30 mai 2024
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Georgia Meloni, obstinément fossile !

Meloni en Libye.

Avec le déplacement de Giorgia Meloni en Libye, le gouvernement «postfasciste» a montré qu’il est obstinément fossile. Poursuivant son « Opération Mattei », Meloni arrache à Tripoli quelque 8 milliards de dollars de contrats afin de doubler les capacités d’approvisionner Rome grâce au gazoduc Greenstream, reliant Mellitah (Libye) à Gela (Sicile) transformant, ainsi, l’Italie en un grand dépôt de gaz.

Même si Enrico Mattei n’aurait pas apprécié que son nom soit mêlé dans une opération énergétique des plus rétrogrades, les héritiers d’Umberto Bossi et de Gianfranco Fini du Mouvement Social Italien (MSI) poursuivent leur politique énergétique à la seule soumission aux orientations et aux intérêts du trust ENI et de ses partenaires Français et Américains.

En Libye, l’ENI est le principal fournisseur de l’électricité et à hauteur de 80 %. Il est question de la Libye à la géographie actuelle d’avant le 1er septembre 1969. La Cyrénaïque  (Benghazi) est aux mains du généralissime Haftar où l’alimentation en énergie et aux mains des Emiratis et leurs alliées égyptiens.

Selon la presse italienne, Giorgia Meloni n’a fait que quelques heures de bronzage à Alger tout comme à Tripoli afin de faire valoir les bienfaits de la politique méditerranéenne de l’Italie. C’est assez pour faire face au « Sultan de l’OTAN » de Turquie qui, pour se moquer des Italiens, il a embarqué ses soldats et ses petits drones-tueurs sur les patrouilleurs libyens que l’Italie à livrer à Tripoli.

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Les Italiens attendent que ce projet puisse voir le jour… dès l’horizon 2026. Le directeur de Greenpeace-Italie, Giuseppe Onufrico, voit dans la stratégie du gouvernement Meloni, menée par l’ENI, celle de « toujours changer de fournisseur et de ne pas s’affranchir de la dépendance aux importations de gaz, en provenance de pays dont la stabilité politique est un pari ». peut-on comprendre par là qu’au sein de l’entreprise ENI-Meloni, l’Algérie fait partie quand même du cercle des pays dont la situation est un « pari de casino » ?

Ce qui est sûre, est que beaucoup d’Italiens regrettent aujourd’hui les fastes années où le colonel Kadhafi avait promis, en 2010, quelques 55 milliards d’euros pour la relance des affaires entre les deux pays. Depuis, la Lybie n’est qu’un « bac à sable » pour les différents gouvernements qui se sont succédés au Palazzio Chigi.

L’Algérie comme station-service !

Le parcours de Georgia Meloni et de certains membres de son gouvernement ressemble bien à un transsaharien de pèlerins gaziers. Ils évoquent de faite les années 1930 et la coalition « guerrier d’or » et « la flamme ardente » s’adaptent merveilleusement en puisant dans la tradition coloniale eurocentriste de ne s’intéresser qu’à ce qui est sous les pieds des bédouins de la rive sud de la Méditerranée.

Après les Légions romaines, celles des Croisés et des Fascio du Duce, il est question de Légions gazières une peu plus efficace et rentables surtout et que leurs victimes se compteront sur le long terme. Mais les trusts gaziers et pétroliers ont aussi leurs interprétations des données historiques et politiques qu’ils intègrent dans leurs cahiers de stratégie du développement. Le couple ENI-Meloni, en arborant la bannière tricolore au milieu de laquelle apparaît le buste de Mattei et en filigrane, celui du Duce, s’est retrouvait enfin et au grand jour, dans son milieu grandeur nature.

Si l’entreprise politico-gazière italienne souhaite que le pays des Numides, se transforme en station-service pour le vertueux parc de logements de Rome, il y aura certainement un risque à prendre au niveau des réactions sociales qui s’accumuleront avec le temps.

Entre un programme économico-financier basé sur le profit des classes entrepreneuriales au service des politiques des deux rives et les retombés économiques sur les peuples de ces rives, il y a lieu de faire appel à la mémoire historique, dont une bonne partie est dans les Archives de la Farnesina (ministère des AE italien). Si on est disposé à partager les richesses et les prestiges entre classes possédantes, il serait fâcheux d’offrir aux populations des jeux de cirque, comme le faisait jadis, César.

