18 août 2022
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Mohammed Dib ou le besoin de nommer et de montrer l’Algérie

Mohamed Dib

Mohammed Dib, un des fondateurs de la littérature algérienne d’expression française, a trempé sa plume dans le quotidien du peuple algérien colonisé pour affirmer l’identité nationale en l’introduisant dans le champ littéraire et lui donner une « existence » dans sa première trilogie publiée avant et pendant la Guerre de libération.

L’auteur de « La grande maison », roman majeur paru en 1952, a œuvré pour affirmer une « existence » algérienne, marginalisée par l’ordre colonial qui l’a réduite à une « population autochtone colonisée et dépourvue de toute civilisation ».

Auteur prolifique, il a fait son entrée dans l’écriture littéraire en publiant successivement « La grande maison », « L’incendie » en 1954, et « Le métier à tisser » en 1957, une trilogie qui suffira à brosser le tableau de la vie de l’Algérien marginalisé et éprouvé par la misère et les affres du colonialisme.

Mohammed Dib avait déclaré, à ce sujet, que les écrits de romanciers français avaient une vision particulière de l’Algérie, une vision qui, pour les Algériens comme lui, « n’avait aucun sens et ne correspondait pas à la réalité ». « En tant qu’écrivain algérien, j’ai ressenti le besoin et le devoir de décrire, de dire cette réalité », avait-il dit dans une interview à une revue littéraire.

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Comme les écrivains de sa génération dont Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun et, plus tard, Kateb Yacine, Mohammed Dib décrit et dénonce l’hégémonie du système colonial et sa négation à l’encontre du colonisé, marginalisé et meurtri par la faim, la misère, l’analphabétisme et la spoliation. Conscient du rôle que peut jouer la littérature comme arme de revendication, il affirme qu’il « suffisait à l’époque de décrire un paysage algérien pour faire acte de foi et amener l’Algérie à l’existence littéraire ».

L’universitaire Nadjet Khedda, spécialiste de la littérature algérienne, considère que Mohammed Dib compte parmi les auteurs qui ont œuvré, par la littérature, à la « la construction d’une identité » algérienne.

Né le 21 juillet 1920 à Tlemcen, Mohamed Dib, qui avait déjà exercé plusieurs métiers, notamment enseignant, comptable, dessinateur ou encore fabricant de tapis, a publié son poème « Eté » en 1946, dans la revue suisse « Lettres », suivi en 1947 de « Véga » dans la revue « Forge » dirigée à Alger par l’écrivain français Emmanuel Roblès.

En 1948, lors d’une rencontre organisée par le mouvement de jeunesse et d’éducation populaire à Blida, il fait la connaissance d’Albert Camus, Jean Sénac et de Jean Cayrol, qui publiera ses premiers romans en France.

A la sortie de son roman « La Grande Maison » en 1952, Dib travaille en tant que journaliste à « Alger républicain » et a pour collègue celui qui deviendra le célèbre auteur de « Nedjma », Kateb Yacine.

Après le recueil de nouvelles « Au café » (1955), le roman « Un été africain » (1959) et les contes pour enfants « Baba Fekrane » (1959), Mohammed Dib entame un nouveau cycle romanesque avec « La danse du roi » (1968), « Dieu en barbarie » (1970) et « Le maître de chasse » (1973), des romans nourris du vécu de la société algérienne postindépendance.

L’auteur gagne encore en notoriété auprès du grand public avec l’adaptation à l’écran de ses romans « La Grande maison » et « L’incendie » en feuilleton télévisé intitulé « El Hariq », réalisé en 1972 par Mustapha Badie.

A cette période, Mohammed Dib avait enseigné aux Etats-Unis et se rendait régulièrement en Finlande pour des travaux de traduction d’écrivains de ce pays nordique. Ce voyage a donné naissance à une « trilogie nordique » publiée à partir de 1989 avec « Les terrasses d’Orsol », « Neiges de marbre » et « Le sommeil d’Eve ».

Mohammed Dib en Finlande (I)

Son œuvre continue de s’enrichir avec des textes pour le théâtre comme « Mille hourras pour une gueuse », présentée au Festival du théâtre d’Avignon en France, ou le récit poétique « L’aube d’Ismaël » (1996) adapté récemment sur les planches.

Disparu en 2003 à l’âge de 82 ans, Mohammed Dib aura laissé une œuvre foisonnante, considérée comme la « plus importante » de la production littéraire algérienne en langue française.

Depuis 2001, un prix littéraire du nom de Mohamed Dib est organisé par l’association culturelle « La Grande Maison », avec le consentement de l’auteur de son vivant, dans le but de promouvoir son œuvre à travers notamment l’organisation d’ateliers d’écriture, de théâtre et de cinéma.

A l’occasion du centenaire de sa naissance, une version enrichie de l’ouvrage « Tlemcen ou les lieux de l’écriture », reconstituant l’essentiel de l’univers de l’écriture de Dib qu’il avait lui-même immortalisé en photographies en 1946, a été rééditée en 2020 par l’éditeur algérien « Barzakh ».

Avec APS

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1 COMMENTAIRE

  1. Dib, avec Feraoun, nés en 1917 et 1920, sont les deux parangons de la littérature algérienne sous le joug colonial français. Ce sont des références en la matière; l’un pour la communauté arabophone et l’autre pour la berbérophone et tous deux pour l’universel. Nous y gagnerons, nous autres, algériens, à revisiter leurs œuvres et s’en inspirer pour notre devenir plus qu’avenir (à méditer). Dans son roman, la grande maison, j’ai relevé, tout gamin au collège, un passage épique : « Aïni épissait la soupe car le pain manquait »; tout best dit!

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