28 janvier 2023
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AccueilIdéeLa femme, un bouclier de la démocratie, l’homme, l’épée de la dictature ?

La femme, un bouclier de la démocratie, l’homme, l’épée de la dictature ?

Hirak

Si la démocratie fait ses besoins couchée dans des draps blancs, la dictature les fait debout dans la nature.

Ce réquisitoire ne m’empêche pas de partager le sentiment de Jean Rostand quand il écrit « tant qu’il  y aura des dictatures, je n’aurai pas le cœur à critiquer une démocratie » même si ces dictatures endossent le burnous blanc de l’islam pour développer de nouvelles dynasties ou portent le costume deux pièces de la laïcité (religion et politique) avec une cravate qui les accroche aux puissances dominantes hégémoniques ou les deux à la fois, ce qui n’est pas incompatible, le premier pour tromper la vigilance des musulmans mais certainement pas de leur créateur, le second pour rentrer dans les grâces de l’occident qui ne demande qu’à être servi. 

Une fois l’indépendance acquise, le pouvoir s’installe confortablement et durablement dans un patriarcat primaire. Le peuple a troqué son indépendance et sa liberté en échange d’une protection et d’une nourriture. C’est ainsi que le pouvoir s’est approprié le bas ventre (les richesses du sous-sol) pour remplir son ventre (nourriture). Il veut en faire sa demeure éternelle. C’est le repos du guerrier. Le peuple abusé se révolte contre les abus du FLN, l’islamisme surgit du néant, s’arme et se jette dans la bataille perdue d’avance, le heurt est violent. La société est traumatisée. 

Un miracle se produit, une pluie diluvienne de dollars va s’abattre sur une Algérie meurtrie nettoyant toute trace de son passage. L’argent providentiel panse les plaies, la blessure est profonde, elle nécessite une chirurgie. Le médecin refuse. La radio est en panne. La vie et la mort en font un. 

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Un pouvoir sans argent est comme un fusil sans munitions, il est impuissant. L’argent sans le pouvoir c’est comme une femme sans un mari, elle se donne au plus offrant. Le pouvoir en Algérie, c’est le couple, l’armée et les hydrocarbures, le fusil et les munitions, il est invincible. Pris en tenaille entre la volonté populaire de changement et le statu quo suicidaire du régime, on s’interroge : que faire dans un pays où régime et Etat sont cimentés par le pétrole ?

Ni la rue,  ni le fusil ne peuvent s’en passer de l’argent du pétrole et du gaz. Une richesse illusoire (paradis des yeux et enfer de l’âme). Il est rusé et charmeur. Il ensorcelle. C’est un argent qui distrait, qui abrutit, qui avilit, qui tue, qui achète, qui corrompt, qui pourrit, qui détruit y compris les consciences. 

L’argent facile envoûte, captive. Il n’épargne personne. Tous lui tendent la main, L’administration, l’armée, la justice, les médias, la population sont tous à sa dévotion. Tous lui obéissent au doigt et à l’œil : le juge, le médecin, le professeur, le douanier, le policier. Sans lui, nous sommes nus. 

Sans lui, nous avons faim. L’argent du pétrole nourrit, habille, loge, soigne, enrichit. Il arme, il finance, il renseigne, il protège, il condamne, il voyage. Il est partout et personne ne peut s’en passer de ses dollars ; le socialisme, l’autoritarisme, l’islamisme, le terrorisme, le libéralisme. Le règne sans partage du pétrole et du gaz sur la société et sur l’économie nous interpelle : est-ce la rançon d’un pouvoir et/ou l’indigence d’une population ? Nous fuyons la vérité et nous nous refugions dans le mensonge « Quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous forme d’un clou ».