Derrière le tandem ENI-Meloni, il y a une le reflet d’une manifestation sadique inconsciemment ressourcée par l’idéologie du Duce. Tout comme le décrypte Wilhelm Reich – que nous citerons avec une extrême précaution – il est intéressant d’interroger une certaine psychanalyse des angoisses intimes dues aux représentations sociales que gérèrent l’eurocentrisme néocolonial.

Durant les 1930, l’Italie de la latinité fasciste était bien ancrée en Algérie. En pleine guerre coloniale que menait l’Italie fasciste en Libye et dans la corne de l’Afrique, à Alger, Skikda, Annaba et Constantine, les relais fascistes italiens étaient au cœur du système colonial économique et politique et le fascisme français leur doit d’énormes services dans l’aliénation de la lutte anticoloniale en Algérie.

Sur les un peu plus de 29 000 Italiens établis en Algérie, 60 % étaient des adorateurs du nouveau César romain et membres de ses tentaculaires organisations que dirigeait la fédération algérienne du Parti National Fasciste (PNF) avec le contrôle bienveillant des consulats d’Italie à Oran , Alger, Constantine et Annaba.

Il est certes vrai que la communauté italienne en Tunisie représente le fer de lance de la politique expansionniste du Duce dans la Méditerranée de l’ouest, mais pour César Mussolini il était question de l’Africa Italiana, dont la région du Constantinois faisait partie d’une Numidia Latina, alignée sur éphémère carte géographique.

Les avatars de la géopolitique de l’époque ont vite eu raison de ce mysticisme paternaliste. Toujours à l’est de l’Algérie, l’annexion du Constantinois à la Tunisie est ce fameux projet téléologique qui n’avait pour intérêt que le massif ferreux et phosphaté d’El-Ouenza-El-Kouif, il est question donc d’unir le massif tuniso-algérien et d’étendre le « nouveau pays » jusqu’aux monts de Tessala.

Le « mysticisme politique » de l’ENI-Meloni

L’Africa-Italiana a-t-elle été réellement disloquée sous les chenilles des chars Sherman du débarquement anglo-américain du 8/11/1942 ? Du tout apparemment, elle subsiste dans l’inconscient de ceux et celles, qui ont été éduqués avec les manuels partisans des gourous de la « Flamme ardente » et du «Guerrier d’or ». Lorsque la Meloni prit la parole au cœur de ce hangar d’hélicos à bord de la frégate Carabinieri, la vigilance politique n’a pas assez médité sur l’acte en lui-même.

La prise de parole en ce lieu guerrier au sein d’un habitacle multifonctions équivaut à un discours de victoire après une prise d’assaut d’un port ennemie.

La localisation de ce discours aux marins italiens est encore plus instructive sur la personnalité à l’instant même de l’émetteur des propos. A un moment, le « moi » surplomba la phrase de « mon gouvernement » dissimulant le « moi, représentante du gouvernement italien », aboutissent inévitablement à exprimer des déviations d’aptitudes où les sentiments de culpabilité projetaient par l’inconscient, montre une angoisse de l’appareil psychophysique sous la tension de cette première sortie diplomatique à l’étranger.

Avec sa seconde randonnée libyenne, l’entreprise ENI-Meloni semble prolonger le discours de la frégate comme « ventre de la Mère-gendarme », il y aurait comme une influence mystique à sauver la nation-mère de ses souffrances et ses douleurs. Au moment des protocolaires signatures des accords bilatéraux à Alger, la matriarcale Meloni préférant éviter, un instant, la tension patriarcale des présents, éleva son regard admiratif et poncif vers la splendeur mosaïquée de la coupole du palais du Peuple.

A Tripoli, elle sera religieusement mise aux pas par les « Titans » entreprenants du gazier et l’autorité virile du patriarche. Entre l’intervention matriarcale au ventre de la frégate-mère, qui fut une dérive protocolaire absurde, et le religieux cérémonial de Tripoli, il y a lieu à s’attendre à de nouvelles émanations vigoureuses des limites de celle qui a, jusque-là, embellie son électorat grâce à l’appui du maître Silvio Berlusconi.

Mohamed-Karim Assouane, universitaire.

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