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La nouvelle reconfiguration du monde : anatomie d’une polarisation impériale

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Le début du XXIᵉ siècle devait consacrer l’avènement d’un ordre mondial pacifié, régulé par le droit international, le commerce et les institutions multilatérales. Cette promesse, héritée de l’après-guerre froide, s’est révélée être une parenthèse historique.

Le monde contemporain vit une rupture historique comparable à celles qui ont clos les grands cycles géopolitiques du XXᵉ siècle. L’illusion d’un ordre international stabilisé par le droit, le libre-échange et les institutions multilatérales se dissipe rapidement. À sa place émerge un paysage fragmenté, conflictuel, dominé par le retour assumé des logiques impériales. Le monde entre aujourd’hui dans une phase de reconfiguration profonde, caractérisée par le retour assumé des empires, la banalisation du rapport de force et une polarisation croissante des relations internationales. Ce nouveau découpage du monde n’est ni accidentel ni transitoire : il est le produit d’évolutions structurelles profondes, aujourd’hui accélérées par le retour de Donald Trump au pouvoir, la consolidation de la puissance chinoise et l’affirmation militaire de la Russie.

Loin d’être une anomalie, cette mutation résulte de tendances structurelles longues : crise de l’hégémonie américaine, ascension de nouvelles puissances, épuisement du multilatéralisme et résurgence des souverainetés autoritaires. Le retour de Donald Trump au pouvoir agit comme un accélérateur brutal de ces dynamiques, en révélant sans fard la nature impériale de la puissance américaine, tandis que la Chine et la Russie affirment leurs propres projets hégémoniques.

I. La trumpisation des relations internationales : une doctrine impériale révélée

Donald Trump n’est pas une anomalie de l’histoire américaine, mais son révélateur. Sa politique étrangère agit comme un dissolvant idéologique : elle ôte au discours impérial américain ses ornementations morales pour en exposer la matrice brute. La démocratie, les droits de l’homme et le multilatéralisme cessent d’être des fins proclamées pour redevenir de simples instruments tactiques. Au demeurant, Trump ne rompt pas avec l’histoire diplomatique des États-Unis : il en condense les constantes et en radicalise les méthodes. Sa politique étrangère repose sur une conviction simple : le monde est une arène de prédation où seuls les rapports de force garantissent la survie et la domination. Les valeurs, le droit et les alliances n’y ont de sens qu’en tant qu’instruments.

La doctrine trumpiste repose sur une vision radicalement transactionnelle du monde. Les alliances ne sont plus des partenariats stratégiques fondés sur des valeurs partagées, mais des contrats à court terme, évalués selon leur rentabilité immédiate pour les États-Unis. Cette logique transforme l’OTAN en outil de chantage financier, les accords commerciaux en armes de guerre économique et les organisations internationales en structures optionnelles. À l’international, cette approche se traduit par une généralisation de la coercition non militaire : sanctions extraterritoriales, pressions sur les systèmes financiers, instrumentalisation du dollar et du contrôle technologique. Le droit devient subordonné à la puissance, et la norme à l’intérêt.

Cette doctrine s’inscrit dans une filiation idéologique claire, celle de la doctrine Monroe. Proclamée au XIXᵉ siècle, celle-ci affirmait la vocation exclusive des États-Unis à contrôler leur hémisphère et à repousser toute ingérence extérieure. Trump en propose une version mondialisée et actualisée : l’Amérique d’abord (America First), l’Amérique partout où ses intérêts sont engagés.

Dans cette perspective, l’Amérique latine redevient un espace naturel d’intervention, d’autant plus que la présence chinoise dans le nouveau continent est subodorée comme une véritable menace par les Américains qui voient d’un mauvais œil des entreprises chinoises venant piocher dans son « propre jardin ».

Le Venezuela en est l’exemple le plus abouti. Sanctions extraterritoriales, asphyxie financière, isolement diplomatique et tentatives qui se sont soldés par la capture de Nicolas Maduro et sa femme à Caracas (Venezuela). Une scène hollywoodienne que d’aucuns n’imaginaient. C’est en s’appuyant sur la doctrine Monroe que Trump justifie cette intervention au nom de la prééminence américaine sur les deux Amériques, Nord et Sud. Au-delà du Venezuela, cette stratégie envoie un message clair aux États du Sud : l’autonomie politique et économique hors du giron américain expose à des représailles multiformes. L’impérialisme contemporain n’a plus nécessairement besoin de chars ; il opère par asphyxie.

Mais la trumpisation de la politique étrangère américaine ne se limite pas au continent latino-américain. Elle s’étend à d’autres continents, et le vieux continent semble être dans le viseur, notamment au Groenland. Trump tient mordicus à s’emparer dudit territoire — relevant du Danemark. « Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale. C’est très stratégique. En ce moment, le Groenland est couvert de navires russes et chinois partout », a déclaré M. Trump aux journalistes. 

II. La Russie et l’Ukraine : la guerre comme langage géopolitique

Avec l’invasion de l’Ukraine, la Russie a fait basculer l’Europe dans une nouvelle ère stratégique. Ce conflit dépasse largement le cadre d’une confrontation bilatérale : il constitue un acte de rupture avec l’ordre de sécurité issu de la fin de la guerre froide. Moscou revendique explicitement une sphère d’influence fondée sur l’histoire, la culture et la force. L’Ukraine devient ainsi un espace-tampon que la Russie refuse de voir s’autonomiser stratégiquement. Cette guerre révèle le retour assumé d’une conception westphalienne et impériale de la souveraineté, où la puissance militaire redéfinit les frontières du possible.

