9 décembre 2022
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L’Ukraine méfiante face au retrait russe de Kherson

Retrait russe de Kherson

L’armée russe a annonce son retrait de la ville de Kherson. Mais les autorités ukrainiennes se montrent circonspectes, s’attendant à devoir continuer à se battre pour conquérir cette capitale régionale prise par Moscou au début de son offensive. Une guérilla de rue est appréhendée par les Ukrainiens.

Près de neuf mois après le début de l’invasion, plus de 100.000 soldats ont été tués ou blessés de chaque côté, et une victoire militaire est « probablement » impossible pour un camp comme pour l’autre, a par ailleurs estimé le chef d’état-major américain, le général Mark Milley.

En vrai, depuis plusieurs semaines, des rumeurs contradictoires circulaient sur un possible repli de l’armée russe de Kherson, position devenue intenable et soumise à une très forte pression de l’armée ukrainienne. Ce mercredi après-midi, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a annoncé « autoriser un repli sur la rive gauche du Dniepr » des forces russes stationnées à Kherson.

Le repli de Kherson sonne comme un cinglant revers pour Moscou, déjà contraint d’abandonner la région de Kharkiv (nord-est) en septembre. Il intervient aussi alors que Vladimir Poutine avait justement ordonné le 21 septembre la mobilisation de quelque 300.000 réservistes pour consolider les lignes russes.

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« Procédez au retrait des troupes », a ordonné le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou lors d’une réunion avec le commandant des opérations russes en Ukraine, le général Sergueï Sourovikine, qui venait de préconiser cette décision « pas du tout facile » à prendre.

« C’est la preuve qu’ils ont de vrais problèmes, la Russie, l’armée russe », a jugé mercredi le président américain Joe Biden.

Le symbole est d’autant plus fort que Kherson, 280.000 habitants avant le conflit, est la seule capitale régionale conquise par les forces russes, au début de leur offensive en Ukraine. Elle fait aussi partie des quatre zones de l’Ukraine dont M. Poutine a revendiqué l’annexion par Moscou il y a six semaines. Le président russe a célébré ces annexions lors d’un concert sur la Place Rouge, sous des banderoles proclamant que la Russie y serait présente « pour toujours ».

Mercredi matin, les drapeaux russes ont été retirés du centre-ville. Autre signe avant-coureur : l’armée russe a entamé ces dernières heures la destruction des ponts reliant la ville à la rive gauche du Dniepr. Or, alors qu’une partie des troupes russes s’est déjà replié sur cette rive, ces ponts apparaissaient comme étant essentiels pour permettre le ravitaillement des soldats russes restés dans la ville.

« De possibles crimes contre l’humanité », selon Amnesty internationale

« Des enfants ont été séparés de leurs familles (…) en violation du droit humanitaire international », a dénoncé l’ONG de défense des droits de l’Homme, se basant sur les témoignages de 88 Ukrainiens, dont la quasi totalité a ensuite rejoint l’Ukraine ou des pays européens.

« Le fait de séparer les enfants de leur famille et de forcer les gens à s’éloigner de leur domicile sur des centaines de kilomètres est une nouvelle preuve des graves souffrances que l’invasion russe a infligées aux civils ukrainiens », a réagi Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty, dans un communiqué accompagnant un long rapport publié jeudi.

« La déplorable tactique russe de transfert forcé et de déportation constitue un crime de guerre. Amnesty International estime qu’elle doit faire l’objet d’une enquête en tant que crime contre l’humanité », a-t-elle ajouté.

Les civils interrogés par l’ONG ont décrit des « processus de sélection abusifs » dans des camps dits de « filtrage », qui se sont parfois soldés par des détentions arbitraires, des mauvais traitements, voire de la torture.

« La plupart d’entre eux, en particulier ceux de Marioupol, ont décrit des conditions coercitives qui signifiaient qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de se rendre en Russie ou dans des zones occupées par la Russie », indique le rapport. Ces transferts constituent « probablement des crimes contre l’humanité ».

Une fois en Russie, plusieurs personnes ont déclaré s’être senties sous pression pour qu’elles demandent la nationalité russe.

