27 janvier 2023
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AccueilChroniqueMohamed Benchicou : deux ou trois choses que je retiens de 2021

Mohamed Benchicou : deux ou trois choses que je retiens de 2021

Censure

Rendons cette justice à nos médias qu’ils n’ont ménagé aucun effort, en cette année 2021, pour informer l’Algérien… sur l’actualité sportive.

Sur sa page d’accueil, un « site d’informations indépendant » affiche complet.  Entre le CRB qui renforce sa position de leader, le supporter algérien condamné à la prison, en France pour célébration de la victoire de son pays en Coupe arabe de football, le tirage au sort de la Ligue des champions, la prochaine CAN 2021, la nomination de Bougherra au poste d’adjoint de Belmadi, le classement FIFA, le retour de l’Algérie  dans le top 3 africain, les déclarations de Belmadi sur Belaïli et les clivages entre joueurs, tout cela a pris plus de moitié de l’espace réservé à l’actualité politique, sociale et culturelle en Algérie et dans le monde.
L’information est rendue publique, tout est minutieusement dévoilé, commenté, analysé, avec une sorte d’audace et de souci du détail jamais atteinte, jusque-là. Tout, tout, vous saurez tout sur le Zidane. Durant cette année qui s’achève aujourd’hui, les journalistes algériens auront été forcés à un génie sans pareil : informer sur le néant.
Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier ce pays en jachère, sans projets et sans visibilité, s’amusant à ressembler aux caricatures des régimes autoritaires des années de guerre froide.
Il est même organisé, épisodiquement, des rencontres entre le chef de l’Etat et la presse autour de ce même néant. Rien vu, rien entendu et, surtout, rien dit. Dire ou écrire, c’est redevenu péché. Il y a des Lucifer pour faire brûler en enfer les derniers esprits libres que répugne le rôle d’encenseur du palais.
L’économie à l’arrêt ? Le discrédit diplomatique ? Pensez à autre chose, au prochain choc MCA-CRB, par exemple !  L’année 2021 aura montré que le régime n’a même plus d’apologistes, seulement de piètres encenseurs qui applaudissent à la léthargie nationale.
Tel est le prix à payer à l’illégitimité. Le pouvoir a cette obsession de vouloir régner par la peur. Il voit des ennemis partout, même dans un article sur les changements politiques au Chili. Le journaliste, auteur de l’écrit, a subi quelques heures d’un interrogatoire que n’aurait pas renié le royaume d’Ubu.
La censure qui empêche de savoir, le spectre de la prison, la répression qui frappe ceux qui se plaisent à souligner l’incompétence des dirigeants, n’ont pas fait du régime algérien un régime craint. Rien n’a pu éviter à ce pouvoir, en 2021, d’apparaître pour ce qu’il est véritablement : un pur  produit de ces élections sans surprise qui n’ont jamais fait que différer l’instant où le fébrile mensonge est confronté à la stoïque réalité.
Tebboune est le symbole d’une fausse victoire remportée sur des faux adversaires au terme d’une fausse compétition. Autour de lui se joue un simulacre d’exercice de pouvoir.
L’Algérie a pourtant dépassé l’âge des élections sans surprise. 2021 a prouvé que les élections sans surprise n’aident pas à résoudre des conflits sans violence. Elles ne canalisent pas non plus les frustrations à l’intérieur de systèmes pour les empêcher d’exploser sous la forme de mouvements extraparlementaires. Elles ne réduisent pas les dessous-de-table versés aux responsables officiels en augmentant la transparence du gouvernement.
Elles ne donnent pas aux citoyens ordinaires l’occasion, périodiquement, de mettre les puissants à bas de leur piédestal. Elles ne contribuent évidemment pas à discipliner les membres de l’élite en les forçant à se battre pour gagner des soutiens ou à expliquer leurs actes à une opinion très critique. Elles ne fournissent pas des mandats que doivent respecter les élus.
Alors à quoi servent-elles ? La première réponse est qu’elles permettent de démontrer publiquement que le gouvernement est capable de sortir un lapin de son chapeau.
Cela fait cher le civet.
Mohamed Benchicou
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