En pleine séquence judiciaire, Marine Le Pen était présente au Parc Chanot à Marseille ce vendredi 16 janvier pour soutenir Franck Allisio, tête de liste RN aux prochaines élections municipales. Une présence symbolique a priori mais destinée à afficher la confiance de la direction nationale dans son candidat et à donner à la soirée l’allure d’un véritable meeting de campagne.
La campagne pour les municipales s’emballe à Marseille. Il est environ 18 h30 lorsque les portes du Parc Chanot s’ouvrent. L’air est chargé d’attente. À l’intérieur, plus de 1 200 personnes se pressent pour assister aux vœux de Franck Allisio, mais tous les regards sont tournés vers Marine Le Pen, l’invitée d’honneur. La salle, déjà pleine, vibre d’une énergie mêlant excitation et impatience.
Ce n’est pas sa première venue à Marseille : en 2014 et 2020, elle était venue soutenir Stéphane Ravier lors des municipales. Mais cette fois, le contexte est différent : Marine Le Pen s’expose dans une ville où le Rassemblement national cherche à consolider sa présence, et où la population d’origine maghrébine représente un électorat sensible à ses positions sur l’immigration et l’histoire coloniale.

À l’extérieur, environ 200 manifestants antifascistes scandent des slogans : « Marseille, Marseille, antifas » ou « La jeunesse emmerde le Front national ». Encadrés par quelques CRS, ils rappellent la polarisation politique de la ville et créent un contrepoint sonore à l’effervescence du Parc Chanot.
À l’intérieur, le début du discours est interrompu par un incident qui marque la soirée. Après les mots de Franck Allisio, un homme se lève et lance un chant antifasciste : « samio tutti antifasciti ». Quelques sifflets percent dans l’assemblée, un silence surpris s’installe. Marine Le Pen, avec son habituelle ironie, réplique : « C’est quoi ? Une Femen ? Une boule puante ?» Les murmures se mêlent aux rires et aux applaudissements, et elle reprend aussitôt son fil, naviguant entre enjeux municipaux et débats nationaux, tout en gardant en arrière-plan le procès en appel qui la concerne dans l’affaire des assistants parlementaires européens.
Franck Allisio, crédité de 30 % d’intentions de vote, observe la scène. Cette mobilisation dépasse largement une simple réunion de vœux : elle constitue un signal politique fort, destiné à galvaniser militants et électeurs. Marseille, longtemps considérée comme un bastion difficile pour le RN, devient le temps d’une soirée le théâtre d’une démonstration de force, où acclamations et protestations se croisent sous les yeux des journalistes et observateurs.
La soirée s’achève sur une ambiance double, entre tension palpable et ferveur des militants. Le Parc Chanot, saturé de monde, a servi de scène à la polarisation politique marseillaise, offrant un moment où le national et le local se télescopent, dans une ville dont le passé et la composition démographique rendent chaque visite de Marine Le Pen particulièrement chargée de symboles.
Mourad Benyahia

