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Lancée en 2014 : la pénétrante autoroutière de Tizi-Ouzou, miroir des dérives structurelles des grands projets publics

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Symbole des dérives structurelles qui minent les grands projets publics, la pénétrante de Tizi-Ouzou vers l’autoroute Est-Ouest illustre un système où la technique cède trop souvent devant les blocages administratifs et les décisions hésitantes.

Malgré un discours ministériel se voulant plus ferme et plus lucide, la crédibilité de l’État se jouera désormais sur un seul terrain : celui des kilomètres effectivement livrés, loin des promesses répétées.

Le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a  présidé, jeudi 27 novembre 2025, deux réunions de suivi décisives consacrées aux projets de raccordement stratégiques de la pénétrante de Béjaïa et de la liaison Tizi-Ouzou–Bouira à l’autoroute Est-Ouest. Si ces rencontres traduisent une volonté ministérielle d’accélération, elles mettent aussi et surtout en exergue l’ampleur des problèmes persistants, en particulier les surcoûts massifs engendrés par des années de retard et de gestion approximative.

Ces réunions ont exposé les dysfonctionnements structurels qui paralysent la pénétrante autoroutière reliant Tizi-Ouzou à l’autoroute Est-Ouest, révélant une fois de plus les failles récurrentes de la gestion des grands chantiers publics en Algérie. C’est dans cet esprit que Le Matin relaie ces déclarations, en les replaçant dans une approche critique fidèle à sa vocation d’éclairage du débat public.

Un ministre au chevet d’un chantier sans fin

Onze ans après (en 2014) l’ambitieux lancement du chantier, la pénétrante reliant Tizi-Ouzou à l’autoroute Est-Ouest via Bouira illustre les maux chroniques des grands projets d’infrastructures en Algérie : retards interminables, gestion éclatée, réévaluations budgétaires à répétition. Projet vital pour le désenclavement de la région, il est devenu un condensé des dérives du « projet du siècle » — l’autoroute Est-Ouest — dont il reproduit les retards, les surcoûts et la lourdeur administrative. Pathétique en matière d’improvisation et de manque de rigueur dans la gestion du dossier.

En visite, au début du mois de novembre, à Tizi-Ouzou, le ministre Abdelkader Djellaoui a dressé un constat sans détour : « Le manque de pragmatisme, de rigueur et de transparence dans la gestion a entraîné un retard de plus d’une décennie », a-t-il affirmé, soulignant un dysfonctionnement qui dépasse le seul cas de Tizi-Ouzou.

Dérives multiples et surcoûts incompressibles

Les chiffres sont implacables : depuis 2014, seuls petits 5 kilomètres ont été réceptionnés à Draâ El Mizan, tandis que 33 kilomètres demeurent en attente de réalisation. Onze ans pour cinq kilomètres, puis la promesse réitérée d’achever le reste en quatre mois : de quoi alimenter un scepticisme largement partagé.

Les causes de ces retards sont clairement identifiées, comme l’ont confirmé les dernières réunions de suivi.

En premier, il y a les blocages fonciers et lourdeurs administratives. A titre d’exemple, les oppositions de propriétaires et les lenteurs dans les procédures d’expropriation et d’indemnisation constituent le principal frein. Sur une grande partie du tracé, l’emprise foncière n’est toujours pas libérée, immobilisant durablement les travaux.

S’ensuivent des  contraintes liée à la complexité géologique et d’ordre  techniques. Le relief de la Kabylie impose de nombreux ouvrages d’art et expose le chantier à des aléas techniques majeurs. Le glissement de terrain de Draâ El Mizan ( région concernée par le tracé de la route), sur la liaison Tizi-Ouzou–Bouira, illustre ces difficultés qui nécessitent des solutions coûteuses et retardent encore davantage le projet.

Pour le ministre, ces retards ne sont pas propres à Tizi-Ouzou : « Pratiquement toutes les pénétrantes enregistrent les mêmes problèmes, les mêmes retards et les mêmes surcoûts, aggravés par la fluctuation des changes et le prix des matériaux. » Le coût initial du projet, fixé à 45 milliards de dinars, dépasse aujourd’hui 75 milliards — soit une hausse d’environ 65 % — pour un taux de réalisation inférieur à 30 %.

Un diagnostic sévère, mais lucide

Le ministre dit vouloir remettre la question des grands chantiers sur le terrain de la responsabilité : « Toutes les parties prenantes seront réunies pour mettre tout sur la table et déterminer les responsabilités », a-t-il promis. Promesse tenue, puisque la dite réunion s’est tenue jeudi dernier. L’objectif affiché est clair : situer les responsabilités et engager les mesures nécessaires pour achever le projet.

Il affirme par ailleurs que le financement n’est pas en cause : « Le projet ne souffre pas d’un manque de financement. L’État accompagne pleinement ce chantier et assurera les moyens nécessaires à sa finalisation. »

Entre promesses et réalisme

Abdelkader Djellaoui a exigé la mise en service immédiate des tronçons achevés et la finalisation rapide de la déviation, accordant un délai maximal de quatre mois aux entreprises. Une exigence ambitieuse mais difficilement crédible au regard du rythme observé depuis plus d’une décennie.

Il a néanmoins salué les efforts des autorités locales et des élus pour lever les oppositions et débloquer certaines situations, reconnaissant que les récentes avancées doivent beaucoup à l’implication du wali et à la coordination territoriale.

 Une équation structurelle non résolue

Au-delà des déclarations, la même question demeure : comment expliquer que des projets stratégiques échappent, année après année, à tout contrôle d’efficacité, de transparence et de délai ?  

À Tizi-Ouzou, comme presque partout dans le reste du pays où ce genre de projets sont lancés, les habitants ne comptent plus les discours : ils comptent les kilomètres réellement livrés.

Sofiane Ayache

Pénétrante de Tizi-Ouzou : les faits marquants

2014 — Lancement du projet

• Début des travaux.

• Coût initial : ≈ 45 milliards DA.

2016–2018 — Blocages

• Expropriations incomplètes.

• Retrait d’entreprises, retards cumulés.

2019 — Première réévaluation

• Budget porté à ≈ 60 milliards DA.

2020–2023 — Stagnation

• Suspension partielle du chantier.

• Coordination défaillante entre intervenants.

2024 — Relance partielle

• Avancées limitées sur quelques tronçons et ouvrages d’art.

Novembre 2025 — Point d’étape

• Réception symbolique de 5 km (Draâ El Mizan).

• Nouveau délai : 4 mois pour achever les 33 km restants.

#Bilan Provisoire

Durée du chantier : 11 ans

Taux d’avancement : ≈ 30 %

Coût réévalué : > 75 milliards DA

Dépassement budgétaire : +65 %

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