20 février 2024
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Mémoire d’un Oranais (9) : le foot et la bouteille de gazouz

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Si je revenais à Oran, ce qui me semblerait transformé serait certainement la disparition des terrains vagues de la ville. C’étaient nos stades de foot, nos Maracana à nous.

Et comme les groupes de Samba à Rio, la compétition était rude entre les équipes des différents quartiers et même des différents immeubles.

Le jour venu, le plus riche, celui dont les parents pouvaient acheter un ballon de foot en plastique ramenait ce bien précieux et inaccessible aux bourses des autres.

Et qui était le capitaine de l’équipe ? Cela n’a pas dû changer depuis, le propriétaire du ballon.

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Ou alors celui qui avait la plus grande gueule ou les plus gros muscles. Cela n’a pas dû également avoir changé. Et si c’était un ballon en cuir, ce qui était extrêmement rare, il était jusqu’à être propriétaire du terrain vague et … de la décision de l’arbitre.

Nous disposions les deux pierres de chaque côté du terrain et voilà les buts installés. Le propriétaire du ballon ou la grande gueule du quartier, pourquoi voulez-vous qu’il en soit autrement, choisit les titulaires et les remplaçants de son équipe.

Ce qu’il y avait de stable à cette époque était que les remplaçants étaient les titulaires du poste de remplaçants. L’équipe adverse en fait de même. Eux aussi ont leur propriétaire du ballon de secours et leur grande gueule, capitaine de l’équipe.

La partie commençait et dès cet instant n’essayez pas de comprendre les règles du foot. En fait c’était l’équipe qui taclait le plus fort qui prenait l’avantage.

Et comme les buts ne délimitent pas la hauteur et difficilement la largeur par les pierres, car il n’y avait pas de délimitation par des poteaux, l’arbitre était souvent sollicité.

Le pauvre garçon, par son grand courage et sa grande impartialité accordait le but ou le refusait suivant la puissance de la grosse gueule de l’équipe qui réclamait le plus fort.

À la fin du match chacune des équipes se prononçait. L’équipe vainqueur affirmait la justesse de l’arbitrage. L’équipe adverse menaçait l’arbitre d’une rencontre « par hasard et très amicale » dans les rues.

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En fin de compte il y avait toujours un vaincu, l’arbitre. Et puis disaient les perdants un étranger choisi dans un quartier tiers est forcément un ennemi.

Mais personne, même après une grosse discussion, n’aurait raté le cérémonial de clôture, la fameuse bouteille de gazouz.

Chaque équipe devait apporter le trophée et le distribuer à tous en cas de match perdu. Et comme les moyens financiers étaient à la hauteur de notre stade caillouteux, c’était une bouteille pour chaque équipe. Une seule !

Et là, mes chers amis, c’est à ce moment de ma tendre enfance oranaise que j’ai compris ce qu’était la hiérarchie sociale. Car la ration de gazouz était proportionnelle à la grandeur de la gueule.

Sid Lakhdar Boumediene

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