10 décembre 2022
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La double culture arabo-berbère et kabyle une force ou un frein ?

Grand Angle

La double culture arabo-berbère et kabyle une force ou un frein ?

La tradition, l’habitude, le conformisme, l’imitation, ou le ralliement à la majorité veut que l’on fasse un vœu pour la nouvelle année comme si cette bulle de savon pouvait nous transformer en super quelque chose ou bien nous transporter dans un monde plus beau… Donc en général, je m’abstiens de souhaiter (à moi et à mes amis) une année meilleure car 2017 ne m’a pas plus déçu que les autres et que je n’espère pas à travers la méthode Coué devenir un saint ou un héros de bande dessinée. Mais, car il y a un mais, j’aimerais toutefois croire que demain, après-demain ou un jour pas trop éloigné nous essayons, certains d’entre-nous, les plus hardis, les plus généreux, les plus tolérants d’imaginer, de rêver que des hommes, que ne séparent que quelques vestiges anciens de conflits et des différences qui ne sont peut-être que des complémentarités linguistiques et culturelles, se retrouvent et fraternisent.

Ces hommes souvent de bonnes volontés séparés par une frontière invisible mais réelle et qui partage l’Algérie en deux du fait de la relation binaire entre les deux histoires qui ont façonné et moulé ce pays : celle de sa berbérité et celle de son arabité. Cela pourrait rappeler d’autres antagonismes comme ceux des Basques ou Catalans en Espagne, des bretons et des corses, protestants et catholiques en Irlande, Wallons et Flamands en Belgique… Nous n’avons pas l’apanage de ce type de conflits qui perdurent depuis parfois depuis plus d’un siècle.

Les tensions arabo-berbères ont elles plus de mille ans et sont encore un frein majeur à la création d’une véritable identité algérienne comme là possèdent nos voisins et amis marocains ou tunisiens. Les nationalismes exacerbés sont souvent dangereux mais il en est de même pour les régionalismes qui naissent la plupart du temps d’une volonté politique de diviser pour mieux régner. Si le peuple ne veut pas faire le jeu d’un pouvoir rusé et manipulateur, il doit trouver l’inspiration et la générosité pour accueillir l’Autre et l’intégrer, je dis l’intégrer et non pas l’assimiler car la force de l’Algérie est de reposer sur deux piliers complémentaires (plus stable qu’un seul) la culture arabe et la culture berbère.

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Certes le mariage ne fut pas consenti, le plus fort a obligé l’autre à cette union : qu’avons-nous gagné ou perdu ? Qui peut le savoir on ne refait pas l’histoire. Il ne s’agit pas d’uchronie dans cette réflexion mais d’aller de l’avant et ne pas se morfondre sur un passé qui tout en restant dans nos mémoires doit laisser la place à d’autres perspectives, d’autres espérances plus enthousiasmantes que la culture d’un ostracisme et d’une excommunication.

Nous devons arriver à dépasser ce clivage d’un autre siècle à savoir que l’autre est moins bien que moi : moins intelligent, moins éduqué, moins tolérant, moins ouvert… Il s’agit d’une question fondamentale qui en fonction de la réponse que nous lui apporterons mettra le pays en situation de prétendre à exister dans le concert des nations ou bien nous maintiendra dans la situation éternelle de pays « en voie de développement ». Ce n’est ni plus ni moins que de cet enjeu dont il s’agit : être ou ne pas être ? That is the question. Il ne s’agit comme nous le faisons toujours de nous focaliser sur le pouvoir pour expliquer nos malheurs et nos déboires économiques et sociaux mais de regarder en nous-mêmes aussi profondément que nous ne le pouvons et non pas comme le dit Fellag avec humour et dérision : une fois que nous avons atteint le fond (du désespoir) nous ne nous réveillons pas pour remonter à la surface, non nous continuons de creuser pour nous enfoncer encore plus. Cette empathie qui nous manque que nous devons ou retrouver ou apprendre peut nous ouvrir d’autres horizons plus prometteurs que l’espoir vain soit de l’exil (par ces temps de fermeture des frontières et des esprits) soit d’un hypothétique prochain « Printemps arabe » qui comme nous le voyons ailleurs pour l’instant ne débouche sur presque rien hormis en Tunisie qui seule garde l’espoir de transformer sa révolte en quelque chose de tangible pour son peuple: mais rien n’est gagné pour l’instant. Donc au lieu de rêvasser agissons chacun à sa place pour accueillir l’Autre et tenter de partager ses idées et ses sentiments et de se mettre à sa place plutôt que de se persuader de posséder la vérité.

