26 février 2024
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Les mémoires d’un Oranais (20) : Le nez sur les aisselles !

Oran

Adolescents, nous attendions le bus sous un soleil qui déchirait ceux qui n’avaient pas le cuir résistant comme nous l’avions à cet âge insolent.

C’est au premier à dire ce qui s’entendait tous les jours, à chaque arrêt, dans toute la ville, « Il est en retard ».  Il était toujours en retard, le bus.

Puis c’est la cohue pour monter. Et là, l’éternelle vieille dame qui se courbait à l’arrivée du bus, le visage de la douleur de Sainte Thérèse et la voix brusquement tremblotante.

Il y a encore une minute elle discutait en pleine forme avec sa fille, depuis le mariage de la cousine jusqu’au nouveau téléphone fixe de sa voisine détestée.

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Alors au moment de la montée vint l’inévitable « y’a weldi, rani mréda ! ». Elle grimpait pourtant les marches avec une vitesse olympique. Puis elle se dirigeait vers le malheureux qui va entendre parler de l’état de la dame au bord de la mort.

Car même si tous les jeunes gens avaient une éducation qui leur imposait de laisser la place à cette dame on avait l’impression qu’elle s’amusait de ce rôle.

Pendant ce temps nous montions et avancions comme des pingouins en troupe serrée. Le graal, la terre promise, c’était la barre horizontale près de la fenêtre. Pour une place assise, fallait pas y compter, le nombre de femmes atteintes d’une maladie grave dépassait le nombre de la population algérienne.

Et le chauffeur qui hurlait « avancez au fond ». Nous étions plus qu’au fond, nous étions écrasés au fond.

Et là, mes chers amis, il y en avait toujours un qui s’accrochait à la lanière du haut. La chemise faisant une tache aussi grande que la largeur de la poitrine, chemise serrée des années 1970.

Le nez juste en face des aisselles du monsieur nous avions droit aux coups de freins qui nous faisaient buter l’endroit de l’élégance de la personne.

Mais tout cela n’était rien car nous étions dans un monde de bonheur. La belle de nos rêves était parfois dans le bus puisque nous avions évité les autres pour prendre celui-là.

Et lorsqu’elle y était, toutes les aisselles du monde y seraient que cela n’y faisait rien. Le bus 14, c’était l’odeur et le visage de notre jeunesse.

Sid Lakhdar Boumediene

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