15 juillet 2024
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Niger : de quel ordre constitutionnel parle Ahmed Attaf ?

 

Ahmed Attaf

Le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ahmed Attaf, a souligné, vendredi à Cotonou (Bénin), que la restauration de l’ordre constitutionnel au Niger est un « objectif commun » de l’Algérie et de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui, tous deux, « sont actuellement dans le temps de la recherche d’une solution politique » à la crise nigérienne.

La déclaration est a priori une excellente nouvelle pour la Cédéao. « Nous sommes, au sein de la Cédéao comme en Algérie, sur une même ligne de travail celle de coordonner au maximum nos efforts pour aboutir à la réalisation d’un objectif commun qui est la restauration de l’ordre constitutionnel au Niger », a déclaré à la presse M. Attaf au Bénin.

« La Cédéao, tout comme l’Algérie, travaille à promouvoir la solution pacifique à la crise au Niger », a ajouté M. Attaf pour rassurer cette organisation régionale qui tente de peser de tout son poids pour remettre Mohamed Bazoum au pouvoir après le coup de force des militaires en juillet dernier. Il a réaffirmé « avec force que la crise au Niger est une crise conséquente à un changement anticonstitutionnel » et qui est « au centre des préoccupations de la Cédéao et aussi de celles de l’Algérie ». Cependant, Ahmed Attaf ne précise pas de quel ordre constitutionnel il parle : celui de permettre au président Bazoum de revenir au pouvoir ? Ou simplement que la junte promette des présidentielles sous les 3 ans, comme elle l’a soutenu ? Toute la question est là.

La junte nigérienne a bien déclaré aux différentes missions de bons offices venues la rencontrer qu’il n’y a pas de possibilité de revenir en arrière. En effet, s’ils ont pris le pouvoir ce n’est pas pour le rendre, la preuve ? Ce qui se passe au Mali et au Burkina voisins. Aucun des régimes militaires en place n’a donné quelque signe de retour à l’ordre constitutionnel. A partir de là, qu’attendre de ces putschistes ? Surtout que le temps joue inévitablement pour la junte.

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Maintenant, il y a effectivement tous les risques qu’une intervention militaire de la Cédéao pourrait engendrer. D’abord en victimes, puisque le président Bazoum pourrait en premier subir les frais, comme l’ont laissé entendre les officiers au pouvoir à Niamey. Ensuite, les déplacements de civils, poussés par la guerre. L’Algérie ne veut pas voir des milliers de Nigériens masser à ses frontières sud avec tout ce que cela pourrait engendrer comme drames humains.

C’est pour cela que l’Algérie notamment que l’Algérie refuse le recours à la force et qu’elle estime qu’elle « a toujours été un élément de complication et non pas un élément de solution ».

Il a rappelé également dans ce contexte que le principe de refus des changements anticonstitutionnels « tient particulièrement à cœur à l’Algérie puisque c’est au sommet africain d’Alger de 1999 que cette norme a été posée », donc, a-t-il dit, l' »Algérie se considère d’une certaine manière comme le dépositaire politique et moral de cette norme ».

Maintenant que l’Algérie semble prête à défendre le retour à l’ordre constitutionnel, ira-t-elle jusqu’à lâcher Bazoum et soutenir la junte dans l’organisation d’une présidentielle ?

Yacine K.

7 Commentaires

  1. En langage diplomatique, l’expression « retour à l’ordre constitutionnel » signifie retour à l’ordre légal, la Constitution étant la Loi fondamentale pour tout pays. En principe, l’action diplomatique est fondée sur des règles de Droit international, qui ne connait que la légalité, et se préoccupe peu de la légitimité, dont l’appréciation relève du seul pays concerné, ou, plus précisément du seul peuple concerné, en vertu du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États. Les auteurs du Coup d’État au Niger ont, de toute évidence, rompu l’ordre constitutionnel, en empêchant le Président élu, Mohamed Bazoum, d’exercer sa mission, et ont, donc, commis un acte illégal. Ce dont ne disconviennent pas, du reste, les putschistes eux-mêmes, qui invoquent pour leur défense des arguments portant sur la légitimité de Monsieur Bazoun à diriger le pays, en se référant , aussi bien aux conditions de son élection, qu’ils disent faussée (ce qui n’est pas invraisemblable), qu’à sa gestion politique des affaires du pays, qu’ils prétendent faire trop peu de cas des intérêts nationaux du Niger.
    Il y a deux façons de résoudre ce genre de conflit entre légalité et légitimité. La première par le recours à la force, qui nécessite, préalablement et impérativement, l’adoption, improbable dans les circonstances actuelles, d’une Résolution du Conseil de Sécurité des Nations-Unies prise sous le Chapitre 7 de la Charte, avec, comme chacun peu l’imaginer, depuis l’aventure désastreuse franco-britano-états-unienne et leurs affidés arabes en Libye, le risque de provoquer des effets collatéraux dévastateurs pour toute la bande soudano-sahélienne et les régions adjacentes, y compris l’Europe. La seconde, celle à laquelle l’Algérie tente de joindre ses efforts, à ceux d’autres partenaires : l’Union africaine, mais aussi d’autres pays, dont les États-Unis, (préoccupés en premier lieu par le sort de sa mase militaire stratégique au Niger), dans le but, d’abord de désamorcer les risques intempestifs d’intervention illégale pour, ensuite, ouvrir des négociations avec les autorités de fait à Niamey, sur les voies et moyens de rétablir l’ordre constitutionnel. Ce qui, dans le contexte actuel, signifie : primo, organiser des consultations internes au Niger, sous contrôle, pour une nouvelle élection présidentielles dans les meilleurs délais possibles ; secundo, donner des assurances sur la sécurité personnelle de l’ex Président et ses proches, auxquels serait donné le choix de rester au pays ou de s’établir à l’étranger.
    Monsieur Ahmed Attaf, qui est diplomate chevronné et de grand talent, sait tout ça, et n’agit que dans ce cadre, strictement. Il n’a pas pris son bâton de pèlerin pour la défense de la veuve et de l’orphelin, mais plus simplement et, plus prosaïquement, pour défendre, à la fois, la sécurité et les intérêts supérieurs de l’Algérie. Je précise que si l’ordre constitutionnel est de rigueur en Algérie, certains n’aimeraient probablement pas que l’affaire nigérienne serve de mauvais exemple à quiconque, lorsque l’on sait que la légitimité de nos propres gouvernants n’a rien à envier à celle de Mr. Bazoum ni à celle de tous ces Chefs d’États va-t-en-guerre de la CDEAO, ceux-là mêmes qui prétendent administrer une leçon de morale politique au peuple du Niger.

    • Précision : les USA disposent de deux importantes bases militaires au Niger : une base secrète de la CIA, proche de l »aéroport de Niamey, et une base de drones à Agadez d’Africom, leur commandement miltitaire pour l’Afrique.

    • Précision : les USA disposent de deux bases militaires au Niger, la première est une base secrète de la CIA, située près de l’aéroport de Niamey; la seconde base, située à Agadez, est rattachée à CARICOM, leur Commandement militaire pour l’Afrique.

      • Les USA, feraient mieux d’empecher les manoeuvres louches qui battent en Amerique-meme – a l’Algerienne, c.a.d. Sovietique !!! Le bidon aux commandes, ou plutot ceux/xelles qui tirent ses ficelles car lui a rejoint le club boutef, cherchent a tout prix a: 1/ Le port d’armes, prevu par la Constitution juste contre la dictature politique quelque soit-elle, elue ou pas !!! et 2/ a abuser de l’apareil judiciaire pour barrer chemin au candidat le plus populaire.

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