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​France-Algérie : timide rétablissement des canaux diplomatiques sur fond de tensions

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Huit mois après avoir été rappelé à Paris, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, reconnaît une reprise partielle des échanges entre Paris et Alger, sans pour autant parler de sortie de crise.

Dans un entretien accordé à RFI, il dresse le constat d’une relation bilatérale encore entravée par des blocages politiques, mémoriels et sécuritaires, malgré le rétablissement récent de certains canaux de communication.

« La crise n’est pas terminée, pas encore », tranche l’ambassadeur, alors même que des échanges diplomatiques et sécuritaires ont repris depuis deux à trois mois. Cette prudence reflète l’état actuel des relations entre les deux pays : une volonté affichée d’apaisement, mais fragilisée par une accumulation de signaux contradictoires.

La libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, intervenue le 12 novembre, a été perçue à Paris comme un geste susceptible d’ouvrir une phase de réengagement. Mais cet espoir a été rapidement tempéré par le maintien en détention du journaliste Christophe Gleizes, présenté par Stéphane Romatet comme un « contre-signal ». Pour la diplomatie française, ces dossiers individuels sont devenus des indicateurs politiques du climat bilatéral.

À ces tensions s’ajoute le vote récent par l’Assemblée populaire nationale algérienne d’un projet de loi criminalisant la colonisation française. Un texte qui, selon l’ambassadeur, intervient à un moment particulièrement sensible et complique la dynamique de rapprochement. Les autorités françaises y voient une marque d’hostilité, renforçant l’impression d’un durcissement mémoriel assumé par Alger.

Sur le plan politique interne français, Stéphane Romatet souligne également l’impact négatif de certaines prises de position. Les déclarations virulentes d’élus de droite et d’extrême droite à l’égard de l’Algérie, relayées dans l’espace médiatique, contribuent selon lui à tendre davantage la relation. L’ambassadeur met en garde contre toute stigmatisation dépassant les dirigeants pour viser un pays ou une population, rappelant la responsabilité des responsables politiques dans le choix des mots.

Interrogé sur la résolution portée par le Rassemblement national et soutenue par une partie de la droite et du centre à l’Assemblée nationale française, Stéphane Romatet se refuse à parler de « rapport de force ». Il estime que l’affichage public de telles logiques est contre-productif et défend, à l’inverse, une approche fondée sur la discrétion diplomatique et la restauration progressive des canaux de dialogue.

Sur le terrain sécuritaire, la crise a eu des effets concrets. La coopération antiterroriste entre les deux pays a été quasi suspendue pendant plusieurs mois. Ce n’est que récemment que des échanges ont repris, signe d’une prise de conscience partagée des enjeux régionaux, notamment au Sahel. La visite à Alger, le 20 novembre, de la secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes, a marqué le rétablissement d’un canal diplomatique formel, le premier depuis juillet 2024.

La coopération migratoire constitue l’autre dossier sensible. Paris attend une reprise effective des procédures permettant l’éloignement des ressortissants algériens sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), un sujet central pour le ministère français de l’Intérieur. C’est dans ce contexte qu’une visite de Laurent Nuñez à Alger est « à l’étude ». Invité dès novembre 2025, le ministre a exprimé son souhait de se rendre en Algérie, à condition que cette visite soit soigneusement préparée sur les volets sécuritaire et migratoire.

Quant au retour de Stéphane Romatet à son poste à Alger, aucune date n’est avancée. L’ambassadeur se dit toutefois prêt à « prendre toute sa part » dans une éventuelle sortie de crise, espérant que 2026 marque la fin d’une année 2025 qualifiée de « très difficile ».

Entre signaux d’ouverture et tensions persistantes, la relation franco-algérienne demeure dans un entre-deux, sans rupture formelle ni véritable normalisation. L’évolution du dialogue dépend désormais de la capacité des deux capitales à dépasser les postures politiques et à transformer la reprise des échanges en avancées concrètes.

Samia Naït Iqbal

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