3 octobre 2022
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Novembre noir, masques blancs

La chronique Naufrage

Novembre noir, masques blancs

Le premier Novembre approche. Fête de déclenchement de la Guerre de Libération en Algérie. Le jour où les montagnes ont répété le même mot : la guerre. L’on commence déjà à laver les routes et les trottoirs, à étendre des kilomètres de drapeaux multicolores, à aiguiser les larynx pour lancer des youyous stridents, à préparer des statuts pour les réseaux sociaux, et à astiquer les fusils pour lancer des balles dans l’air.

Vue du ciel, l’Algérie est une fête, un manteau d’Arlequin.

La terre alourdit ses mouvements. Le Premier Novembre arrive lentement mais ce n’est pas un Godot. Des réunions. Tous âges. Des responsables. Des jeunes ramassés de partout. Des moudjahidines dont certains énoncent d’amples mensonges pour justifier l’encaissement d’une pension de militaire. Des imams expliquent la guerre, l’identité algérienne et ses aspirations par des versets et des dits prophétiques en projetant la charia sur le Panthéon de l’Histoire.

Des scouts étranglés par leur cravate, attendant la distribution des pâtisseries. Des porteurs de fusils, flottant dans des djellabas pour ressusciter les martyrs bâillent déjà en attendant minuit pour cribler le ciel. Chacun prétend connaître l’Histoire et ses acrobaties. Enfin, tout est à sa place, l’amour du pays se reflétant dans chaque visage.

Minuit arrive. Des youyous. Des tirs. Odeur de souffre. Certains fusils tirent en retard, car inutilisés depuis longtemps. L’hymne national givre les jambes et fait des frissons. On s’embrasse. On pleure. On mange. On prend des selfies. On profite notamment de l’occasion pour passer aux responsables des messages sur le logement d’un frère, le permis de la sœur, ou la parcelle du père. Minuit est éternisé.

Les réseaux sociaux sont déjà envahis de publications sur le Premier Novembre ; les internautes copient et collent des images et des statuts volés çà et là. Tu n’as aucun sens de l’Algérianité si tu ne laisses pas un commentaire.

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La nuit ensevelit l’Algérie sous un drap de souffre et de souvenirs. Novembre se promène solennellement dans les quartiers, s’installe partout, et commence à semer le doute et l’inquiétude.

Le jour suivant, après des heures déjà, les rues puent de déchets, les trottoirs sont poussiéreux et envahis par les commerçants, les langues s’alourdissent de mensonges et d’hypocrisie, les boîtes de Pandore s’ouvrent et répandent leur parfum mythique, les consulats sont asphyxiés par la queue, les masques sont recollés au visage. En somme, le musée de l’hypocrisie qui s’est fermé la veille de novembre est largement ouvert aujourd’hui, affichant de nouvelles collections.

Auteur
Tawfiq Belfadel, écrivain-chroniqueur

 




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