20 janvier 2022
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« La cité de mon père », de Mehdi Charef

« La cité de mon père », de Mehdi Charef

« La Cité de mon père » est un roman magnifique dans lequel Mehdi Charef raconte son vécu, son histoire. Celle d’une émigration, de l’exil de sa famille.

Sa mère, ses frères et sœurs ont rejoint leur père en France. « Nous n’étions pas heureux de rejoindre notre père dans son immigration. Chacun de nous, ta sœur Noria, notre mère, tes frères Yazid et Bekhti, moi, nous partions avec un vide au cœur », écrit-il à sa sœur morte et laissée au pays.

Mehdi raconte librement et naturellement son arrivée en France. C’était en plein hiver, se souvient-il. Il dépeint ses racines au pied de la montagne. Il avait 10 ans, l’âge de l’innocence. Il avait rejoint avec sa mère, ses frères et sœurs un père taiseux qui s’épuisait sur les chantiers. Par-là, Mehdi venait de perdre le pays de ses racines. Il est devenu un exilé et il se réfugie dans l’écriture (page 97). « Ce qui m’a aidé, c’est que j’étais un jeune adolescent futé avec un univers intérieur débordant, qui me dépassait. Quand l’amertume me saisissait, je m’enfermais fissa dans mon monde… Il était plein de blagues, d’histoires, de rêves. Tu vois ma sœur, je m’accrochais aux branches pour éviter que la mauvaise vague ne m’emporte », écrit-il.

Plus loin, il confie encore : «Les livres que je lis ont pensé à mon bien d’avant… J’étais dans leur cœur… J’ai de la chance. Tout petit, ils m’avaient remarqué et étaient venus à ma rescousse pour m’élever, me porter, m’apprendre à penser, à m’exprimer et à me défendre… Ils ont agi sur ma vie, sur ce que je désirais. ». Arrivé en France, il vit dans les bidonvilles, des cités de transit. Dans ces baraques, les familles étaient cachées des autres et du centre des villes. Ces familles étaient reléguées dans ces no-mans land dépourvus de commodités.

Le père de Mehdi était un travailleur acharné, il maniait le marteau-piqueur qui pèse 30 kg qu’il enfonce toute la journée au plus profond de la terre sur les chantiers. Le père de Mehdi était un taiseux. L’exil qu’il a fait subir à sa famille, les bidonvilles, la sordide cité de transit, il sait que souffre de cet état de fait, alors il se tait.

Ce n’est que bien plus tard qu’il accède à un appartement de quatre pièces en HLM. C’était le Graal. L’auteur nous raconte l’exil de son point de vue, son départ du pays de ses ancêtres, sa famille, ses douleurs qui ont découlé de ce départ. Puis la guerre, car la guerre a laissé des traces terribles pour sa famille. C’est avec ces yeux d’enfant devenu un adulte éclairé qu’il décrypte la vie dans ces HLM construits pour abriter le maximum de monde. C’était tendance pendant les 30 Glorieuses.

Sans fioriture, l’auteur déroule aussi le récit de ces années passées au pays où la vie était triste. Mehdi a vécu son enfance en montagne. Donc il a gardé les souvenirs des morsures du froid de la neige. Ses souvenirs de l’école, le regard des autres, la cherté de la vie, le déracinement, l’auront marqué.

Comme souligné en haut, c’est dans la culture livresque qu’il trouvera son salut. Très jeune, il va aider son père pour nourrir les siens. Il va être embauché à l’âge de 17 ans.

Durant tout son parcours, il repense à sa sœur Amaria et il lui raconte ses regrets, ses souvenirs et ses idées. « Vois-tu ma Amaria, le plus compliqué pour moi, ici en France, c’est de vivre dans le ciel gris. » Il y a beaucoup de nostalgie dans ce roman quand il raconte sa sœur décédée et sa vie d’avant d’avant l’exil. En clair, un parcours semé d’embûches et de peines. C’est le récit bouleversant de Mehdi Charef.

Auteur
Kassia A.-G.

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