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Elles ont disparu en 2025 : ces figures qui ont façonné l’État, l’économie, la culture…

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L’année 2025 a vu disparaître plusieurs personnalités dont les trajectoires, bien que différentes, ont profondément marqué l’Algérie contemporaine. Issues de la sphère politique, économique, culturelle ou sportive, elles ont contribué, chacune à sa manière, à façonner l’État, l’économie productive, l’imaginaire collectif et la mémoire nationale.

Parmi elles, certaines incarnent des pans structurants de l’histoire algérienne récente : l’État avec Sid Ahmed Ghozali et Ahmed Taleb Ibrahimi, l’économie nationale avec Hadj Hamitouche, la mémoire cinématographique avec Mohamed Lakhdar-Hamina, sans oublier des figures populaires du sport et de la culture.

Trois générations, plusieurs visions, un héritage commun, souvent discuté, parfois contesté, mais toujours structurant.

Sid Ahmed Ghozali (1937 – 2025) : un technocrate au sommet de l’État

Ingénieur de formation, diplomate et ancien Premier ministre, Sid Ahmed Ghozali appartient à cette génération de hauts responsables qui ont structuré l’État algérien après l’indépendance. Il a occupé plusieurs fonctions stratégiques, notamment à la tête de Sonatrach, avant d’être nommé chef du gouvernement au début des années 1990, dans un contexte de crise politique et institutionnelle aiguë.

Son passage à la primature s’inscrit dans une période de fortes tensions, où l’État cherchait à préserver sa cohésion face à une instabilité croissante. Ghozali incarne le profil du technocrate convaincu du rôle central des institutions et d’une gestion rationnelle des ressources nationales, au cœur d’un système alors sous pression.

Hadj Hamitouche (1946 – 2025) : un self-made man, symbole du capitalisme national

À rebours des trajectoires politiques ou culturelles, Hadj Hamitouche s’est imposé comme l’une des figures emblématiques du monde économique algérien. Issu d’un milieu populaire, il a bâti, par le travail et l’audace entrepreneuriale, un empire industriel et touristique fondé sur la production nationale.

Fondateur de la Laiterie Soummam, devenue une référence dans le secteur agroalimentaire, il a contribué à structurer une industrie locale compétitive, ancrée dans la qualité, l’innovation et le territoire. Son nom est également associé au développement du tourisme privé à travers la chaîne hôtelière Atlantis, illustrant une ambition économique tournée vers la valorisation des potentialités nationales.

Hadj Hamitouche incarnait une figure rare : celle de l’entrepreneur autonome qui  a incarné un modèle de capitalisme social, où la réussite économique d’une entreprise est indissociable du bien-être de sa communauté. Son action solidaire s’est articulée autour de trois piliers fondamentaux : l’urgence humanitaire, le développement local et le soutien à la jeunesse.

Son intervention durant la pandémie de Covid-19 reste l’exemple le plus frappant de son altruisme. Face à l’urgence respiratoire, il ne s’est pas contenté de dons financiers, mais a agi en véritable logisticien de la santé à travers l’acquisition et le financement de générateurs d’oxygène pour les hôpitaux.

Pour Hadj Hamitouche, la solidarité passait par la pérennité des moyens de subsistance. Il a instauré un écosystème où la laiterie Soummam servait de bouclier aux éleveurs ( reconstitution des cheptels, soutien direct à  ceux parmi ces derniers ayant perdu leurs bêtes lors de catastrophes naturelles.)

Le sport et la vie citoyenne étaient pour lui des vecteurs essentiels pour éloigner la jeunesse de l’oisiveté. Son influence s’est manifestée par : un soutien massif au sport : Sponsoring de nombreux clubs (Olympique d’Akbou, JSK, etc.), faisant de Soummam le premier partenaire du football algérien.

