26 janvier 2023
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Le Hirak/Tanekra : peur ou désobéissance

Hirak tanekra

Existe-il un hasard pour ce qui se passe en Algérie ? Verrouillage de la société. Quelle est cette puissance gouvernante qui préside à la destinée de l’Algérie ?Quelle est cette entité qui empêche toute libération des énergies et dont le seul désir est le statu quo ?

« Nous avons bien noté la sortie de la diaspora algérienne résidant en France. Eux, ils peuvent se payer le luxe de parler, de scander des slogans hostiles au pouvoir sans encourir le risque d’être arrêté le soir de façon brutale au détour d’un carrefour, au coin de la rue ou à la sortie de la bouche du métro. Eux, ses expatriés peuvent dire ce que nous qui sommes restés n’avons pas le droit d’exprimer. Parlez à notre place. Scandez haut et fort ce que nous portons au fond de nous- mêmes.  Nous les sans voix, nous, les poltrons. Nous les lâches. Nous craignons pour nous, nos enfants, nos femmes, nos vieux. Nos vies… »  

Cette confidence, nous la reproduisons avec fidélité. Un citoyen algérien nous dresse un tableau en forçant quelque peu le trait. C’est un aveu qui vient du fond de ses tripes, selon ses dires. Cela dit, il résume en quelque mot une situation des plus dramatiques que traverse notre pays. Il n’avait pas besoin de descriptions alambiquées ou de phrases longues et ambiguës pour exprimer avec une clarté déconcertante le vécu quotidien de l’algérien ordinaire. 

Notre confident est allé loin en décrivant la difficulté des fins de mois, le manque des besoins fondamentaux, tel que l’huile, le lait, le pain et même pour percevoir la maigre pension, il faut des heures devant le guichet de la poste. Enfin, en bon croyant, il se remet à Dieu et souhaite un châtiment exemplaire à toute cette mafia. Mot qu’il n’utilisa qu’après avoir jeté des coups d’œil à droite et à gauche et en se rapprochant de moi pour davantage d’intimité. Il m’avait dit qu’il avait confiance en moi. Ceci me réconforta fort bien. 

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Je me devais théoriser ce matériau tout brut et le rendre intelligible et de portée nationale. Alors commence mon travail sémiotique à la recherche d’universaux et d’occurrences. 

Y a-t-il plus clair que ce que nous venons de rapporter ?  Comment nous y prendre ? 

Le but inscrit dans cette présente séquence que traverse l’Algérie est le maintien le plus longtemps possibles les équilibres précaires. Persistance des hommes au pouvoir. Maintien des populations dans un désarroi, une pauvreté, une indigence sans précédent. Terroriser, insuffler la peur. Peur de dire. Peur de militer. Peur d’être Homme ou Femme. Peur de Vouloir vivre comme tous les peuples. 

Notre interlocuteur semblait être terrorisé à l’idée d’être pris en flagrant délit d’opinion parce qu’il exprimait une idée, la sienne, plutôt son ressenti à propos de ce que traverse le pays. A une question s’il voulait que le Hirak/Tanekra revienne sur scène. Sa réponse était ce qu’il voulait le plus au monde. A la condition que cela ne soit point un folklore, une sorte de zerda hebdomadaire. Mais un mouvement audacieux qui pourrait renverser la table. Ma question était que les services de sécurité veillent sur les hommes au pouvoir et sur le pays ; que cela serait difficile de renverser le système sans une aide de l’intérieur. Mon interlocuteur me jeta un regard des plus glaçants. La méfiance était de mise. Les traitres et les mouchards sont partout m’avait-il lancé. Je ne pouvais qu’acquiescer.  Chercherais-je à le faire parler pensait-il ?

La peur

Que notre sujet trouve la sympathie qui lui est due. Il est celui qui a insufflé et donné corps à ce texte.

La peur, qu’il exprime dans le corps : il était recroquevillé et sur le qui-vive, est un sujet fondamental. C’est un mode d’existence qu’une entité régissante fait subir à une autre entité régie. A titre d’exemple, la vue d’un serpent nous fait tressaillir de peur. Le serpent est l’entité régissante. A sa vue, nous prenons peur.

Nous subissons un sentiment d’inquiétude et de peur à la vue du reptile. Nous sommes régis par le serpent dans cette relation. Le serpent agit sur nous. 

