« Ils veulent nous humilier ! » c’est par cette expression que Yánis Varoufákis, l’ex-ministre des Finances sous Alexis Tsipras, avait justifié sa démission du gouvernement de gauche en juillet 2015.
L’exécutif grec d’alors était poussé par l’union européenne à accepter des concessions importantes et très humiliantes pour se sauver de la crise de la dette. Le néolibéralisme a exigé des plans drastiques de sauvetage qui, au mieux, mènent aux troubles sociaux, au pire, au naufrage de la nation et sa totale dépendance de l’économie libérale. Les réalités n’ont pas changé d’un iota depuis. Et ce qui vient de se passer récemment au Venezuela ne déroge pas à la règle.
Les USA ont-ils un quelconque droit de s’immiscer de la sorte des affaires intérieures d’un pays souverain, en enfreignant éhontément le droit international ? Aucun sans aucun doute ! Mais là, le problème aussi n’est pas seulement cette question du « droit international », car le même Trump « démocratique » qui a renversé le « dictateur » Maduro en quelques heures, en le « kidnappant » au pied du lit, soutient « un génocidaire » israélien dans l’autre bout du monde qui a exterminé plus de 70.000 Palestiniens !
L’équation de la bêtise étant décidément insoluble. Et s’ajoute un autre facteur : la fragilité des dictatures et leur lâcheté. Personne ne puisse imaginer qu’un chef d’Etat tombe en moins d’une demi-journée ! Mais, en y regardant de plus près, on peut même dire qu’il a déjà assez tenu ! Un dictateur est fragile d’autant qu’en visant à se donner de la puissance et de l’importance aux dépends de son peuple, il ne fait qu’affaiblir sa patrie, les partis et la société civile.
Il peut même gloser matin et soir sur la sauvegarde des intérêts suprêmes de son pays contre les appétits voraces de l’occident impérialiste, il n’en reste pas moins un despote qui a menotté son pays, qui n’a pas laissé sa jeunesse respirer et qui, cerise sur le gâteau, l’a livré en proie facile aux intérêts extérieurs.
De même, serait-il absurde d’être aux côtés des faucons de l’Administration américaine « impérialiste » destructeurs des nations et « tiers monde » en particulier, de même serait-il un non-sens de pleurer l’arrestation d’un despote sans scrupules.
S’ils « veulent nous humilier » comme dit Yánis Varoufákis, c’est parce que nous sommes « humiliables », pour s’autoriser ici un quasi-néologisme. La « colonisabilité » et « l’humiliabilité », du type moderne, appartiennent tous les deux au même registre : l’absence de front démocratique intérieur « solide ».
Kamal Guerroua