La figure de Hadj Hamitouche reste marquée par une profonde humilité. Bien qu’il ait été l’un des plus grands contributeurs privés à l’effort de solidarité en Algérie, ses actions étaient souvent menées avec discrétion, lui valant le respect unanime de la population et des autorités.

Ahmed Taleb Ibrahimi (1932 – 2025) : un intellectuel d’État, figure clivante

Moudjahid, intellectuel et plusieurs fois ministre, Ahmed Taleb Ibrahimi est décédé en octobre 2025 à l’âge de 93 ans. Figure centrale de l’Algérie post-indépendance, il a occupé des portefeuilles stratégiques — l’Éducation nationale, l’Information et la Culture sous Houari Boumediene, puis les Affaires étrangères sous Chadli Bendjedid — incarnant une élite dirigeante cultivée, idéologisée et profondément engagée dans la construction de l’État national.

Personnalité respectée mais clivante, il s’est distingué par un nationalisme affirmé et un ancrage idéologique arabo-islamique assumé, qui ont largement influencé ses positions politiques. Se revendiquant moderniste, il fut l’un des cadres du régime boumediéniste convaincus que la consolidation de l’État passait par une homogénéisation culturelle et linguistique rapide.

Il figura ainsi parmi les artisans d’une arabisation volontariste de l’école algérienne, pensée comme un instrument de souveraineté postcoloniale mais appliquée de manière souvent improvisée, avec des effets délétères  sur la qualité de l’enseignement et la cohésion identitaire. Cette « arabisation au rabais » demeure l’un des aspects les plus débattus de son héritage.

Sur le plan identitaire, son parcours connaîtra toutefois une inflexion tardive : Ahmed Taleb Ibrahimi finira par reconnaître explicitement la dimension amazighe constitutive de l’Algérie et la place légitime de tamazight dans l’échiquier linguistique national, opérant une forme de réévaluation de son propre héritage politique.

Mohamed Lakhdar-Hamina (1934 – 2025) : le cinéma comme mémoire nationale

Réalisateur de renommée mondiale, Mohamed Lakhdar-Hamina est décédé en mai 2025 à l’âge de 90 ans. Figure tutélaire du cinéma algérien, il demeure l’unique cinéaste  africain à avoir remporté la Palme d’or au Festival de Cannes, en 1975, pour Chronique des années de braise.

Son œuvre a hissé le cinéma algérien au rang de langage universel, en racontant l’histoire du peuple algérien à travers une écriture cinématographique ambitieuse, épique et engagée. Lakhdar-Hamina a fait du cinéma un outil de transmission historique et de construction mémorielle.

Djamel Menad (1961 – 2025)

Ancien international algérien et figure emblématique du football national, Jamal Menad s’est éteint en mars 2025 à l’âge de 64 ans. Attaquant talentueux, il fut l’un des visages marquants de la génération des années 1980, période faste pour la sélection nationale. Son nom reste associé à la JS Kabylie et à une vision combative et généreuse du football.

Beyouna (Baya Bouzar) (1952 – 2025)

Artiste et comédienne populaire, Biyouna est décédée en novembre 2025 à l’âge de 73 ans. Aimée pour sa spontanéité et son franc-parler, elle a marqué le théâtre, la télévision et le cinéma algériens par des rôles à la fois drôles, incisifs et profondément humains.Fouzi Saïchi, dit Remimès (1951 – 2025)

Connu du grand public sous le nom de Remimès, l’acteur Fouzi Saïchi s’est éteint en septembre 2025 à l’âge de 74 ans. Son jeu sobre et réaliste lui a permis d’incarner des personnages proches du quotidien des Algériens, faisant de lui un visage familier du cinéma et de la télévision nationale.

La fin d’une génération, l’épreuve de l’héritage

Le départ de ces figures en 2025 marque plus qu’une succession de disparitions. Il symbolise l’effacement progressif d’une génération qui a bâti l’Algérie dans ses institutions, son économie productive, ses performances sportives et son récit culturel.

La rédaction

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