 

Le futur planétaire s’est complexifié avec l’arrivée de la mondialisation et du libéralisme imposés à tous sans concertation ni préparation. Nous sommes passés du 20 au 21è siècle en un tour de main : l’État abandonnant ses prérogatives régaliennes pour les confier au marché et en prime privatisant tout tout ce qui peut l’être notamment ce qui est rentable. L’humain se retrouve ainsi placé au centre d’une vaste compétition dont les vainqueurs auront tout et les perdants presque rien. Rien n’est inéluctable et pour résister à ce jeu d’échecs les pions doivent se regrouper et jouer collectif, les arabo-berbères et les kabyles n’ont pas d’autres alternatives que d’allier leurs forces et leurs intelligences pour préparer le pays aux temps déraisonnables qui sont en marche. Nous ne pouvons plus perdre ni d’énergie ni de temps en chicaneries kafkaïennes ou antédiluviennes afin de savoir qui était là le premier car l’urgence sera de savoir si nous serons encore là demain.

Si nous arrivons à tendre la main et retrouver la fraternité proverbiale dans nos cultures méditerranéennes alors rien ne sera encore gagné mais nous pourrons nous attaque à nos véritables problèmes : éduquer et instruire la jeunesse pour la préparer aux enjeux fondamentaux  que sont une meilleure répartition des richesses, une prise en compte du défi environnemental et écologique et un meilleur contrôle notamment les élites en limitant leur pouvoir à travers une nouvelle constitution que nos penseurs algériens devraient déjà mettre en route sur le papier.

Notre pays qui n’a pour l’instant réalisé presque aucun des espoirs nés au lendemain de l’indépendance devra sous peine de se retrouver non comme un des pays leader du continent africain qui lui contrairement à ce que l’on pourrait croire progresse (voir les élections en Afrique du Sud ou au Libéria qui permettent un changement de pouvoir sans coup d’état, voir aussi le classement des entreprise à plus forte croissance au Forum économique mondial (WEF) pour l’Afrique : la sélection est dominée par des sociétés nigérianes, sud-africaines et kenyanes). Pendant que depuis 30 ans nous faisons du surplace d’autres sont en train de nous dépasser, il ne s’agit pas de nous morfondre ou bien de nous accabler mais seulement de prendre conscience et de réagir sans précipitation en utilisant nos atouts : un niveau élevé de diplômés et notamment des femmes qui comme l’a écrit Aragon : « La femme est l’avenir de l’homme », et le potentiel de l’immigration dont un certain nombre ne demande qu’à revenir, la richesse en hydrocarbures et le fait de ne pas avoir encore fait de choix ni sociétal ni économique définitif.

Bien sûr ce vœu d’un rassemblement, d’une alliance, d’une vraie union libre et consentie entre arabo-berbères et kabyles peut rester lettre morte et au contraire, avec le nihilisme et le désespoir qui comme un brouillard s’abat sur le monde, déboucher sur les prémisses d’un fossé encore plus large. Mais je ne le crois pas car nous sommes acculés par les décisions graves et dangereuses de l’occident dans sa relation avec l’Afrique et le Moyen-orient à travers son rôle prépondérant dans l’apparition du terrorisme djihadisme (en bombardant sous prétexte de démocratie les seuls pays arabes un peu laïcs et à travers son alliance contre nature avec des pays musulmans extrémistes). La nature ayant horreur du vide, nous voyons renaître de ses cendres une forme de conscience au contour Africain continent qui se recentre sur lui, au contour du sous continent indien qui prend conscience de ses capacités (l’Inde future 5ème puissance mondiale) tout cela est embryonnaire et encore protéiforme mais si le destin aidant et si nous le voulons alors qui sait l’Algérie pourra prétendre à prendre place à bord de cette nouvelle arche de Noé. Que pèsera alors le différend entre les deux cultures algériennes pas grand-chose si ce colosse se met en marche nous ne pourrons que laisser de côté nos mesquins griefs et regarder loin devant nous avec des yeux de sage, de voyant et d’humain vraiment humain et voir apparaître une grande vague bleue qui rappellera pour certains anciens une autre vague appelé le Panarabisme, lueur, étoile filante belle et éphémère apparut sur
nos côtes et disparu depuis.

S. B.

Auteur
Saïd Benchaba, journaliste et producteur

 




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