être le représentant « séculaire » est tout de même un pas important pour asseoir son autorité puisque transmise par le Pape, légataire du pouvoir intemporel.

Ne l’oublions jamais, la Gaule romaine est à ce moment conquise par la foi catholique, une puissance devenue incontournable. Le « coup politique » de Clovis, dirions-nous de nos jours, par sa conversion à la foi catholique, est incontestablement celui qui fait naître la racine de la France. Converti, Clovis sera ainsi le premier souverain à être consacré à la cathédrale de Reims, comme roi catholique.

Depuis, tous les rois se feront désormais sacrer à Reims. C’est ainsi la naissance d’un grand royaume catholique, genèse de l’histoire de France. C’est d’ailleurs pourquoi beaucoup de rois capétiens porteront le nom de Louis, puisqu’il s’agit de la déclinaison de Clovis. 

À cette étape de l’histoire, nous pouvons à peu près dire que c’est le commencement d’une unification du territoire qui n’est pas encore l’hexagone que nous connaissons aujourd’hui mais qui commence à dessiner ses premières esquisses. 

L’époque médiévale, des royaumes locaux féodaux

Clovis mort, voilà que la coutume des francs réapparaît. Nous l’avons dit, les Francs ont une conception patrimoniale du royaume et le partage se fait entre les fils.Nous voilà de nouveau dans la division du territoire en plusieurs entités qu’on n’appelle pas encore des régions.

D’évènements en événements, de guerres de territoires en invasions, de batailles familiales en déchirements, le territoire français tombe petit à petit dans le morcellement féodal où de grands seigneurs occupent des territoires qui sont, pour certains, beaucoup plus puissant que le petit royaume de l’Île-de-France, celui du roi de France.

Ainsi, la notion d’unité ne tient que par le système de féodalité qui tisse les liens entre des suzerains et des vassaux. Le roi de France étant le suzerain le plus haut dans la hiérarchie, sans pour autant en avoir les moyens et l’autorité suprême face à des fiefs régionaux aussi puissants que ceux, par exemple, de la Bourgogne, de la Bretagne, de la Normandie ou de la Flandre.

C’est à cette époque que nous pouvons dire que le morcellement du territoire commence à ressembler à celui de la période contemporaine, à l’exception des zones frontalières. Ce sont les grands fiefs féodaux à la tête desquels se trouve un souverain qui porte un titre nobiliaire, le plus important étant celui de Duc. Les grands duchés de France préfigurent ainsi ce que seront les grandes régions actuelles.

Deux moments forts du réveil du sentiment national

Nous le verrons dans le paragraphe suivant, il en résultera une bataille continuelle entre les périodes de renforcement de l’État central et ceux des résistances fortes des fiefs locaux.

Mais, dans un cas ou dans l’autre, la réalité sociale du pays penche vers le constat d’une défragmentation très poussée des langues, cultures et traditions. Aucune ville de province, aucun territoire n’avait les mêmes assises linguistiques et culturelles que l’autre. 

Pourquoi ce pays a-t-il fini, après le règne de Clovis, par avoir une unité jusqu’à en être plus tard l’exemple même de l’État centralisé ? Bien d’autres raisons existent, j’en présente deux qui avaient toujours été au premier rang de nos programmes scolaires du collège (n’oublions jamais que l’Algérie était un territoire sous administration française).

On croyait que l’acte de naissance donné à Clovis était l’acte fondateur de la France. C’est exact mais nous avons vu quelle a été la suite. La véritable naissance du sentiment national fut le moment de la bataille de Bouvines sur la frontière Nord, contre le pays flamand et ses alliés du moment. Au 13ème siècle, le roi de France Philippe Auguste avait réussi à fédérer des troupes dans tout le royaume pour vaincre un danger extérieur.

La notion de frontière française allait naître et donc du « sentiment national ». L’autre évènement qui allait renforcer cette idée de nation française fut le célèbre décret de Villers Cotteret signé par François1er. Ce décret installe la langue française comme la langue officielle des actes administratifs et judiciaires sur le territoire. Bien que le français restait la langue d’une élite au pouvoir, le fait est historiquement marquant.

La nation française avait désormais des frontières (plus ou moins modifiées par la suite) et une langue. Elle devenait ainsi une véritable nation. L’accouchement fut long, depuis Clovis. Restait aux circonstances de l’histoire à choisir entre un royaume unifié ou un royaume féodal (fédéral dirions-nous aujourd’hui) ?  L’affaire fut aussi longue,  de batailles et de renversements.

Pouvoir central ou régional, une bataille continuelle

On pourrait encore citer de nombreux autres faits qui concourent, les uns à la centralisation du pouvoir royal, les autres à construire une régionalisation telle que nous l’appréhendons aujourd’hui et dont la plupart des régions sont héritées de cette racine féodale.

Ce qui va faire basculer la balance, d’un côté ou d’un autre, au fil du temps, est la puissance ou la faiblesse des différents rois avec des différentes circonstances historiques.

Et nous en revenons à cette litanie des livres d’histoire « Il fut un grand fondateur de l’unité de la France, politique et administrative ». Ce qui n’est en fait qu’un continuum dans lequel les régions féodales prendront le dessus ou le perdront selon les époques. On devine que plus le temps passe, notamment avec la dynastie des Bourbons, et plus la balance penchera vers un pouvoir centralisé. 

La France, avec Louis XIV, recevra définitivement le qualificatif d’État centralisé, par rapport à de nombreuses grandes puissances européennes dont on connaît le caractère féodal historique, comme celui de l’Allemagne ou de l’Espagne.

Et, bien que le concept de régions françaises ne s’est jamais éteint pour ressusciter plus tard, la centralisation va connaître une victoire définitive avec la révolution française qui sonnera le glas de la naissance d’un pays fédéral.

Mais les régions n’ont pas dit pour autant leur dernier mot. Commençons par étudier, dans le prochain article, leur sort lors de la révolution française. Nous reviendrons ensuite à la renaissance des régions, jusqu’aux élections régionales qui occupent l’actualité.
 

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar

 




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