2 octobre 2022
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Existe-t-il un ministère de l’Education en Algérie ? L’école publique menacée

OPINION

Existe-t-il un ministère de l’Education en Algérie ? L’école publique menacée

Pour la première fois et après 32 ans dans l’éducation, je suis arrivé cette année à la conclusion en cette période de pandémie que l’éducation en Algérie, a connu la pire équipe dirigeante depuis l’indépendance.

Je ne peux me taire devant les dégâts pédagogiques, sociaux, sanitaires et sécuritaires que le peuple algérien vient de vivre pendant les années scolaires 2019-2020 et 2020-2021.

Sur le pont pédagogique :

Si la décision de suspendre la scolarité pendant l’année scolaire 2019-2020, pendant le troisième trimestre de l’année scolaire, fut un passage obligatoire à cause du danger de la propagation du virus covid_19, les décisions prises ne furent pas étudiées et leurs retombées négatives sur les formations des générations à venir seront rapidement ressenti.

La plupart des pays partout dans le monde, qui ont vécu le même phénomène, ont certes suspendu la scolarité, mais aucun n’a reporté les examens en septembre, ni fixé la note de passage à 09/20. Les conséquences de cette décision se sont ressenties, pendant l’année scolaire 2020-2021, dès la reprise des cours après la fin des examens, c’est-à-dire en novembre. De ce fait, les élèves de l’année scolaire 2020-2021, qui débutèrent leur année scolaire en novembre, furent triplement handicapés à cause :

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     Du problème sanitaire dû à la circulation du virus et du manque de moyens pour le combattre dans les établissements.

  2.  Du niveau des élèves admis avec des moyennes basses 09/20, ce qui entraîna beaucoup de problèmes disciplinaires et une grande déperdition non encore dévoilée.

  3.  Du grand retard observé dans les avancées des programmes, du parfois aux difficultés observées par les enseignants à faire passer leur message devant la variété de niveaux des élèves, parfois à l’absence des enseignants à cause de la contamination et aussi parfois dû au volume horaire qui fut fixé à 45 minutes la séance. Et l’aménagement des programmes, ne fut pas d’un grand secours pour pouvoir terminer les programmes.

Ce qui est grave cette année, c’est le silence du ministre devant les protestations des enseignants pendant ce troisième trimestre, et cela, depuis le 14 avril 2021 et dans plusieurs wilayas du pays et particulièrement dans la deuxième capitale du pays. Les élèves repris les cours ce trimestre que pendant une semaine, alors comment se présenteront ils aux examens de fin d’année sans le dernier trimestre, dans quel état psychologique et qui est le responsable ? 

La question qui restera posée, avons-nous un ministère de l’éducation ? Cette année, ce n’est pas la pandémie qui aura tronqué les programmes de l’année 2020-2021 du troisième trimestre. Le bras de fer entre le ministère de l’éducation et les travailleurs, était-il évitable, je pense que oui. Lorsqu’on prive les travailleurs de l’éducation de leur salaire la veille du ramadan, eux qui n’arrivent pas à terminer les fins de mois avec leurs maigres salaires.

Et comme, beaucoup de travailleurs, souffraient déjà des revendications qui remontaient à plusieurs années, nous assistâmes non plus à une simple protestation pour non-versement de salaire, mais à un problème jusqu’à aujourd’hui insoluble : le pouvoir d’achat et le point indiciaire d’un côté, et la dignité du travailleur de l’autre côté. 

Aujourd’hui, beaucoup de parents d’élèves, d’enseignants, de travailleurs et de syndicalistes s’inquiètent du silence du ministre de l’éducation ainsi que celui du gouvernement ou du président de la République à la veille des examens. Moi, comme je l’ai toujours dit, si leurs enfants fréquentaient l’école publique dans les wilayas qui se sont soulevées, le problème aurait été résolu en 24 h. 

Le Bac blanc est déjà annulé dans certaines wilayas, et même s’il devait être tenu dans celles-ci, il porterait sur quoi puisque les élèves n’ont pas eu cours pratiquement pendant tout ce troisième trimestre. 

La gravité ce n’est pas uniquement le silence des responsables, mais aussi celui des médias, comme si un trimestre en moins ce n’est pas un problème, on a l’habitude. Je suis curieux de voir la solution proposée aux élèves qui n’ont pas étudié pendant un trimestre et aux travailleurs qui chaque jour manifestent pour que l’on prête attention à leurs revendications. Où va l’éducation pédagogiquement ? Je pense vers la faillite, car les responsables ne sont pas concernés par le problème de l’école publique ni ceux des travailleurs. Aujourd’hui, les responsables envoient leurs enfants vers les écoles privées, où les travailleurs sont mieux rémunérés et ne feront pas grève pour des questions de salaires.

Sur le point social

L’éducation en Algérie est à deux vitesses, celle des écoles privées et celle de l’école publique. Aujourd’hui, l’école privée a de beaux jours devant elle et est sauvegardée par les responsables pour que leurs enfants y trouvent place. Quant à l’école publique, nous assistons chaque année à son anéantissement par un manque de moyens. Que fait le ministère de l’éducation pour sauver l’école publique et bien rien au contraire, il assiste en spectateur à sa faillite.

Sur le point sanitaire

Les établissements ont gravement manqué de moyens pour faire face à la pandémie malgré toutes les promesses faites pendant cette année scolaire 2020-2021. Nous avons perdu, cette année, un très grand nombre de travailleurs et d’élèves à cause de la pandémie. Aujourd’hui, encore les établissements souffrent des budgets qui leur sont alloués pour gérer cette année scolaire et sans l’aide de certains parents et des enseignants eux-mêmes qui se sont parfois sacrifiés pour faire le nettoyage.