La peur est, donc, un sentiment subi par autrui. On réagit à quelque chose en prenant peur.  C’est l’un des sentiments les plus puissants de l’homme. La peur est une arme de destruction massive. Toutes les religions y ont eu recours. L’Islam n’est-il pas une religion de terreur, de peur jusqu’aux tréfonds de nos tripes. Cette religion à même le corps qui nous observe, nous épie, nous espionne même dans notre sommeil. Religion qui nous ne laisse aucun moment de répit. Religion exclusive qui ordonne de tuer tout incroyant ou renégat. Que y a-t-il de plus terrifiant quand on décrit à un enfant les terribles souffrances et tourments qui attendraient tout humain après sa mort ? dit de façon solennelle et avec conviction, l’enfant ne peut qu’avoir peur de désobéir à son Dieu, et aux responsables, les grandes personnes qui président à sa destinée.

Pour désobéir, il faut réapprendre à parler, réapprendre à se dire, à s’exprimer en tant que sujet, en tant que subjectivité. A se poser et se positionner dans le monde. Il faut remettre en cause la religion. Il faut remettre en cause Dieu. Sortir des ornières. Dieu qui est une invention des hommes. Aller à la recherche de la science, de l’esprit critique. Remettre en cause la véracité de la geste islamique.

Pour désobéir, il faut déconstruire le discours et le corpus qui font obéir.

On n’obéit pas par hasard. Si l’adage, nous avons les représentants que nous méritons est vrai, alors nous avons tout fait pour leur obéir. 

Pourquoi de tels comportements ne se voient que dans un pays arriéré comme le nôtre ? pourquoi nous avons laissé faire des incultes, des ignares nous commander et nous dominer ? par le simple fait qu’ils ont usé de tous les moyens pour insuffler l’idée de terreur dans l’esprit de l’algérien. 

Les révélations qui s’étalent de jour en jour nous apprennent l’ampleur de la manipulation des années 90. Nous avions cru, en bons naïfs en la bonté des militaires qui sont venus en samaritains sauver la mère Algérie et ses orphelins de l’ogre et hydre islamiste.  

Loin de là, l’entité existe et subsiste encore. Mais la construction d’un imaginaire autour de l’idée avait besoin de moyens de manipulation d’une grande ampleur. On tua, on égorgea, on décima pour créer un monstre à abattre et lequel avait besoin qu’on lui oppose un front solide et soudé constitué de toutes les forces de la nation.

L’ogre islamiste a été construit et bâti par les services de renseignements afin de manipuler l’opinion. Chose faite et presque réussie si ce n’est les agissements dont ils continuent à faire preuve. 

Nous avions cru à ses débuts que le Hirak/Tanekra était une bénédiction, qu’enfin on allait gouter à cette démocratie que les militaires avaient réussi à sauver de la marrée islamiste en ce janvier 1992. Nous étions confiants. Nous avons pu déboulonner Bouteflika. Plus le temps passait, plus le pouvoir apprenait de nos failles, nos erreurs, nos limites et nos travers. Covid-19 aidant, le pouvoir montra un tout autre visage. La récréation était terminée. Des arrestations arbitraires, des emprisonnements tous azimuts.

Le pouvoir algérien montra sa vraie nature. Un pouvoir dictatorial sans foi ni loi. Son seul intérêt : son maintien en place. Avec la bénédiction des chancelleries occidentales qui catégorisent ce qui se passe sur la scène nationale comme de simples turpitudes de gestion domestique. Tant que leurs intérêts ne sont pas remis en cause. 

Reste nous. Nous seuls, avec nos peurs, nos angoisses. Nos attentes de jours meilleurs. L’attente d’un ramadan ou les victuailles ne seront pas chères et en quantités suffisantes. Reste nous. Attendre la mort de tous ces généraux de mort subite ou naturelle. Puis en bon croyants leur souhaiter la miséricorde divine. Parce que pour nous, c’est notre Dieu qui pardonne et il peut pardonner au pire des hommes qui soient.

Alors pour une fois, je me défais de ce Dieu. Pour une fois je veux réapprendre à ne pas avoir peur. Je veux apprendre à désobéir. Je veux ne pas pardonner à ceux qui ont eu le luxe de mettre à genou un si grand pays promis à un avenir radieux.

Ce soir, je ne pardonne pas, ce soir je ne crois pas en Dieu. Ce soir je crois que le peuple dont je suis issu peut comme moi esquisser une lueur d’optimisme. Et nous disons ensemble : dites-leur que nous n’avons pas peur.  (Dixit Feraoun à la fin du Fils du pauvre)

Said Oukaci, Doctorant en sémiotique 

 

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