4 février 2023
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Le pouvoir n’a pas besoin d’experts

REGARD

Le pouvoir n’a pas besoin d’experts

Gouverner avec des experts se conçoit aisément. Exercer le pouvoir avec des experts, c’est autre chose. Cela exige une vision, un cap, une stratégie. Un pouvoir qui ne distingue pas entre plan et stratégie, projette pêle-mêle des objectifs et des mesures, des finalités et des moyens, des ressources immédiates et d’autres à mobiliser.

Tout programme exige qu’une stratégie soit élaborée pour piloter les opérations. Sans stratégie formulée, on se jette à corps perdu dans la tactique, sans planification, sans vision, sans cap. On dirige sans organiser. Et ainsi, la légitimité en prend un coup. Chacun voulant diriger, personne n’organise jamais.

Chacun ne sachant faire que de la tactique, aucune stratégie n’est conçue, ni planifiée ; on saute de plan d’urgence en plan d’action, de mesures conjoncturelles en opportunités intemporelles, benoîtement qualifiées de restes à réaliser. On s’en va taquiner des projets, armé d’optimisme selon la tactique du moment et sans cap. Privé de vision et réfractaire à l’esprit stratégique, le pays est géré comme un quartier.

On balance des propositions comme on fait une « tchektchouka ». Aujourd’hui, il s’agit de prendre des décisions inédites dans un contexte inédit. La question est : pourquoi, qui va le faire et qui va payer ?

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Proclamer un devenir sans s’inventer un projet d’avenir, c’est se bercer d’illusions. Il s’agit de réinventer une société, qu’elle soit industrielle, moderne ou « authentique », qu’importe ! L’important c’est de réinventer. Cela laisse-t-il entendre qu’un gouvernement agisse sur le mode de l’expertise ? Sous le règne des experts, la technicité peut proposer des réponses, mais pas une vision, ni encore moins un cap. C’est le pouvoir qui assure la vision, donc le changement.

Aujourd’hui, Volens nolens, le Hirak est une force de changement politique qui s’est manifestée à travers une adhésion populaire réelle. Il fait le pari du changement avec des institutions civiles et représentatives. Il manifeste sa volonté de mettre fin à la dérive politico-économique du pays après la vaste et criminelle opération de prédation et de destruction des richesses. Il veut un Etat moderne, un Etat stratège avec une élite politique intègre, compétente et patriote. C’est une vision, une demande claire et précise ; pas besoin d’experts pour cela.

La question est celle de l’avènement d’une autre république. Si l’on considère qu’il a fait la preuve d’une réelle adhésion populaire à ses demandes, et qu’un véritable courant le porte, quel sera alors le modus operandi d’une nouvelle éthique, d’un renouveau politique ?

Quel mode opératoire adopter ? Trouvera-t-il les hommes et les femmes engagés, patriotes, intègres et aux compétences avérées pour aller au bout de son ambition ?

La pratique efficace de la gestion étant une valeur marchande, il s’agira d’articuler un programme à une stratégie, un plan d’action à des objectifs, une vision à des finalités, un projet à une mise en œuvre et enfin des mesures à une démarche. Tout le monde propose n’importe quoi, sans savoir au nom de quoi, ni avec quelle légitimité, à partir de quelles ressources et quels moyens il s’agira de promouvoir.

La tâche est ardue, longue et difficile. Les pouvoirs ne nous veulent pas que du bien ! On peut s’interroger sur l’engagement de décideurs qui s’appuient sur des experts sans vision, sans cap. Les révoltes dites du « printemps arabe » nous ont donné une leçon : les feux de paille s’éteignent vite, et les pouvoirs en place restent à la manœuvre.

Seul un travail, long, profond, ancré dans la société, s’appuyant sur une patiente pédagogie politique peut être porteur de véritables changements. Il n’est pas une affaire d’experts, mais d’engagement. Le pragmatisme en politique exige plus que des experts, il lui faut des acteurs.

Auteur
Oma Benbekhti

 




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