 Nous n’apportons pas de solutions à nos problèmes, nous en créons d’autres. « Tout clou qui dépasse interpelle le marteau ». Nous nous entêtons à reproduire à l’infini les schémas de pensée qui ont fait la preuve de leur inefficacité. Albert Einstein nous a pourtant prévenu « un problème créé ne peut être résolu en réfléchissant de la même manière qu’il a été créé ». L’Algérie est comme cette femelle en rut attendant un géniteur. 

Dans le règne animal, c’est au mâle de partir chasser, séduire et posséder la femelle. Il n’est pas seul à vouloir la conquérir. La femelle est convoitée par plusieurs mâles, elle accordera ses faveurs au mâle dominant. Ils se battent pour savoir qui est le plus fort. Ils ne font pas semblant. La femelle est attirée par le gagnant. Ce qui fascine la femelle, c’est que le mâle a le pouvoir de tuer. 

Ce dont l’Algérie a besoin, c’est d’un pouvoir qui la féconde. Or le pouvoir n’a pas quitté son bas ventre (sous-sol saharien) depuis la nuit de noces (l’indépendance) et à ce jour, on ne voit rien venir. Alors, on se demande : qui est stérile l’homme ou la femme ? Le pouvoir ou la société ? C’est une situation pesante. Le pouvoir a les nerfs à fleur de peau, la folie le guette. 

La société est au bord de la dépression, la ménopause approche. Elle rêve de voir ses enfants gambader et retrouver la joie de vivre auprès d’un mari jeune et vigoureux et abandonner à son sort son vieux compagnon de route avec qui elle a eu de bons et de mauvais moments. C’est un mariage chrétien qui date du milieu des années cinquante. On se « marie pour le meilleur et pour le pire » jusqu’à la fin de ses jours. Dans la tradition arabo-musulmane, dominer c’est posséder. Posséder la femme, l’argent, le pouvoir. Etre possédé, c’est le propre de chaque femme. Cette notion de possession est capitale chez l’homme. 

L’Algérie m’appartient, je la possède, je la domine, c’est mon territoire. Une fois, la femelle possédée, elle devient notre propriété. Elle ne sera léguée qu’à notre descendance pour perpétuer notre domination. Pouvoir et peuple se tournent le dos. C’est un couple en crise. Un désaccord profond les déchire. Des deux conjoints, qui doit quitter le lit ?

Pour les conservateurs, c’est la femme (la société doit changer) ; pour les démocrates, c’est le mari (le pouvoir doit changer) ; pour les modérés, « loin de toi j’ai froid, près de toi j’ai chaud » (statut quo). Ce qui se passe dans la chambre, les familles l’ignorent. Les familles peuvent toujours s’allier, cela n’empêche pas le couple de se quereller. Les vieux parents ne peuvent se substituer à leurs enfants adultes. La société a mûri et le pouvoir a vieilli. Dans ce bas monde dominé par l’argent, la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit même si elle est pourrie.

C’est l’homme qui donne et c’est la femme qui reçoit. L’homme est l’épée et la femme en est le fourreau. Le ciel irrigue, la terre féconde L’homme laboure, la terre produit. L’homme est porteur de violence et la femme porteuse de vie. La femme est la coupe qui enivre, l’homme est son protecteur.

 L’homme  propose et la femme dispose. Aujourd’hui, le pouvoir est en panne d’érection et la société en manque de désirs. Le peuple ne fait que tendre la main sans produire et le pouvoir ne fait que réprimer sans créer d’emplois. Les deux ne font que se donner l’illusion d’exister. Un peuple oisif est comme une femme stérile. 

Elle est bonne à rien. Un mari pervers ne sait que violenter sa femme pour cacher son impuissance ou dans le meilleur des cas la corrompre avec des cadeaux pour acheter son silence pour ne pas dire sa complicité. Tôt ou tard, elle ne tardera pas à lui être infidèle avec le premier venu disposant d’un tison pouvant allumer un volcan éteint. Et il sera le dernier à le savoir. Un Etat impuissant face à une société improductive. Le verbe est devenu un refuge à l’impuissance d’agir. 

Dr A. Boumezrag 

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