Kiev circonspect

Mais l’annonce du retrait russe a été accueillie avec circonspection par Kiev, qui soupçonne Moscou de vouloir attirer ses forces dans une difficile bataille urbaine à Kherson.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a ainsi déclaré mercredi soir que son pays réagissait avec une « extrême prudence » à l’annonce du retrait russe.

« L’ennemi ne nous fait pas de cadeau, ne manifeste pas de +geste de bonne volonté+, nous devons tout gagner », a déclaré M. Zelensky dans son message quotidien aux Ukrainiens. « Nous devons donc faire preuve d’une extrême prudence, sans émotions, sans prise de risque inutile, afin de libérer toute notre terre avec des pertes aussi minimes que possible ».

« Nous ne voyons aucun signe que la Russie quitte Kherson sans combattre. Une partie des (troupes) russes est maintenue dans la ville », avait auparavant déclaré un conseiller de la présidence ukrainienne, Mykhaïlo Podoliak.

« Ils cherchent simplement à se sortir d’une situation difficile », a pour sa part déclaré à l’AFP Natalia Gumeniuk, porte-parole du commandement Sud de l’armée ukrainienne.

« Le fait qu’ils aient si délibérément annoncé qu’ils passaient sur la rive gauche (du fleuve Dniepr) n’a surpris personne. Mais nous savons que nous devrons encore nous battre », a-t- elle ajouté, en estimant que la bataille pour Kherson n’était pas terminée.

« Il est impossible de croire les paroles des Russes. Avec eux il faut toujours être prêts à tout », a estimé pour sa part la ministre adjointe de la Défense ukrainienne, Hanna Malyar.

« Je pense qu’ils mijotent quelque chose (…), peut-être une sorte de piège. Je ne crois pas qu’ils vont se rendre », estime Serguiï Filontchouk, un habitant de Kiev interrogé par l’AFP.

Concrètement, M. Choïgou a ordonné aux combattants russes de se retirer de la rive occidentale du Dniepr, où se trouve Kherson, pour établir une ligne de défense sur la rive orientale de ce fleuve qui représente un obstacle naturel.

Le Kremlin a repoussé aussi longtemps que possible ce retrait humiliant, mais la situation était devenue de plus en plus difficile face à une armée ukrainienne visant les lignes d’approvisionnement russes à l’aide d’armements modernes livrés par les Occidentaux.

La région de Kherson est d’autant plus stratégique que son territoire est frontalier de la Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou en 2014.

Le général Sourovikine a justifié mercredi le repli par sa volonté de protéger les vies des soldats russes.

Poutine ne s’est pas exprimé sur ce retrait, mais des proches du Kremlin, comme le fondateur du groupe paramilitaire Wagner, Evguéni Prigojine, et le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, ont défendu la mesure.

« Entre faire un sacrifice absurde et sauver la vie des soldats, le général Sourovikine a fait un choix difficile, mais juste », a déclaré M. Kadyrov, habituellement considéré avec Evguéni Prigojine comme un partisan de la ligne la plus dure.

Populations déplacées

Depuis l’annexion annoncée fin septembre, Moscou considère Kherson comme faisant partie du territoire national.

Or, M. Poutine a prévenu que la Russie défendrait « par tous les moyens » ce qu’elle considère comme son territoire, d’autres hauts responsables russes brandissant explicitement un possible recours à l’arme nucléaire.

Le général Sourovikine a aussi annoncé mercredi que les autorités d’occupation avaient procédé ces dernières semaines à l' »évacuation » de 115.000 personnes de la rive droite vers la rive gauche du Dniepr.

L’Ukraine a dénoncé ces déplacements de population, les qualifiant de « déportation ».

La Russie a probablement commis « des crimes contre l’humanité » en transférant de force vers son territoire ou dans des zones sous contrôle de séparatistes prorusses des civils ukrainiens originaires de zones que ses troupes occupaient en Ukraine, a accusé pour sa part jeudi Amnesty International.

« Des enfants ont été séparés de leurs familles (…) en violation du droit humanitaire international », a dénoncé l’ONG.

Alors que l’offensive russe entre bientôt dans son neuvième mois, l’Occident a continué de réaffirmer son soutien militaire, logistique et financier à Kiev.

La Commission européenne a proposé mercredi aux Vingt-Sept pays membres d’accorder à l’Ukraine une aide de 18 milliards d’euros pour 2023, sous forme de prêts.

Avec AFP

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