25 mai 2024
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L’Arabie saoudite veut un baril de pétrole plus cher  

DECRYPTAGE

L’Arabie saoudite veut un baril de pétrole plus cher  

Depuis de longue date, la politique pétrolière du royaume wahhabite a été orientée principalement sur le maintien ou l’extension de ses parts de marché dans le monde même s’il fallait sacrifier les prix.

Il se trouve qu’avant même la fameuse réunion de l’OPEP+, à l’issue de laquelle ce pays a surpris les acteurs du monde pétrolier, l’Aramco, qui acte pour le compte de l’Arabiesaoudite, avait émis des Officiels Selling Prices (OSP) plus élevés à ses clients au risque de voir ceux qui n’ont pas de contrats long terme, chercher du pétrole à  moindre prix dans le marché spot et qui pourrait venir de l’Irak ou des Etats-Unis. Rappelons que l’OSP est un prix de vente annoncé généralement pour le pétrole brut qui est proposé sur le marché pendant une période déterminée généralement un mois.

Il est défini à l’aide d’une formule ou d’une différence par rapport aux références  du marché. L’annonce de l’Aramco a été faite  un mois avant la dernière réunion de l’OPEP+  qui s’était tenue le lundi 04 janvier en cours. 

Déjà, lors de sa réunion au début du mois de décembre, l’OPEP+, sous une forte pression de l’Arabie saoudite et de la Russie, a convenu de passer de réunions ministérielles semestrielles à des réunions ministérielles mensuelles au cours desquelles les membres examineraient la production de pétrole pour le mois suivant. Dans ce cadre justement un consensus visible semble à l’œil nu avoir été  dégagé entre les deux leaders du groupe OPEP+ : l’Arabie saoudite et la Russie.

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Au départ de cette réunion, la Russie a fait pression pour que l’ensemble des membres de ce groupe se limite à une augmentation de 500 000 barils/jour tandis que l’Arabie Saoudite soutient de  maintenir les taux de production stables. Mais après quelques heures seulement, les communiqués ont surpris plus d’un. D’abord, l’accord annoncé d’autoriser la Russie et le Kazakhstan d’augmenter leur production de février et mars d’un total  de 75 000 barils/jour.

Tous les autres producteurs maintiendraient leur taux de production stable. Ceci ne s’est pas arrêté là car le grand coup de théâtre c’est lors d’une conférence de presse, le ministre saoudien du pétrole, le prince Abdulaziz Bin Salman devait annoncer tout euphorique que l’Arabie Saoudite réduirait volontairement un millions de barils /jour sa propre production pour février et mars. Plus loin encore il confirmera que d’autres pays arabes vont également réduire volontairement une quantité supplémentaire de 450 000 barils/jour sans donner plus de détails sur les pays concernés.

Dans les deux cas de figures, l’Arabie saoudite qui a, selon toute vraisemblance, décidé d’un commun accord avec la Russie de compenser sa production avec celle du Kazakhstan. Toute la question est de savoir pourquoi ? Et quel est le but visé par ce changement subit de sa stratégie extensive de ses parts de marché ? Que gagne la Russie dans cette affaire ?            

L’Arabie saoudite a toujours défendu ses parts de marché au détriment du prix 

Le 7 au 9 décembre 1985 à Genève, l’Arabie saoudite de connivence avec les autres monarchies du Golfe y compris le Qatar ont entraîné les autres membres surtout les mono-exportateurs d’entre eux  pour changer de politique qui consisterait à ne plus défendre le prix du baril mais se concentrer sur le volume pour gagner des parts du marché et ancrer ainsi leur influence à l’international. 

En été 1985, l’Arabie Saoudite avait mis en œuvre un autre artifice de vente appelé « netback deal ». Il consistait à fixer le prix du baril en fonction de la valeur de vente du cocktail de produits finis qu’on peut obtenir sur le marché du raffinage.

Ce  qui voulait dire que dans un marché connaissant des fortes fluctuations des prix, plus gros risque se trouve assumé par le vendeur du pétrole brut qui assurait d’une manière détournée la marge du raffineur. Abandonnant ainsi, sa stratégie de défense des cours du baril, ce nouveau deal s’est avéré contre productif et a mené droit vers un «contre choc pétrolier » au détriment bien entendu des producteurs dont l’objectif est un prix acceptable pour leur économie. Delà, était  amorcée la chute brutale des prix pétroliers sur le marché libre.

Au mois de juillet 1986, le baril de pétrole de la Mer du Nord était côté 9,86 dollars sur le marché libre alors qu’il valait encore 30 S/b sept mois auparavant. Il a mis l’Algérie à genoux au point où le premier ministre de l’époque, feu Kasdi Merbah convoqua l’ambassadeur du royaume pour  lui demander de passer le message au roi « qu’on nous a enlevé le pain de la bouche ».

Ensuite, comment expliquer la chute du prix du baril autour de 10 dollars lors de la crise asiatique de 1998. Les pays de l’OPEP sous l’influence du royaume wahhabite en sont les premiers responsables. La croissance de la demande mondiale de pétrole – 1% en 1998, a été moins soutenue que prévu, à cause de cette crise conjuguée aux perturbations financières. Mais cela était prévisible. Du coup, la décision prise il y a un an par les pays de l’OPEP de relever de 10% leurs quotas de production reste incompréhensible.

Ils ont provoqué une crise de surproduction et une chute du prix du baril d’environ 33% en un an. Ils ont donc perdu bêtement un tiers de leur pouvoir d’achat. Depuis, très peu d’analystes pétroliers croient à leur discipline sans calcul sournois. En 2014, L’Arabie Saoudite sans consulter le cartel, s’est attaquée aux producteurs de gaz de schiste américains pour récupérer, dit –elle ses parts du marché.

Etant économiquement assez forte pour résister à une baisse des prix «pendant au moins trois ans», elle a  inondé le marché en pompant à fond la caisse dans ses gisements. Conséquences : Les prix du pétrole se sont effondrés à un plus bas niveau jamais atteint en quatre ans en raison notamment d’une baisse de la demande dans une économie mondiale atone, une forte hausse de la production de schiste et d’autres sources non conventionnelles.

Depuis, le budget algérien s’est mis a accumulé des déficits qui ont totalement épongé son Fond de Régulation des Recettes (FRR), puis recourir à la planche à billet, procédé non conventionnel dévastateur d’une économie de rente.

Enfin, l’Arabie saoudite a décidé, dimanche 8 mars 2019 de commencer une nouvelle guerre des prix du pétrole. Pour punir la Russie de ne pas avoir accepté de réduire sa production pour contrer l’impact négatif du coronavirus sur la demande, Riyad a drastiquement réduit ses prix.

Une stratégie qui ne leur a pourtant pas réussi par le passé. Conséquence : un jour après, le prix du baril de pétrole a chuté de 30 %,, marquant ainsi sa plus importante baisse journalière depuis la guerre du Golfe de 1990-1991. Il est passé d’un peu plus de 45 dollars à près de 30 dollars. Dans un contexte d’épidémie mondiale ralentissant l’activité économique, le Covid-19 apparaît comme le suspect idéal pour cette dégringolade.

Mais, en réalité, ce choc a pour décor un affrontement entre l’Arabie saoudite et la Russie, avec les États-Unis en second rôle.   

 

Auteur
Rabah Reghis

 




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