10 décembre 2022
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Les «Algériens» et le fascisme

Nazi

Un regard bien schématique doublé d’une regrettable méconnaissance des faits historiques quant à l’entière adhésion des Algériens au projet d’extermination humaine.

Des Algériens pourtant naturalisés Français et considérant leurs coreligionnaires comme tels, se sont regroupés au sein d’une myriade d’organisations que dirigeaient un Parti Populaire Français (PPF) et un Parti Social Français (PSF), ex-Mouvement de Croix de Feu. Une adhésion qui ne se confond certes pas avec la tergiversation politique du cheikh El-Okbi, alors dissident des Oulémas, du docteur Mohamed-Salah Bendjelloul du FEMA-Constantine et son bras droit Ferhat Abbas ou encore certains militants-cadres du PPA. 

Il est question surtout, de ceux qui ont, d’une façon bien consciente, milité au sein de ces deux mouvements fascistes français.  Mais quelle mouche a piqué ces agrégés d’université en médecine, en droit et en lettres pour devenir des adeptes de la germanophilie raciste et antijuive doublées d’un anticommunisme tripale ? Comment de tels rebuts de l’Histoire ont-ils pu glisser pour redorer son blason dans le patriotisme du PPA après 1946 ou le réformisme radical de l’UDMA de Ferhat Abbas ?

Notre histoire est totale et indivisible et dans notre précédente contribution sur Djamila Debèche, nous évoquions les noms de Larabi Fodil – qui n’aimait que l’on signe avec le prénom Foudil – ou encore Belkacem Ibazizen dit « Augustin » qui signait ses articles enflammés avec Iba-Zizen sur les torchons du PSF. A l’opposé, des Algériens ont fait partie de la Résistance française en Métropole quelques-uns ont été exécutés pour la libération de Paris, personne n’en parle ni n’évoque leurs noms.

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Les fidèles du totalitarisme et de l’ignominie humaine ont trouvé en Djilali Bentami (21/3/1896-14/11/1969) un ophtalmologue de Mostaganem et frère cadet de Belkacem Bentami (20/9/1873-2/6/1937) un ex des Jeunes-Algériens et de la Fédération des élus musulmans de l’Oranie, compagnon de l’émir Khaled, le maître de la conduite idéologique vers l’enfer du nazisme. Après l’indépendance politique de l’Algérie, il a été nommé comme 1er ambassadeur du pays à Berne (Suisse) et représentant de l’Algérie auprès du CICR à Genève.

S’associant organiquement à l’enfant de Mostaganem, Larabi Fodil est membre de la Fédération d’Alger du PPF dès 1938, le natif de Draa El-Mizan est cité par Benjamin Stora comme une des figures de l’ENA de Messali Hadj entre 1933 et 1935 de même pour l’historien Omar Carlier, qui le nomme cheikh Fodil et estime qu’en matière de religion et de culture arabe, toutefois, ni Messali ni Imache ne peuvent se comparer avec lui. Son nom apparaît encore dans l’ouvrage de Mohand Aarev Bessaoud sur L’histoire de l’Académie Berbère (1966-1978), de même dans le livre du marocain Hamza Ben Driss Ottmani sur Kaddour Benghabrit. Un maghrébin hors du commun (2011).

Larabi Fodil aurait même joué un rôle pondérant dans les premiers contacts entre le gouvernement français et le FLN qui ont eu lieu à Tunis entre les 10 et 17 juillet 1957 et que cite l’homme de l’ombre des AE Jean-Yves Goënau-Brissonnière (1926-2020) dans son Mission secrète pour la paix en Algérie : 1957, paru aux édition Lieu-Commun, 1992. Seul, Jacques Jurquet fait référence dans La Révolution nationale algérienne et le PCF, édition du Centenaire (1992) d’un Larabi « recruteur de la Phalange et des entreprises Todt » durant les années Vichy en Algérie et en France.

Le nom de ce négociant en commerce apparaît pour la première fois dans l’Afrique Française d’avril 1935 en tant que secrétaire général de la Ligue de Défense des Musulmans Algériens qui a remplacé après sa dissolution par le ministère de l’Intérieur, la « Glorieuse Etoile Nord-Africaine ». La Ligue était présidée par Ahmed Mansouri et Aït-Ali, comme vice-président. Une Ligue dont le document de création remis à la préfecture de police de Paris, annonce qu’il est question d’une Union Nationale des Musulmans Nord-Africain (UNMNA) avec un statut de 20 articles et un organe central, le Maghreb.

Jusqu’à 1935, Larabi est un proche collaborateur de Messali et principal orateur enfiévré des masses et l’itinéraire des deux hommes se séparera à la création du PPA et Larabi décide de rejoindre la FEMA pour un laps de temps, avant de rejoindre la France pour des activités commerciales. 

