28 septembre 2022
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La vie du journaliste Saïd Chitour est en danger

Emprisonné sans jugement depuis plus de 16 mois

La vie du journaliste Saïd Chitour est en danger

Un appel des journalistes algériens pour tenir, lundi 22 octobre, un sit-in au niveau de la Maison de la Presse, Tahar Djaout, tire la sonnette d’alarme sur les risques dramatiques qu’encourt Said Chitour, journaliste fixeur, en décidant son maintien en prison.

Saïd Chitour est en danger de mort : son état de santé n’a cessé de se dégrader depuis son arrestation le 5 juin 2017. Il souffre d’un diabète aigu et d’une tumeur au niveau de la tête qu’il a contractée pendant son incarcération.

L’appel des journalistes intervient après le cri de détresse lancé, ces derniers jours, par la famille du journaliste. Elle n’a cessé par le biais des avocats de la défense d’exiger sa libération, surtout que la durée légale de la détention préventive est largement dépassée.

La famille de Saïd Chitour craint pour sa vie ; elle tente de lui éviter la fin tragique qu’avait connu le journaliste Mohamed Tamalt, mort en prison, et dont les résultats de l’enquête, demandée par sa famille, ne sont pas encore connus, comme le précise le communiqué des journalistes.

Said Chitour est maintenu en prison depuis plus de 16 mois, sans aucun jugement, le tout sur la base d’une accusation farfelue, celle de «divulgation des informations gouvernementales confidentiels à des diplomates étrangers». Une accusation que le journaliste a toujours réfutée.

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Saïd avait travaillé dans les années du sang comme journaliste fixeur accompagnant les journalistes étrangers dans leurs reportages, il tenait leurs agendas, leur servait d’interprète et leur facilitait le travail en mettant à leur disposition son carnet d’adresse. Qu’y a-t-il de secrets en cela qui pouvait intéresser les diplomates et d’où il pouvait procurer des documents confidentiels, comme le laisse croire l’accusation ?

Les fuites ne viennent pas d’un journaliste, elles sont organisées et elles passent par des canaux officiels. Comment appelle-t-on sinon une réunion au sommet entre le Président de la République, son chef de gouvernement et son chef d’état-major qui s’est tenue à Val-de-Grâce sous les auspices des services français ? Un Président qui, rappelons-le au passage, n’a jamais, depuis son accession en 1999 au pouvoir, parlé aux journalistes algériens, réservant la primauté qu’aux journalistes étrangers. Il avait fait de l’Algérie lors de son premier mandat « un butin de guerre » pour servir ses amis des pays de Golfe, notamment émiratis, la famille de Cheikh Zayed et d’autres aigrefins comme Ali Shorafa, auprès desquels il se sentait redevable pour l’avoir entretenu durant les années 1980.

En 2000, il annonçait aux Texans lors d’un forum à Philadelphie que « la Sonatrach est une société comme d’autres », le tout en préparation de la loi des hydrocarbures, concoctée par Chakib Khelil par le biais d’un cabinet de conseils américains, qui allait hypothéquer et brader le sous-sol algérien.

La société algéro-américaine BRC, dont Dick Cheney, homme d’affaires et vice-président des Etats-Unis sous l’administration Bush, était l’actionnaire principale, profitait déjà des largesses pour l’acquisition des marchés de ministère de la Défense à des coûts qui dépassaient tous les normes.

Le journal Le Matin avait publié, en 2003, une enquête sur les malversations de cette société, qui était dirigée par le même Abdelmoumen Ould Kaddour devenu PDG de Sonatrach. Le Matin a été poursuivi en justice par Chakib Khelil et condamné en 2005.

Deux ans après, le président Bouteflika décide pour les mêmes raisons évoquées dans l’enquête du Matin, de dissoudre BRC, après avoir pris le soin d’acheter par le biais de Sonatrach les 49 % des parts américains. C’est l’hommage par le vice à la vertu !

Qu’est-ce qu’il reste de confidentiels quand on sait que nos fonds de réserves, plus de 200 milliards de dollars, ont été placés, et presque sans intérêts, dans la banque de souveraineté américaine et le cabinet des avocats de Mme Christine Lagarde, l’actuelle présidente du FMI, qui est chargée de veiller sur les intérêts algériens ?   

Ce n’est pas donc pas le journaliste Saïd Chitour qui pouvait livrer « des documents confidentiels » ; les espions, il faut les chercher ailleurs. Entre autres au sommet de l’Etat, parmi ceux qui ont accès aux informations sensibles. Pas auprès d’un fixeur qui faisait son métier avec abnégation, courage et sérieux.

Pour ceux qui l’auraient oublié, les journalistes en Algérie sont interdits « légalement » et à coups d’instructions, au mépris de la loi, d’accéder aux sources confidentielles.

Dans une république digne de ce nom, la place d’un journaliste n’est pas en prison. Mais au coeur des événements et du peuple. 

Il est temps que Said Chitour retrouve la liberté et rejoigne les siens. Sa vie est en danger ; les autorités n’ignorent rien de son état de santé. Si elles ne veulent pas avoir un autre Mohamed Tamalt sur la conscience, qu’elles le libèrent. Saïd Chitour a un besoin urgent de se soigner. 

Auteur
Youcef Rezzoug

 




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