27 novembre 2022
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La tradition orale, le pilier de la culture amazighe

La tradition orale, le pilier de la culture amazighe

Les femmes, grand vecteur de la transmission orale.

Dans l’esprit de nombre d’orientalistes occidentaux, les peuples du Maghreb n’ont développé ni civilisation ni écriture ni culture savante ni Etat centralisé, structuré ou institutionnalisé. Ce qui est plus ou moins faux. Mais pourquoi? Tout simplement, ces orientalistes ont oublié le rôle de la culture orale dans la construction et la sauvegarde d’une forme de conscience collective.

La Numidie, à sa tête l’Aguellid (roi) Massinissa, était selon cette version-là d’obédience latine en raison de l’alliance de ce dernier avec les généraux romains et l’adoption de leur bureaucratie à tous les niveaux de gestion.

Plus tard, la Maurétanie, à sa tête Juba II, était d’obédience égypto-grecque, à forte résonance romaine, vu, d’une part, l’alliance matrimoniale de ce dernier avec Cléopâtre Séléné, fille de Cléopâtre reine d’Egypte et du roi romain Marc Antoine, et d’autre part, son éducation civique faite à Rome.

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Cela dit, l’empreinte extérieure était toujours forte dans la formation étatique numide. Ces deux Etats berbères étaient pratiquement les seuls ayant émergé au Maghreb central depuis l’ère ancienne jusqu’en1962, date de l’indépendance algérienne.

Toutefois, ils n’ont fait que calquer l’organisation civile, culturelle, politique et militaires des empires occidentaux et orientaux, c’est-à-dire des Romains et aussi des Égyptiens ainsi que des Grecs. Malheureusement, seule l’oralité de ces peuples-là de l’Afrique du Nord a pu les sauver de la disparition.

En effet, l’oralité a sauvegardé la vivacité des usages ainsi que des variétés linguistiques locales, elle a soudé les peuples autour de récits épiques à même de constituer un fonds de résistance identitaire; elle a retravaillé à travers la figure de la femme qu’elle soit mère, grand-mère, sœur, épouse, à maintenir en vie l’esprit national.

C’était donc le seul appui pour les Berbères, et plus tard, les Marocains et les Algériens en particulier (les habitants du Maghreb central) de pérenniser dans l’histoire, malgré tous les assauts extérieurs.

La culture orale était presque une tradition étatique de « substitution » en Numidie, puis au Maghreb. Il est rare de trouver dans le monde un peuple qui n’écrit ni ne codifie officiellement sa langue, résister à la parler encore des siècles plus tard et garder, malgré tout, valable tout son vocabulaire, sa musicalité, sa vivacité, sa richesse. Hormis les Aborigènes d’Australie, les Incas, Aztèques et la culture Ketchoua, rares sont les exemples qui confirment cette exception.

Le secret : la femme amazighe a su transmettre cet héritage linguistico-culturel de génération en génération, en dépit du défaitisme manifesté soit par les rois berbères eux-mêmes, lesquels suivent la culture de leurs alliés ou conquérants, ou même par les populations berbères obligées de se soumettre à la loi du plus fort. celle des envahisseurs successifs des Romains jusqu’aux Français !

En gros, la langue amazighe n’est pas seulement une langue, mais c’est une culture, une tradition, un patrimoine de résistance, un savoir-vivre, un savoir-faire, un savoir-être, une forme de conscience collective qui, n’en déplaise à certains esprits revanchards aigris, est le pilier essentiel de la maison ayant servi d’outil de résistance séculaire aux invasions extérieures.

Auteur
Kamal Guerroua

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