14 avril 2024
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Les Turcs d’Algérie ont voté Erdogan

Erdogan

Sur les 952 inscrits sur la liste électorale turque en Algérie, 41,75 % se sont exprimés afin de donner 54,64 % des voix pour le président sortant et 41,35 % au candidat Kemal Kiliçdaroglu du MHP. Seuls 3,38 % ont porté leur voix à l’urne du néo-fasciste Sinan Ogan, celui que la presse anglo-saxonne nomme le «Faiseur du roi ».

La même communauté turque installée en Algérie a exprimé sont vœu législatif en direction de l’AKP d’Erdogan avec 25,48 %, le Parti républicain du peuple avec 23,44 % et 13,2 % en direction de la Gauche écologique. A la première lecture, l’expression politique des turcs d’Algérie est nettement nationaliste et réactionnaire sur le plan présidentiel et un peu plus progressiste et laïc sur le plan législatif.

Mais cette cartographie électorale prise au seul niveau de la diaspora turque d’Algérie, montre qu’il y a bien deux Turquies qui venaient de s’exprimer le 14 mai dernier. Les mêmes Turquies s’exprimeront le 28 prochain afin de désigner le nouveau locataire de l’Ak Saray (Palais blanc). Jusque-là et selon le président du Haut Conseil électoral, Ahmet Yenner, 88,8 % de taux de participation se sont exprimés dans cette lutte turque bien représentative d’une société évoluant à deux vitesses.

Au mois d’avril dernier, le hadji R. T. Erdogan évoquait durant un meeting tenu à Ankara, la fois et la volonté ressenties par les Turcs durant les élections de 1950 où le Parti démocrate d’Adnan Menderes avait battu le Parti républicain du peuple (CHP) d’Ismet Inönü, au pouvoir depuis 27 ans. Erdogan passant ses 21 ans de règne laissa derrière lui un PIB par habitant glissant de 12500 dollars en 2013 vers 8500 dollars en 2020 et une bien grosse crise sociale et économique comme lame de fond touchant l’immense partie du pays.

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Une crise qui a boostée le candidat néofasciste Sinan Ogan et ses 2,8 millions d’électeurs avec un taux de 5,17 % de voix. Un ultranationalisme de haine s’est exprimé vis-à-vis des réfugiés syriens et l’extermination de la résistance démocratique du peuple kurde surtout. Les voix accordées à Ogan sont celles des nationalistes réactionnaires et des jeunes désabusés, qui le trouvent un peu plus intellectuel face aux vieux visages de la politique.

A 55 ans, Sinan Ogan, un Azerbaïdjanais d’origine, est un diplômé des universités de Marmara (Turquie) et des relations internationales  de la MIGMO de Moscou. Ce spécialiste de l’administration des affaires du monde turc avait représenté l’agence turque de la coopération internationale TIKA à Bakou de 1994 à 1995. Fondateur en 2004 du groupe d’analyse stratégique et de réflexion-Turksam, Ogan est le playboy du monde turcophone qui s’étant de la mer Egée à l’Asie centrale.

Son équation politique est simple, soutenir les nationalistes et les laïcs turcs sans le Parti démocratique du peuple (HDP) qui a été accusé par Erdogan d’être lié au PKK kurde. Ce même HDP qui a appelé à soutenir le candidat Kemal Kılıçdaroğlu. Sinan Ogan en ancien parlementaire du parti MHP reflète cette Turquie dont la société est fortement polarisée, basée en grande partie sur des identités et des modes de vie différents.

La plupart des citoyens sont conservateurs, religieux et certains nationalistes qui votent avec l’AKP d’Erdogan et son allié le MHP, tandis que ceux aux idées laïques et aux modes de vie modernes soutiennent la candidature de Kemal Kilicdaroglu et son CHP. Une division sociopolitique qui remonte à 1923, année de la création de l’Etat kémaliste. En raflant les 2,8 millions de voix extrémistes avec son Alliance Ancestrale (ATA), Ogan est bien la vitrine « démocratique » du leader néofasciste Umit Ozdag et exprimant un profond malaise que traverse le pays. Un pays qui est pris en Algérie pour un modèle de la réussite économique tout juste regarder à travers le bazar d’Istanbul.

Le modèle en question est à revoir de plus prêt. Après le démembrement de l’Empire colonial ottoman, il été question de bâtir une « nouvelle » nation à travers une citoyenneté vidée de toute appartenance religieuse et ethnique et ce depuis le coup d’Etat de 1923. Kemal Atatürk Bek a réussi de créer un Etat nationaliste fondé sur le choc et la rupture. Avec les indépendances nationales des territoires occupés, notamment au Balkan, le pays de la féodalité ottomane enregistrent de fortes vagues de déportations et d’exodes. Hier les Bulgares, les Arméniens et les Grecs, aujourd’hui les 307 millions de Syriens attendent leur tour.

Lorsque l’on impose des réformes dites modernistes venant d’en haut, on exerce sur une  société bien arriérée une telle violence. Le cas de la nation turque est flagrant lorsque tout un pays ne vit que sous la menace permanente de la crainte des « séparations ». La campagne électorale du premier tour dernier, a été marquée par « Voter afin de préserver l’unité turque ».

Dans cette presqu’île anatolienne, le nationalisme traumatique a marqué la citoyenneté turque par une ethnicité face à l’idée d’un « danger » persistant et permanent venant de l’extérieur et trouvant ses alliés à l’intérieur.

L’Etat turc actuel dégage deux processus opposés dans sa construction. Une nation d’en haut, occidentalisé, moderne et laïc et celle d’en bas, traditionnelle, ethnique, socialement défavorisée et à confession musulmane. Cette nation ethnicisée découvre après le démembrement de l’URSS, une référence nouvelle : les frères et cousins de l’Asie centrale et des Balkans sous la bannière du panturquisme.

La plus forte expression politique de ce trauma nationaliste est le MHP et son candidat Kılıçdaroğlu qui s’enracine dans la mythologie Touraniste, ce pays éternel des Turcs, et qui a acquis une sanguinaire réputation dans les  années 1970 à travers une violence politique inouïe avec quelque 5000 morts.

Avec le complexe de supériorité à travers le filtre de l’héritage de l’exemple féodale marquant la seule puissance turque de l’histoire, les Turcs se retrouvent dans l’incapacité de dire leur mot dans les conflits régionaux et l’impossibilité d’entrer dans l’Europe et leur incapacité à résoudre les problèmes économiques intérieurs qui marque aussi cette infériorité turque à se débarrasser de l’aspect conflictuel de leur identité. Sinan Ogan est en sorte la révélation politique de cette dichotomie. Lui, qui est né au pied du Mont Ararat dans une région qui a vue l’extermination de la culture arménienne, ne semble pas être une alternative d’avenir bien radieux dans un pays semi-féodal et semi-capitaliste.

Mohamed-Karim Assouane, universitaire.

1 COMMENTAIRE

  1. La Turquie est un bon exemple pour l’Algérie Arabe Musulmane Indépendante, mais pas pour l’Algérie africaine indigène encore dépendante.

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