20 février 2024
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La jeunesse inquiète de son devenir : que deviendra l’Algérie à horizon 2030 ?

Opinion

La jeunesse inquiète de son devenir : que deviendra l’Algérie à horizon 2030 ?

Quel sera notre avenir? Telle a été la question qui m’a été posée par mes étudiants depuis des années, questions ayant suscité un riche débat qui renvoie à deux hypothèses et fondamentalement à la gouvernance.

1.- La population algérienne a évoluée ainsi : 1950 8,87 millions d’habitants – 1960 11,27, – 1970 14,69, -1980 19,47, -1990 26,24, -2010 à 37,06 -au 1er janvier 2016, 40,61 -au 1er janvier 2017, 41,3 -au 1er janvier 2018, 42,4 millions d’habitants et selon les extrapolations de l’ONS environ 51,026 millions 2030 et plus de 70 millions horizon 2050.. L’on devra créer 350.000/400.000 emplois productifs par an avec un taux de croissance réel de 9/10% sur plusieurs années pour éviter de vives tensions sociales. Or, le blocage de l’investissement en Algérie ne réside pas en des changements de lois ou d’élaboration de stratégies utopiques, vision bureaucratique, comme on ne combat la sphère informelle par des mesures administratives autoritaires, mais en s’attaquant au fonctionnement de la société, devant nous orienter vers une société participative et citoyenne., en un mot instaurer la démocratie tout en ne reniant pas notre authenticité, le dialogue des cultures combattant tout forme d’intolérance. (voir quotidien El Moudjahid 09 juillet 2018, et,Ech Chaab 10 juillet 2018 A. Mebtoul) .C’est que nos étudiants à travers tout le territoire national traduisent leur inquiétude vis-à-vis de l’avenir à l’instar d’autres segments de la société. D’où l’urgence d’un discours de vérité. Que sera l’Algérie en 2030 et que sera son avenir avec une population qui dépassera 50 millions d’habitants, où le nombre d’étudiants dépassera les trois (3) millions et où la demande additionnelle d’emplois dépassera 400.000/500.000/par an, en tenant compte de l’emploi féminin en croissance ? 2030 c’est demain car l’Algérie est indépendante depuis plus de 50 ans fonctionnant sur la rente des hydrocarbures à 97/98% et important 70% environ des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%, avec un dépérissement du tissu industriel, environ 6% du produit intérieur brut, la superficie économique globale pour 83% selon l’ONS étant est représentée par le petit commerce-services et des emploi croissants dans l’administration qui ne créée pas de valeur et dans dans la sphère informelle. J’émets deux hypothèses.

2.- La première hypothèse serait le statu quo actuel où le rêve de la jeunesse est de s’enfuir hors l’Algérie et qui ne concerne pas que les plus défavorisées mais de larges couches de la société. Nous aurons des discours d’autosatisfaction, déconnectés des réalités tant locales que mondiales, la généralisation de la corruption, des subventions et transferts sociaux généralisés et de continuer de dépenser sans compter, croyant que la rente des hydrocarbures est éternelle. On continuera à construire des écoles et une Université une par wilaya, en fait un grand lycée, des bâtiments en béton sans âmes, pas de verdures, pas d’aires de jeux où les activités culturelles et sportives sont presque inexistantes, sans se soucier de la qualité. Car les compétences véritables sont limitées, marginalisées avec une fuite des cerveaux des meilleurs, que l’on voile par des centaines de laboratoires vivant en vase clos déconnectées tant de l’ environnement que des réseaux internationaux, Les méthodes d’enseignement du passé sont ceux des années 1970 dicter les cours, écrire au tableau et avec la craie où les réseaux informatisés sont faibles, voire inexistants. Avec ce faible niveau et le ralentissement économique on formerait des diplômés chômeurs. La déperdition scolaire déjà importante actuellement entre le primaire, le secondaire et le supérieur s’accélèrerait. L’âge moyen de mes étudiants de fin d’année de licence étant d’environ 22 ans, et 28 ans pour les magisters en 2018, ils auront alors entre 34 et 40 ans en 2030. Entre-temps ils auront pour exigences, comme tout Algérien, un emploi, un logement, se marier et avoir des enfants, et donc une demande sociale croissante. De ce fait, il est à prévoir une forte probabilité d’épuisement des réserves de pétrole et de gaz rentables, des besoins croissants et moins de devises pour importer. Dans ce cas, il y aura forcément l’impossibilité pour une paix sociale fictive de généraliser les subventions, avec la baisse d’activités productives le risque d’implosion de la caisse de retraite.

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Sans devises nous aurons le peu d’attrait de l’investissement productif avec la domination de l’informel et du commerce. Il s’ensuivra un chômage croissant, des tensions sociales et une instabilité politique à l’instar des pays les plus pauvres de l’Afrique subsaharienne, avec pour incidence une instabilité régionale avec le risque d’intervention de puissances étrangères. Car les lois économiques sont insensibles aux slogans politiques. Car que constate t- on actuellement : les Ministres, les walis ou hauts responsables reçoivent avec éclat certains promoteurs privés nationaux alors qu’un grand chercheur ou professeur d’université de renom dans les pays développés est beaucoup plus importants. Lorsqu’un Ministre algérien ou un wali ou d’importants responsables civils ou militaires recevront avec considération de grands chercheurs des sciences exactes aux sciences humaines algériens et lui déplieront le tapis rouge, nous aurons assisté à un changement culturel de la mentalité rentière et cela suscitera l’espoir pour l’Algérie de demain. Ce qui m’amène à la deuxième hypothèse.

