2 octobre 2022
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Hebib Khelil : « Les islamistes ont presque tué le Hirak ». Ah bon ?

DEBAT

Hebib Khelil : « Les islamistes ont presque tué le Hirak ». Ah bon ?

Je n’ai pas réagi seulement après avoir lu l’article mais dès le titre. Par celui-ci, Hebib Khelil nous apprend que le Hirak a été infesté par les islamistes. Je voudrais l’informer que De Gaulle est mort, la ligne Maginot n’a pas tenu et que l’eau mouille autant que le feu brûle. 

Bien entendu je n’ai pas été le seul à tirer la sonnette d’alarme sur cette clownerie politique et, surtout, sur son extrême dangerosité.

Mais deux articles sur Le Matin d’Algérie, deux autres sur le Quotidien d’Oran et un dernier sur El Watan ainsi que des dizaines de posts sur les réseaux sociaux, ne font vraiment pas de moi le dernier des Algériens à avoir mis en garde, dès le début, de la dangerosité de la révolution du sourire qui a fait perdre aux démocrates au moins trente ans.

J’ai été insulté, traîné dans la boue et menacé même si cela n’a pas été plus loin que la persistance à m’envoyer des messages « amicaux ».

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J’ai crié, presque seul et à contre-courant, contre une foule qui avait perdu son discernement. Le soulèvement avait pourtant bien commencé. L’humour et la dérision étaient effectivement les excellents choix, car nos militaires n’ont jamais été confrontés au sourire de la vie, de la jeunesse. Ils ont surtout connu le visage de la peur, de la soumission et de la compromission qui leur faisait face.

Et même s’ils ont été confrontés parfois à la dissidence, ils l’ont matée, car la force est leur langage. Mais une danseuse des rues, magnifique et qui les nargue de sa beauté et de sa jeunesse resplendissante, ils en sont désarmés. Pour la première fois en 60 ans, ils le furent réellement par ce mouvement populaire surprenant.

Mais les Algériens sont redevenus des Algériens et ont fait ce qu’ils savent faire admirablement, soit hurler, youyouter et danser. Ils se sont enfermés dans leur monde illusoire de révolutionnaires et ont été aveugles au danger qui les guettait.

Je voudrais poser une question à Hebib Khelil. Si on plaçait devant un petit enfant des femmes en foulard d’esclave, volontairement porté, pour crier la revendication de la liberté, que penserait-il, ce petit enfant ?

Si on lui disait que le fils du plus grand islamiste fut le chef d’orchestre d’une télévision portée à la gloire du mouvement révolutionnaire pour la démocratie, que dirait-il ?

Et si nous lui révélions, à ce pauvre enfant, que plus de la moitié des personnes qui défilent avaient voté pour deux militaires et une momie pendant vingt ans, quatre fois, en youyoutant de la même manière. Que penserait-il de l’état psychiatrique de ce mouvement de revendication démocratique ?

Et comme il faut bien l’égayer, ce petit garçon, disons-lui que cette foule voulait dégager les généraux algériens avec…le sourire. Là, il exploserait d’une apoplexie de rire.

Et ainsi de suite, nous pourrions multiplier les exemples, comme ceux du Rachad et d’autres, ceux que j’ai tellement écrit pour essayer, à ma modeste mesure, de réveiller cette foule en délire.

Même cet enfant aurait compris la folie et le danger de cette pitrerie politique. Des centaines de milliers d’Algériens instruits ne l’avaient pourtant pas compris. Il fallait être contre-révolutionnaire, un hizb-frança, comme ils disent de moi, pour le comprendre dès la première manifestation.

Mais allons plus loin, Hebib Khelil ajoute « En l’absence d’une feuille de route claire avec des préalables démocratiques et consensuels, il se peut que ce mouvement mène à… creuser nos propres tombes…une énième fois ». 

Ah bon ? 

Moi lorsque je le dis au début du mouvement, c’est contre-révolutionnaire et provoque des insultes violentes. Et lorsque c’est dit après la guerre et la terrible déroute, c’est révolutionnaire ?

Et il rajoute : « Faut-il le parfaire ? Bien entendu. Pour peu que l’on veuille le doter d’une véritable charte, avec des préalables démocratiques consensuels, des objectifs précis et d’un cap. ». 

Ah bon ?

Je voudrais lui rappeler les attaques foudroyantes à mon égard. « Vous les anciens militants, les vieux, vous avez échoué avec vos partis, nous ne voulons plus des organisations politiques mais une spontanéité des revendications, sans contrôle d’appareils… ». 

Lahouari Addi m’avait dit « Boumédiene, je ne débattrai pas avec toi dans la presse car la révolution du Hirak a déjà gagné et nous ne voulons pas provoquer la terreur et le sang avec ta proposition de désobéissance civile ».

Le Hirak a finalement obtenu la terreur, l’emprisonnement de centaines de démocrates et journalistes, la défaite honteuse et le silence d’un Lahouari Addi, disparu des radars.

Et la dernière, pour la route, « Boumédiene, ta proposition de porte-paroles dans le Hirak est dangereuse, car le pouvoir les corromprait immédiatement».

Je répondais toujours que si un mouvement populaire se prétendant aussi puissant avait crainte d’avoir autant de potentiels corrompus dans ses rangs, il fallait qu’il se recycle en producteur de cachir et abandonne le métier de révolutionnaire. 

Une révolution sans incarnation, c’est un copyright du Hirak, comme le concept de révolution du sourire. L’Algérie n’a pas de projets politiques, mais elle a des idées, comme disait ce slogan célèbre des années 70 en France, avec « presque » les mêmes mots.

Merci Monsieur Hebib Khelil de m’avertir de l’infection des islamistes dans les rangs du Hirak. C’est vrai que je suis myope et lorsque je le regardais, le vendredi après-midi, ce n’était pas des milliers de foulards que je voyais, mais des drapeaux de révolutionnaires.

Et il est bien connu que les porteuses volontaires de foulard sont les plus grandes révolutionnaires pour la démocratie, la laïcité et les droits humains d’égalité.

C’est pour cela qu’on m’avait tant insulté. Je n’avais rien compris. Ce n’était pas des foulards mais les étendards de la liberté et de l’humanisme. Quant à la TV de Madani, Rachad et le Quotidien du rejeton du général Nezzar, c’est, tous en même temps, le journal révolutionnaire de Marat, « L’ami du peuple ».

Il est mort, assassiné dans sa baignoire, et le Hirak s’est noyé dans son inconscience.

Mais il peut être ressuscité par le « presque » de Hebib Khelil.

 

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant contre-révolutionnaire

 




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