9 août 2022
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Lignes de fracture principale et secondaire en Algérie

Débat

Lignes de fracture principale et secondaire en Algérie

Dans cette Algérie actuelle de confusion, insérée, aussi, dans la confusion mondiale, il faut quand même bien essayer d’éclaircir les obscurités et distinguer entre le principal et le secondaire.

Nous constatons ce qui domine, selon les écrits dans la presse et dans les réseaux sociaux, reflets plus ou moins fidèles de ce que pense le peuple.

Les lignes de fracture principales apparaissent comme étant les deux suivantes : 1) «islamistes» contre laïcs ; 2) «arabo-islamistes» contre « amazighes-laïques » ; 3) «démocrates» contre «conservateurs» ; 4) peuple opprimé contre caste étatique oppressive.

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Est-on certain que là se trouvent les fractures sociales principales en Algérie ? Autrement dit, est-on certain que ce sont là les «courants de fond», qui déterminent tout le reste ?

Et pourquoi la ligne de fracture sociale réelle principale ne serait pas, plutôt, dans l’existence, d’une part, d’une caste numériquement minoritaire d’exploiteurs (économiques)-dominateurs (politiques et idéologiques), et, d’autre part, une majorité d’exploités-dominés ? Autrement dit, entre ceux qui commandent et s’enrichissent, et ceux qui exécutent et ne parviennent pas à gagner de quoi vivre dignement ?

En effet, supposons que les membres, appartenant au peuple, disposent des ressources matérielles suffisantes pour vivre : salaire suffisant, habitat confortable, système de santé satisfaisant, scolarité conforme aux besoins et aux spécificités culturelles et linguistiques, sécurité personnelle assurée. Et supposons qu’à ces conditions matérielles s’ajoutent la liberté d’expression, de manière à ce que les citoyen-ne-s puissent exprimer leurs doléances aux gouvernants, qui y répondent de manière positive et dans les délais acceptables. Supposons, également, l’existence de la liberté d’association entre citoyen-ne-s pour délibérer et choisir démocratiquement des actions au bénéfice à la communauté.

Dans ces conditions, aurions-nous, en Algérie, des gens du peuple qui auraient besoin de s’identifier et de suivre des dirigeants qui leur déclareraient : « Seuls, l’Islam et la Charia… », « Seule, l’indépendance de la région et l’identité ethnique… » peuvent vous sauver ?

« Mais de quoi, répliqueraient, alors, les citoyens, puisque notre vie matérielle est convenable, notre existence paisible, notre liberté d’expression et d’association totale, nos relations entre individus et entre cultures diverses réciproquement enrichissantes et solidaires ? »

Bien entendu, pour que les citoyen-ne-s puissent tenir ce langage, n’est-il pas nécessaire qu’ils et elles ne soient pas soumi-se-s : 1) à une minorité d’enrichis qui les exploitent en concédant uniquement des salaires insuffisants, 2) ces patrons (privés ou étatiques) étant en alliance avec une minorité de gouvernants qui dominent les citoyen-ne-s, en interdisant la libre existence de syndicats autonomes et d’associations de défense des intérêts citoyens ?

Si tous les citoyens-ne-s prennent une part égale au « banquet de la vie », s’opposeraient-ils à cause de leurs croyances religieuses, de leur identité ethnique ou sexuelle ?

De tout ce qui précède, où est, alors, la fracture sociale principale réelle en Algérie ? Et quelle sont les fractures qui en sont les conséquences ? Pour les citoyen-ne-s, quelle est la manière la plus correcte et la plus efficace d’agir principalement : sur la fracture principale ou sur ses conséquentes fractures secondaires ? Par conséquent, les citoyens-ne-s ont l’intérêt à s’unir d’abord sur quelles bases, à partir de quels critères ? La religion (pour être un «bon » musulman, selon certains chefs) ou l’ethnie (pour être un «bon» «arabe» ou «amazighe», selon d’autres chefs) ? Ou, au contraire, (ce que aucun «chef» ne dit), la base et les critères sont l’exploitation dominatrice, dont il faut se libérer ? Comment y parvenir sinon en créant une communauté humaine libre et solidaire dans ses diverses composantes, qu’elles soient soient religieuses ou «ethniques», ou, encore, biologiques  (homme – femme) ?

Soeurs et frères !

Nous sommes de la même famille,

par les obsédés d’argent exploité-e-s

et par les obsédés de pouvoir dominé-e-s.

Qu’importe, sœurs et frères,

que certain-ne-s d’entre nous

croient en un Dieu et d’autres en une morale laïque,

soient d’une telle ou telle autre identité « ethnique »,

parlent telle langue ou telle autre,

descendent de « nobles » ou de « roturiers »,

soient de peau blanche, basanée ou noire,

soient de sexe masculin ou féminin.

D’abord et avant tout, nous sommes sœurs et frères !

Notre sang est pollué par l’humiliation,

mais notre cerveau bouillonne de libération.

Chaque gifle qui frappe une joue d’être humain

fait rougir la mienne également ;

chaque sourire qui illumine un visage d’être humain

embellit le mien également.

Notre mère s’appelle Liberté, notre père Solidarité.

Et notre famille algérienne

fait partie de la grande famille qu’est l’humanité.

Et n’oublions pas cette vérité :

La liberté solidaire est comme les fleurs :

elle demande à être cultivée à chaque heure.

K. N.

Email : kad-n@email.com

 

Auteur
Kadour Naïmi

 




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