3- Quant à la deuxième hypothèse, elle se base sur les conditions optimistes de développement de l’Algérie où l’on aura préparé l’après-pétrole, avec des liens dialectiques entre réformes et démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle. L’on aura révisé profondément la politique socio-économique en misant sur des segments de savoir, impliquant la réforme de l’école pivot de tout processus de développement. On évitera comme cela se passe actuellement la dévalorisation du savoir. L’on aurait une vision stratégique, une gestion rigoureuse et non des replâtrages, reflet de l’instabilité juridique, et du manque de cohérence et de visibilité qui font fuir tout investisseur potentiel. La corruption qui devient dramatique généralisable à tous les secteurs, source d’une démobilisation générale, serait alors combattue par de véritables contrepoids démocratiques et non par des organes techniques sans cohérence qui se neutralisent en fonction des rapports de forces. Car il y a lieu d être attentif aux faits et non aux textes juridiques de peu d’efficacité renvoyant à l’indépendance de la justice et au renforcement de l’Etat de Droit. Dès lors la sphère informelle intimement liée à la logique rentière, produit de la bureaucratie et des dysfonctionnements des appareils de l’Etat qui favorise cette corruption, grâce à de nouveaux mécanismes de gouvernance, et non par des mesures administratives autoritaires, serait intégrée progressivement au sein de la sphère réelle.

Car lorsqu’un pouvoir myope, ignorant le fonctionnement réel de sa société, veut par la force établir des lois et règlements qui ne correspondent pas à la situation anthropologique, historique et économique, des segments majoritaires de la société enfantent leurs propres règles et codes qui lui permettent de fonctionner en dehors de ceux que l’on veut lui imposer qui ont force de lois car reposant sur un contrat de confiance.

Le développement se fonderait sur les piliers du développement du XXIe siècle, la confiance Etat-citoyens, la revalorisation du savoir et une nouvelle gouvernance par la réhabilitation du management stratégique de l’entreprise et des institutions. Le dialogue politique, économique et social par la tolérance, évitant la concentration excessive du revenu national, aurait remplacé les rentes spéculatives et les décisions autoritaires bureaucratiques. L’on aurait mis fin au gaspillage de ces dépenses monétaires sans se préoccuper des impacts, et en optimalisant le rendement des réserves de change actuellement à l’étranger. L’on aurait mis en place un nouveau modèle de consommation énergétique reposant sur un mix énergétique dont les énergies renouvelables, s’insérant dans le cadre d’une nouvelle politique socio-économique basée sur les segments productifs conciliant efficacité et équité. Cette nouvelle orientation loin des relations de clientèles reposant sur la refonte du système financier, énorme enjeux du pouvoir, supposera un investissement dans les filières de la connaissance pour éviter l’implosion du poste services (appel aux compétences étrangères indispensables qu’il s ‘agit d’intégrer intelligemment) étant passé de 2 milliards de dollars en 2000 à entre 10/11 milliards de dollars entre 2010/2017. Ces montants s’ajoutent aux sorties de devises des importations qui malgré toutes les mesures bureaucratiques règle des 49/51% instauré en 2009- aucun bilan à ce jour) du passage du Remdoc au Crédoc, les licences d’importation, ont faiblement baissé. Grâce à l’apprentissage, l’on aura favoriser le pilier du développement, l’émergence de bureaux d’engineering complexes nationaux, où cohabiteront des experts de différentes spécialités algériens et étrangers, économistes, financiers, sociologues, psychologues, et ingénieurs où des compétences existent mais qui sont éparpillées, devant nous orienter vers des montages de la ressource humaine, comme fait un petit pays comme le Qatar.

En bref, l’Algérie a toutes les potentialités afin que cette seconde hypothèse se réalise. Pour cela, les gouvernants qui doivent jouir d’une profonde moralité pour susciter la confiance de leurs citoyens, devront avoir une vision stratégique de l’avenir du monde, l’Algérie étant située dans une région stratégique, devant évoluer dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux en ce monde impitoyable où toute Nation qui n’avance pas recule.

Dans ce cas optimiste, l’Algérie se serait adaptée aux nouvelles donnes géostratégiques mondiales dont l’espace euro-méditerranéen et africain constitue son espace naturel (l’avenir étant vers 2025/2030 le continent Afrique à enjeux multiples), et qu’elle aurait réalisé une véritable transition démocratique tenant compte de son anthropologie culturelle, en garantissant plus d’espaces de liberté. Tout un programme… Loin de toute autosatisfaction source de névrose collective et toute sinistrose gratuite versant dans la critique négative, pour terminer espérons pour l’Algérie un devenir meilleur.

Auteur
Dr Abderrahmane Mebtoul

 




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