8 décembre 2022
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Moussa Ghanes : encore une perte d’une élite chère aux siens

MEMOIRE

Moussa Ghanes : encore une perte d’une élite chère aux siens

« Il me fallait toujours compter sur les observations pointilleuses et les conseils éclairés de Mous pour avoir une bonne et juste lecture des dossiers souvent complexes et compliqués qui m’étaient exposés dans le cadre de mes fonctions de ministre. On comprend alors que Moussa n’est jamais par le fait du hasard dans les cabinets des ministères pour brillamment servir au sommet de l’Etat », lâchait souvent Ismail Mahroug, cet illustre ministre des Fnances de l’Algérie post-indépendance, en parlant ainsi de l’un de ses plus proches amis que fut Moussa Ghanes.

A peine 12 ans en cette année de 1952, ce garçon d’Ath Yenni a quitté aussi précoce et aussi frêle son village natale d’Ath Lahcène pour l’au-delà des frontières. Le départ fût douloureux. Ses souvenirs là-bas et son présent par-là dans cette France qu’il n’a jamais rêvée, Moussa est appelé à partager une partie du difficile parcours migratoire de ce papa paysan qui débarqua, 12 ans plus tôt, dans cette banlieue ouest parisienne pour occuper un modeste poste d’ouvrier dans l’un des ateliers de l’usine Renault de Boulogne-Billancourt.

Dda Chabane, en bon père combien soucieux d’offrir un meilleur destin à son unique enfant auquel il voue une attention constante et indéfectible, n’avait nulle autre trajectoire de vie pour son cher rejeton que celle de l’école voie du savoir.

Ainsi, Moussa entra, en cette année 1958, au collège moderne de la rue de Sèvres à Boulogne pour suivre le cycle des cours complémentaires et de l’apprentissage des fondamentaux.

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Son passage, de 1959 à 1961, au lycée Paul Langevin à Suresnes dans les Hauts-de-Seine a marqué ses nombreux camarades de classe qui le décrivaient plutôt comme un garçon studieux, appliqué et plutôt réservé.

Dans sa nouvelle vie marquée par le déracinement et l’exil, le jeune garçon n’avait guère le temps de musarder ou d’avoir le nez dans le vent, il avait inéluctablement prit bon goût à ses virées aux rayons littérature jeunesse des librairies parisiennes.

A ses 21 ans, Moussa se voit recherché par les autorités françaises pour son insoumission au service militaire obligation. Le garçon a déjà pris la tangente pour atterrir, durant une bonne année, au royaume chérifien du Maroc où il y trouva refuge jusqu’à son retour au pays.

Ce retour chaotique marqué les insoutenables conséquences de la guerre d’indépendance qui ont décimé toute une partie de sa famille.

Moussa n’est revenu au pays que pour repartir de sitôt, en ce mois de septembre 1965, vers la Suisse où il est accueilli par la prestigieuse faculté des hautes études commerciales de Lausanne. Là, il devait à la fois poursuivre, durant 4 années, ses études et s’assurer une des meilleures formations au sein de cet HEC.

Et puis c’est l’ultime retour au bercail qui fut naturellement dicté à ce jeune homme hautement et fraîchement diplômé qui aspirait à concrétiser beaucoup de choses chez lui.

« On regagne toujours notre Algérie quand on y est né et qu’on a respiré du grand air pur du majestueux Djurdjura… Le fond et le profond de soi-même est toujours là pour nous inciter à répondre présent à cet honneur de servir notre patrie. Ma génération ne savait que penser et raisonner algérien », répliquait Moussa à cet ami qui a eu la maladresse de l’interroger sur le pourquoi du comment de son retour parmi les siens alors que son devenir était déjà radieusement assuré ailleurs.

De retour au pays, Moussa Ghanes a occupé de nombreux et d’importants postes de responsabilité. Ainsi, en cette période de 1965, il intégra, pour quatre années, la société nationale REPAL qui devint plus tard Sonatrach à l’issue de la nationalisation des hydrocarbures algériens. De 1970 à 1985, il a œuvré en faveur de cette gigantesque entreprise étatique SNC (industrie lourde) dont il fut l’un des principaux fondateurs.

Repéré pour ses nombreuses compétences, Moussa a été promu, de 1985 à 1990, au poste de conseiller au cabinet du Premier ministère nouvellement créé et dirigé par Ahmed Abdelghani.

En quête d’une cohérence avec sa vie personnelle, c’est en 1990 que Moussa opte pour ce choix de se mettre à son compte en créant sa propre entreprise dont l’activité principale est le conseil et l’investissement dans le domaine en de la sidérurgie.

Un gain de 8 année d’expérience qui le voit propulser commissaire aux comptes pour répondre cette fois, durant 3 années, aux appels des plus importantes sociétés pétrolières du moment.

Plus tard, c’est sans bruit et sans tam-tam que Moussa siégea au Conseil supérieur de la magistrature.

En ce jour de cérémonie du quarantième jour du départ de notre grand monsieur Moussa Ghanes, les ath Yenni se remémorent et se remémoreront toujours de ces occasions de ses visites au village lors desquelles ils croisaient celui que l’on a, respectueusement et affectueusement, nommé « Monsieur Dda Moussa », affirmant tous avoir été merveilleusement marqué par sa simplicité, sa hauteur d’esprit, sa pudeur, sa bonhomie, son affabilité et son fort et permanent désir de rendre service aux siens.

Combien sont ces jeunes du village, en mal de travail, à venir solliciter ses recommandations ou ses interventions auprès de telle ou telle entreprise ou encore auprès de tel ou tel service de recrutement ?

Le fameux sésame en main, ils couraient tous enthousiastes pour faire valoir ce courrier signé par ce grand cousin qui n’omettait jamais d’apposer, pour capter la bienveillance du destinataire, ce petit mot au bas du courrier : prenez soin de mon jeune cousin.

Que dieu prenne soin de notre cher et précieux Moussa qui nous laisse un immense vide et un chagrin inconsolable.

Mohamed- Saïd Senhadj, retraité et militant associatif d’At Yenni.

Moussa Ghanes est né le 05 décembre 1940 à Ath Yenni. Il est décédé le 24 octobre 2021à Alger. Il a été enterré dans son village natal Ait Lahcène à Ath Yenni

 

Auteur
Mohamed-Saïd Sanhadj

 




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