De retour à Alger, il prend contact avec Bentami qui l’intègre dans le Collège musulman du PPF, lui qui fait déjà partie du CC-PPF. En 1938, Larabi fait paraître son premier article dans l’hebdomadaire du PPF L’Emancipation nationale (2/12/1938) sous le titre « Ce que nous avons trouvés au PPF » et dans lequel nous lisons :

« (…) Camarades, je m’adresse à mes frères musulmans pour leur dire que le Parti Populaire Français est le seul parti qui, à ce jour, a su comprendre parfaitement le problème algérien. C’est le seul qui a su préconiser la solution adéquate et c’est le seul à même de lui appliquer les remèdes efficaces. »

Et appelant à ce que « les frères musulmans » de son pays « à venir s’unir à leur frères français », sans mentionner aucun autre détail sur ce qu’il a appelé le cri de ralliement au Parti de Doriot. De 1938 à l’avènement de juin 1940, la croisade politique à plus d’un égard de nature violente, pris la nature antibolchévique en endossant tous les maux de la France et de ses colonies aux juifs et aux Francs-Maçons.

Jacques Doriot, l’exclu du PCF, créera au lendemain du gouvernement du Front populaire son PPF à Saint-Denis au cri de « France, libère-toi ! ». Une euphorie fasciste qui se poursuit de nos jours dans le pays de la Marianne vite remplacée par la jeune austère Jeanne-d’Arc. En 1936, le PPF est l’allié du seigneur romain, Mussolini, avec quelques 300 000 adhérents en 1940 et des milliers de réunions à travers la France, l’Algérie et la Tunisie, le PPF se centra sur le territoire algérien avec un appel bruité dans l’ensemble de la presse française de l’époque et destiné aux nord-africains disant que :

« Demain, avec et derrière le docteur Djilali Bentami, président du Collège musulman du PPF, des milliers de Nord-Africains viendront combattre l’ennemi des civilisations chrétiennes et musulmanes ».

Le 27 juin 1941, le maréchal Pétain reçoit un « burnous d’honneur » des mains de Chérif Sisbanne, un des 4 « musulmans » désignés comme membres du Conseil national après dissolution de l’Assemblée nationale. Sisbanne, un originaire d’El-Madher (Batna) était avocat puis bâtonnier à Batna et à Alger est membre du conseil consultatif du Maréchal auprès de MM. Youcef Benchiha, vice-président de la très féodale Fédération des fellahs, Abderrahmane Boukerdenna, un pharmacien et Ahmed Ibnou-Zekri, président de la Commission du culte malékite musulman.

Les ralliés musulmans du Maréchal ont énormément contribués à l’ouverture de la chasse à l’homme et à la mise en concentration des militants nationalistes (l’aile des Oulémas de cheikh Ibrahimi et ceux du PPA) et des communistes et socialistes Européens et Algériens en appuyant la politique d’ouverture des camps de la mort en Algérie. A l’intérieur de cette dernière, ils ont appuyés et soutenus les sections de la Légion Française des Combattants contre le Bolchéviques (LVFC) dirigée à Alger par le commandant Breuleux. 

Août 1941, les membres du directoire du collège musulman du PPF adhèrent officiellement à la LVFC, à savoir Larabi Fodil, le cheikh Abdelkader Kacimi, le cheikh Zouani, chef de la zaouïa des Ammaria qui revendiquent 400000 fidèles de la Mer Rouge à l’Atlantique, aidant par la suite à la création de la Légion d’Afrique composée essentiellement d’Algériens, jusqu’à ce que les SS nazis mettent en œuvre en France, la section Kabyle de la Légion d’Afrique avec l’enroulement d’Ibazizen au grade d’oberleutnant. Nous prolongerons la liste des nazions d’Algérie en citant encore Ahmed Rabah Belghoul, Mohamed Louaïb, Abdelkader Chabane Braoui, Arezki Aouane, le très sulfureux Mohamed El-Maadi, qui publia en 1944 son L’Afrique du nord. Terre d’histoire cet Algérien « par ses pères, Français par la lignée féminine, ancien officier de l’Armée d’Afrique, chef du Comité musulman de France » dont le QG était dans les anciens locaux du Congrès mondial juif à Paris. La liste peut-être allongée à tout ceux qui ont bénéficiés de l’appui du PPF dans les élections des années 30 en Algérie, nous pensons notamment à Ahmed Boumendjel, soutenu par ce parti avec la liste Union Economique et Sociale tout comme Mohamed Abbas face à Lamine Lamoudi et Benali Boukort.

Mohamed-Karim Assouane, universitaire

Sources :

1 – CANTIER, Jacques, L’Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, Paris, 2002.

2 – DARMON, Pierre, L’Algérie de Pétain. Les populations algériennes ont la parole : septembre 1939-novembre 1940, Perrin, 2014.

3 – CADIOT, Aliénor, Vichy et les Algériens. Indigènes civils musulmans algériens en France métropolitaine (1930-1944), thèse doctorat en Histoire, EHESS, 18/12/2020.

4 – Consultation de la presse vichyste d’entre 1940 et 1943, notamment L’Emancipation nationale et Le Cri du peuple de Paris.

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