Sur le plan sécuritaire

Cette année, fut l’une des pires ou l’insécurité et le danger guettaient les travailleurs aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des établissements. Et le plus grave, fut le drame qu’ont vécu les enseignantes à Bordj Badji Mokhtar, ce qui a donné une image monstrueuse de l’Algérie dans le monde. Cette fois-ci, ce n’est pas la covid_19 qui a frappé les neuf enseignantes de Bordj Badji Mokhtar, mais bien des hommes enturbannés et armés de couteaux qui ont pénétré dans l’enceinte de l’école, ont neutralisé le gardien, en le ligotant, se sont dirigés vers les logements de fonction où résidaient les neuf institutrices, dont une avec son bébé, laissant deux de leurs acolytes devant l’entrée. Des scènes de violence qui pétrifient les institutrices. 

En l’absence de toute sécurité, loin de tous, ces enseignantes sans défense  ont été livrées, à leurs assaillants qui prirent tout leur temps pour fouiller et prendre tout ce qui a de la valeur : bijoux, argent, laptop, téléphones, etc. Et quitter les lieux, vers 3 h 30, laissant derrière eux des victimes sous le choc. L’insécurité de l’école a déjà été signalée auparavant, mais comme toujours sans réaction de la part des autorités. Aujourd’hui, qui va laver l’honneur bafoué de ces enseignantes et leur faire oublier le choc qu’elles ont vécu.

Rien ne marche au niveau de l’éducation, et cela, à tous les niveaux. Mais dans tout ça que fait le premier responsable du secteur. Je ne sais pas, le soulèvement dans l’éducation a commencé le 14 avril 2021 dans la wilaya d’Oran pour s’élargir à d’autres wilayas de l’ouest, de l’est, etc.,

Ce n’est qu’à la fin du ramadan, c’est-à-dire un mois après qu’une première réaction timide du ministère et plus précisément le 17 mai 2021 que le ministère ait daigné ouvrir le dialogue avec les partenaires sociaux sur le point du statut particulier des travailleurs de l’éducation, lequel a déjà été ficelé sous l’ère de l’ancienne ministre Mme Benghabrit. À quoi joue le ministère en ignorant les principales revendications du premier soulèvement, né dans la wilaya d’Oran et pourquoi le ministre ne répond pas aux doléances des parents d’élèves de plusieurs  wilayas qui cherchent à comprendre comment leurs enfants pourront rattraper leur cours, non pas uniquement pour les examens finaux, mais aussi pour les prérequis de leur cursus scolaire.

L’autre mystère du ministère, il ne parle que de la manifestation organisée le 26 mai à Alger et des derniers communiqués de l’intersyndicale alors que certains travailleurs sont en grève aujourd’hui même, et cela, depuis 42 jours. C’est à se poser la question, ces responsables vivent-ils en Algérie ?

Un nouveau communiqué du ministère, daté le 25 mai 2021, vient d’être publié, interdisant la manifestation du 26 mai 2021 et le boycott du Bac Blanc ainsi que du baccalauréat. Les responsables se sont réveillés, mais très tardivement alors que le bac Blanc est déjà boycotté dans certaines wilayas et le baccalauréat et le BEM sont menacés.

D’autres questions, traumatisent les travailleurs de l’éducation, quelle sera la sortie de crise qu’adoptera le ministère à 3 semaines du baccalauréat et comment prendre en charge les élèves qui n’ont pas fait le troisième trimestre. Comment un ministère qui possède tous les spécialistes pédagogiques et psychologiques, va-t-il envoyer les élèves vers les examens sans des tests blancs et sans avoir assisté au cours de tout le troisième trimestre ?

La seule explication à toutes ces questions est qu’il n’existe plus de ministères de l’éducation et le silence des responsables aux revendications des travailleurs est l’annonce du complot qui vise l’école publique. Pendant que l’école publique était en arrêt pendant tout le troisième trimestre dans certaines wilayas, l’école privée, elle a poursuivi son enseignement et cela ne nous gêne en rien, car elle est non concernée par les revendications des travailleurs.

Laisser l’école publique longtemps ne peut avoir qu’un seul objectif, c’est mettre à genoux notre institution pour laquelle beaucoup de martyrs, moudjahidines et syndicalistes se sont battus. J’aimerais bien qu’un jour, on fasse un sondage aux niveaux de tous les ministères sur le nombre de responsables qui envoient leurs enfants à l’école publique et vous m’en dirait des nouvelles, car si se réveiller un jour le matin et un responsable, aurait vu son enfant ne pas partir à l’école pour la raison de grève des travailleurs de l’éducation, il aurait réagi à la minute et non pas attendre 42 jours pour réagir.

Tous les travailleurs de l’éducation de l’école publique et les parents d’élèves sont tristes de voir l’institution qui faisait la fierté des algériens abandonnée par des responsables désintéressés du devenir de toute une génération.

 Le ministre actuel premier représentant des travailleurs de l’éducation n’a même pas daigné se déplacer personnellement à Bordj Badji Mokhtar pour être aux côtés des victimes de l’agression qui a terrorisé neuf enseignantes. Alors comment voulez-vous, qu’à l’avenir parler de ministère de l’éducation nationale, si son premier responsable ignore le soulèvement du 14 avril 2021, qui a bouclé aujourd’hui son 42 ème jour et qui se poursuit. Y-a-t-il deux Algérie ou deux écoles ? Celle qu’on écoute et glorifie et l’autre.

Auteur
Bachir Hakem, syndicaliste-pédagogue à la retraite

 




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