2 février 2023
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L’Etat en Algérie : un bras court pour servir, un bras long pour sévir

Répression algérienne
L’Algérie, c’est d’abord le pétrole  et ensuite l’Armée. Le pétrole, une question de géographie ; l’armée, une réponse de l’histoire. L’Algérie est une jeune nation, elle n’a pas d’Etat ; elle a un pouvoir. Un pouvoir qui utilise les hommes comme des préservatifs, une fois servis, il les jette dans la poubelle de l’histoire.

Les appareils qui les ont projetés au-devant de la scène n’ont pas pour vocation de construire une économie productive ou de fonder un Etat de droit mais d’assurer la stabilité et la pérennité d’un régime politique autoritaire et bureaucratique devant résister « aux évènements et aux hommes ». 

Des appareils étatiques aux soubassements idéologiques affirmées, financés exclusivement par la fiscalité pétrolière et gazière se passant royalement de la contribution fiscale ordinaire des citoyens comme dans toute nation qui se respecte. C’est la raison pour laquelle, les  dirigeants n’éprouvent pas le besoin de rendre compte de leur gestion aux citoyens du moment que les gisements pétroliers et gaziers sont la propriété de l’Etat et non de la nation.

Entre le peuple et le pouvoir, le médiateur est le temps. L’histoire s’écrit par les vainqueurs. Après sept ans d’insurrection armée contre le colonialisme français, l’Armée est devenue le principal garant de cet Etat post colonial, qu’elle administre soit directement, soit par procuration. Le noyau dur du pouvoir est constitué par une alliance des dirigeants de l’Armée et de l’Administration.

Les évènements de l’été 1962  nous montrent que les cadres issus de l’armée des frontières et de l’administration coloniale sont les représentants d’une petite bourgeoisie partisane d’un Etat fort, fort par sa capacité à contraindre que par sa volonté à convaincre, se fondant sur la loyauté des hommes que sur la qualité des programmes, se servant de la ruse et non de l’intelligence comme mode de gouvernance. L’armée de l’extérieur est tenue par des cadres issus soit de l’armée française, soit fournis par les académies militaires arabes du Moyen-Orient ou des pays de l’Est.

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Elle va se servir de la légitimité du FLN pour s’imposer comme force politique dominante (FLN), sur la scène nationale et internationale ; l’Administration va être tenue par des cadres issus soit de la fonction publique coloniale soit des structures du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République algérienne). 

A la faveur d’une rente pétrolière et gazière, elle va se développer et se ramifier pour  devenir la seconde force politique du pays (RND). Que ce soit dans l’armée ou dans l’administration, des secteurs éminemment improductifs, nous sommes en présence de dirigeants qui sont des hommes d’appareils ayant fait toute leur carrière dans l’armée et/ou dans l’administration, ils connaissent tous les mécanismes, tous les rouages, toutes les ficelles et dans lesquels les liens de vassalité l’emportent sur les qualités professionnelles. 

Des hommes qui obéissent aux ordres et non aux lois. Ils sont constitués de fonctionnaires et non d’entrepreneurs, des gens qui «fonctionnent» et non qui « produisent », des hommes de pouvoir et non des hommes d’Etat. Ils raisonnent à court terme et non à long terme. Ils réfléchissent à la prochaine élection et non au devenir des générations futures. Après soixante ans d’indépendance, on se retrouve devant un régime politique corrosif qui respire le gaz et se nourrit du pétrole faisant de ses sujets des tubes digestifs explosifs. Evidemment quand la ruse plane sur les hauteurs de l’Etat, l’intelligence rase les murs au bas de la société.

L’Algérie a arraché l’indépendance par l’emploi de la ruse, elle a raté son développement par manque d’intelligence. La ruse bien que nécessaire en temps de guerre s’est avérée un obstacle infranchissable en phase de construction, L’Algérie n’a pas su coudre la peau du renard avec celle du renard. Elle n’avait ni aiguille ni fil (bourgeoisie capitaliste et classe ouvrière). 

En vérité, elle n’en a pas besoin, les pétrodollars font amplement l’affaire. Ils ont obtenu l’assentiment du peuple et la complicité des puissances étrangères. « le grand succès des ennemis de l’Afrique, c’est d’avoir corrompu les africains eux-mêmes » nous dit Frantz Fanon. 

Comment est-on arrivé là ? La raison est simple, dans un Etat de droit, les gouvernants sont considérés comme des hommes ordinaires, ils doivent se soumettre à la loi au même titre que n’importe quel citoyen. Dans une dictature, une personne ou un groupe se placent au-dessus de la constitution, des lois et des institutions, et exercent tous les pouvoirs de façon absolue. 

En subissant le règne des personnes au lieu et place du règne des lois, le citoyen se trouve privé de toute liberté et de toute perspective. Hier « indigène » de l’Etat colonial français, aujourd’hui « indigent » de l’Etat national algérien. Le peuple se prête à toutes les manipulations. « Quand la hache pénétra dans la forêt, les arbres dirent que le manche est des nôtres ».

La France a su imposer à l’Algérie indépendante un ordre politique et juridique qui garantisse la prééminence de ses intérêts stratégiques. Elle a fait de l’humiliation et de la soumission des techniques de maintien de l’ordre colonial. Le pouvoir postcolonial n’a-t-il pas érigé le mépris et l’arrogance comme mode de gouvernance ? En effet, le rapport entre contestation et répression, domination et émancipation est récurrent en Algérie.

La France s’opposera par tous les moyens à l’instauration de la démocratie en Algérie et entravera son développement car contraire à ses intérêts vitaux. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. C’est l’esclave qui fait le maître. Blé russe « rouge » contre blé français (bleu), voitures allemandes contre voitures françaises, gaz algérien à proximité, à bon port et à bon marché contre gaz russe lointain, onéreux et imprévisible. Tout le reste n’est que duperie, hypocrisie, et complicité. Il est maintenant établi que les régimes autoritaires ont été enfantés par le colonisateur dans le but de préserver ses propres intérêts. Une toute petit question « Qu’est-ce que la France ? Un coq sur un fumier, ôtez le fumier, le coq meurt »  Jean Cocteau. Finalement, c’est cela la France des droits de l’homme et de la démocratie. Elle vit et prospère à l’ombre des dictatures africaines.  

Dr A. Boumezrag 

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