9 février 2023
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Le diable et l’Algérie

«La providence nous teste mes frères, soyons dignes de la situation ».

Ce dire attribué a Amirouche, au détour d’un bombardement sur les monts d’Akfadou résume toute la sagesse de l’homme et le sang-froid qui le caractérisait. Ce texte commence par une expression que nous a légué Amirouche, ce grand homme qui a donné son sang pour que l’Algérie retrouve sa place au concert des nations.

De l’homme, nous pouvons également ne pas oublier la bleuite, cette tache noire, ce coup de maitre des services de renseignements français qui ont pu purger les éléments les plus brillants de l’ALN sans tirer une balle. Des milliers de morts, torturés et exécutés par leurs frères.

En réussissant à faire croire qu’un pan important des cadres de l’ALN étaient des agents infiltrés qui travaillaient pour la solde de la France, le capitaine Leger, l’architecte de cette sordide opération, avait à lui seul réussi ce que l’armée française toute entière n’avait pas pu réaliser. En réponse à l’opération Oiseau bleu, qui fut un fiasco pour l’Armée française, le génie du renseignement travaillait sur le terrain pour mettre un coup à l’ALN.

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Du dire des spécialistes, les effets de la bleuite, qui priva l’Algérie indépendante de ses médecins, cadres, ingénieurs et lettrés se font ressentir jusqu’à nos jours. Tant il fallait attendre pour re-former toute une génération.

Mais le propos n’est pas de nous apitoyer ou pleurer nos morts. Nous avons, nous et nos anciens fait notre deuil. La question est de nous pencher sur ce cas d’école et en tirer toutes les conséquences pour ne pas y tomber une seconde fois si une situation similaire s y présentait.

Les cadres de l’ALN étaient des paysans, peu formés et naïfs. Ils étaient peu instruits des ruses et des techniques de propagande dont étaient capables les chefs militaires français. La lettre écrite, d’ailleurs par Amirouche au capitaine Léger témoigne d’une vision obsolète et rudimentaire. Il ne pouvait pas visualiser qu’un gradé français pouvait tomber en bassesse et utiliser ainsi des éléments autochtones comme infiltrés. Bien tardivement, qu’on se rendit compte de la vrai nature de ce complot. Sordide.

Mais à la guerre comme à la guerre…

Tous les moyens sont permis… c’est de bonne guerre

Ce qui n’est pas de bonne guerre, aujourd’hui

C’est de croire comme le prétend le journal EL Moudjahid, que sous le ciel Algérie, tout va bien et que nous n’avons jamais été aussi heureux que sous le règne de fakhamate Tebboune. L’ex-ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, dresse dans les colonnes du Figaro un portrait noir de l’Algérie d’aujourd’hui.

En homme averti et informé, il peint une Algérie aux abois. Non pas par mépris pour enfoncer davantage nos responsables. Il dit des vérités que nous connaissons tous. Oui l’Algérie est aux abois.

Ce qui la maintient encore debout est la classe moyenne qui la soutient grâce à l’arrosage en millions de dinars, classe qui se sont l’obligé d’un système qu’elle pense la nourrir alors que c’est le contraire qui se passe. C’est cette classe d’obligés, de petits fonctionnaires qui trime le jour et jouant sur tous les fronts pour arrondir les fins de mois qui maintient encore le système en place.

Qui dicte la loi à Sidi M’hamed ? Tribunal honni par les Algériens ?

Qui fait la loi ? Est-ce le juge qui comme le prince dit et fait la  loi au même temps, à l’instant même, tel un énoncé performatif. Le droit algérien, s’il est respecté peut-il mettre des enfants en prison parce qu’ils ont gribouillé leur colère sur le net ?

Le Droit algérien a-t-il prévu qu’on enferme des hommes parce qu’ils veulent se réunir et discuter ensemble de leur destin et de l’avenir de leurs enfants ?

Le Droit algérien dit-il qu’il est interdit de penser, de rêver, de vouloir changer les choses, de vouloir changer ceux qui sont aux commandes ?

Le droit algérien est-il inscrit sur papier ou c’est le juge du Tribunal de Sidi M’hamed qui le dit en fonction de son humeur, en fonction des intérêts du moment et des chefs aux commandes ?

Quelle image pouvons-nous avoir de notre pays à l’instant t ?

Au vu de ce qui se passe dans le monde, nous sommes une réserve d’énergie. Il est possible de faire jouer cette carte pour faire taire les observateurs étrangers qui voudraient mettre le nez dans nos affaires internes.

Si nous sommes clairvoyants, nous pouvons faire fructifier cette énergie en faisant ramener des investisseurs étrangers pour produire chez nous. Nous aurons des emplois, et développerons notre industrie.

Nous pouvons la vendre à ceux qu’ont besoin (l’Europe). En contrepartie, nous achèterons la paix sociale en fermant le bec à toute contestation. Nous louerons les services des barbouzes pour liquider la diaspora pensante, parce que c’est elle le danger aujourd’hui. Elle est celle qui dit et corrobore les dires du diplomate français.

Les milieux avisés ont lancé l’alerte, d’ailleurs. Les services de renseignements seraient sur le point de commettre des attentats à l’encontre de la diaspora établie à l’étranger pour la faire taire.

Est-ce que l’Algérie va bien ? Non.

Qui va prendre le relais demain ? Qui succédera à cette classe mourante ? Les jeunes ? Quel jeune croit-il à un avenir en Algérie ?

Etes-vous sérieux ?

Même Dieu, pour rendre son narratif sérieux a créé un ennemi, le diable qu’il faut combattre, lui le grand fauteur de trouble.

Mais chez nous, aux dire du journal El Moudjahid, tout va bien Madame la Marquise. A part que le feu dans la maison Algérie a presque tout consumé, tout va bien. Pourvu qu’on continue à brader nos ressources. Pourvu que le peuple ne dit rien. La terreur et la peur des emprisonnements arbitraires a eu raison de la fierté algérienne. La terreur a fermé les yeux devant l’injustice. La terreur a oublié nos racines berbères.la terreur a vendu notre voisin pour un plat de lentilles parce qu’il a esquissé une critique. La terreur nous fait faire offrandes et prières pour ne pas croiser un homme de loi ou son représentant. La terreur peint un tableau idyllique de l’Algérie de 2023. La terreur, de son linceul entrave l’Algérie. Mais telles les céréales, le printemps reviendra. Germeront sur les plaines Algérie des millions d’espoirs, des millions de révoltes.

Said Oukaci

Doctorant en Sémiotique

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