La réponse occidentale — sanctions massives, soutien militaire, guerre économique — accentue la bipolarisation globale. Elle met également en lumière les ambiguïtés du discours occidental : la défense du droit international apparaît sélective, nourrissant le scepticisme de nombreux pays du Sud, déjà marqués par les interventions passées en Irak, en Libye ou en Afghanistan.

III. La Chine et Taïwan : l’hégémonie par la pression graduée

La Chine déploie une stratégie impériale d’une autre nature. Patiente, méthodique et multidimensionnelle, elle combine puissance économique, contrôle technologique et pression militaire graduée. Son objectif n’est pas la rupture brutale, mais l’érosion progressive de l’ordre existant. La question de Taïwan cristallise cette ambition. Les manœuvres militaires répétées, les incursions aériennes et navales et la rhétorique de la réunification inévitable visent à banaliser l’idée d’un affrontement futur. Taïwan devient ainsi le laboratoire d’une hégémonie en gestation, et le principal point de friction entre Pékin et Washington. La Chine déploie une stratégie impériale d’une autre nature. Patiente, méthodique et multidimensionnelle, elle combine puissance économique, contrôle technologique et pression militaire graduée. Son objectif n’est pas la rupture brutale, mais l’érosion progressive de l’ordre existant.

La question de Taïwan cristallise cette ambition. Les manœuvres militaires répétées, les incursions aériennes et navales et la rhétorique de la réunification inévitable visent à banaliser l’idée d’un affrontement futur. Taïwan devient ainsi le laboratoire d’une hégémonie en gestation, et le principal point de friction entre Pékin et Washington.

IV. L’alliance sino-russe : convergence stratégique et déséquilibres

Face à la pression américaine, la Chine et la Russie opèrent un rapprochement stratégique fondé moins sur une alliance idéologique que sur une convergence d’intérêts. Toutes deux contestent l’hégémonie occidentale et cherchent à redéfinir les règles du jeu international.

Cette relation demeure toutefois asymétrique. La Chine s’impose comme le pôle économique et technologique dominant, tandis que la Russie conserve un rôle militaire et énergétique. Cette complémentarité pragmatique renforce la polarisation globale sans pour autant constituer un bloc homogène.

V. Les Suds globaux : terrains de confrontation et stratégies d’évitement

Dans cette reconfiguration impériale, les pays du Sud se retrouvent pris en étau. Sanctions, conditionnalités financières, endettement et pressions diplomatiques réduisent leurs marges de manœuvre. Le Venezuela, l’Ukraine et Taïwan ne sont pas des anomalies, mais des symptômes. Pourtant, certains États tentent de renouer avec des formes de non-alignement stratégique, jouant des rivalités entre grandes puissances pour préserver une autonomie relative. Cette stratégie reste fragile, tant la polarisation actuelle tend à criminaliser la neutralité.

VI. La coercition sans la guerre : l’empire par l’économie

L’un des traits majeurs de la nouvelle configuration impériale réside dans la substitution progressive de la coercition économique à l’intervention militaire directe. Sanctions, contrôle des flux financiers, domination du dollar et chantage technologique constituent désormais les armes privilégiées de la puissance américaine. Cette stratégie permet d’infliger des dommages systémiques sans assumer le coût politique et humain des guerres classiques. Bon nombre de pays, notamment ceux du sud global, deviennent les cibles d’une guerre silencieuse, où l’asphyxie remplace l’invasion. Cette forme d’impérialisme discret n’en est pas moins destructrice, et contribue à délégitimer durablement l’ordre occidental aux yeux desdits pays.

Conclusion 

La nouvelle reconfiguration du monde consacre la fin des illusions universalistes. Le retour de Donald Trump au pouvoir ne crée pas cette dynamique, mais l’accélère et la rend plus lisible. La force redevient le langage central des relations internationales, la souveraineté un privilège conditionnel, et la paix un équilibre instable. L’Ukraine bombardée, Taïwan encerclée, le Venezuela asphyxié dessinent les contours d’un monde plus dangereux, mais aussi plus clair dans ses logiques. La question centrale n’est plus de savoir si la polarisation est installée, mais si les sociétés et les États sauront inventer des mécanismes de régulation capables d’éviter que cette confrontation impériale ne dégénère en chaos systémique.

À défaut, la reconfiguration en cours pourrait bien annoncer non pas un nouvel ordre, mais une longue séquence de turbulences, où chaque crise locale portera en germe une conflagration globale.

Bachir Djaïder, journaliste et écrivain

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1 COMMENTAIRE

  1. Doctrine hadik doctrine hadak, et la doctrine monQ alors? Il n’y a pas un mois encore, les seuls hommes et femmes avec de l’Honneur ont prononce’ leur Droit et celui des leurs a l’auto-determination de leur avenir partage’. Aucune des 3attayettes que vous etes toutes, n’a eut le courage meme pas de commenter… Mais es qahbettes que vous etes vont analyser la geo-ceci ou geo-cela ???
    Allez targuer ailleurs… et si vous decriviez la couleur de la neige et du khra et le zob de teboune ! Ca vous va mieux. Vous avez peur d’un sac de merde au Q dechire’, et vous toztosez enligne ?
    Je compte sur le webmaster d’empecher les Qs LMA de couvrir ce commentaire.

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