24 avril 2024
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Où vont les Universités algérienne et française ?

UN UNIVERSITAIRE TÉMOIGNE

Où vont les Universités algérienne et française ?

Tout enseignant responsable ne peut qu’adhérer à l’analyse percutante proposée par Djeha concernant la déroute de la langue française. Une déroute volontairement initiée par des responsables politiques qui n’ont font qu’à leur tête.

Ci-après, une petite colère adressée à mes collègues, en mai 2013, en guise de témoignage à contre-courant de certaines réformes décalées d’un terrain pédagogique exigeant ! Les journalistes de La voix du Nord, auxquels j’avais adressé le texte, s’étaient contentés de reproduire le dernier paragraphe !? Comme quoi, en France aussi règne une atmosphère de « j’menfoutisme » inquiétant au sein d’une élite censée jouer le rôle de locomotive intellectuelle !

Où va l’Université française ?  Réformes raisonnées ou aménagements kamikazes ?

Dans les années 1980, un vent de crise, pour ne pas dire de folie, soufflait sur l’Université algérienne. Cette crise avait commencé quand les représentants d’étudiants de filières « Sciences Exactes et Technologiques » s’étaient rendus chez le ministre de l’enseignement supérieur pour se plaindre de la difficulté de certains modules de physique, notamment celui de physique nucléaire (dénoté P013), dispensé en deuxième année.

À la suite de cela, notre ministre (Abdelhak Brerhi) eut l’idée « génialissime» de supprimer, de façon unilatérale, ce P013, perçu comme rempart infranchissable dressé sur le chemin de la réussite de certaines filières scientifiques ! (?) Toutes les tractations qui s’en suivirent pour mettre en garde nos responsables de cette façon de laisser le dernier mot revenir à des étudiants connus pour leur niveau moyen, pour ne pas dire médiocre, sont restées vaines. 

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Toujours dans cette décennie annonciatrice de la folie intégriste des années 1990, des lois exhortant la généralisation de la langue arabe, en remplacement du français, furent appliquées de façon si anarchique et expéditive que, en à peine quelques années, l’Université algérienne laquelle, jadis, dispensait des cursus de formation de niveau universel, s’est retrouvée à livrer des fournées d’analphabètes bilingues, dans la plupart de nos centres de formations.

La raison est toute simple, l’Algérie n’avait pas les moyens d’une politique d’arabisation raisonnable, de surcroît irréfléchie. Les enseignants ayant pris la relève des francophones n’étaient pas assez formés pour faire face à l’immensité d’une telle tâche, et les étudiants qui arrivaient à la fac ne maitrisaient pas suffisamment le français pour s’accrocher aux derniers bastions « Gaulois ». Ils s’engouffraient, de ce fait, en grande majorité, dans des sections arabisées plus que douteuses. Les enseignants francophones, quant à eux, n’avaient plus d’autres choix que celui de rendre le tablier ou de prendre le chemin de l’exil.

Les derniers débats concernant les propositions d’aménagements des programmes universitaires français appellent à quelques commentaires et interrogations, loin de toute empreinte démagogique, sur la mission de l’Université Française et la mutation perverse qu’elle subit depuis la réforme LMD. Laquelle réforme nous force, d’une année sur l’autre, à reléguer l’intérêt de l’étudiant aux dernières loges de nos préoccupations. À cet égard, il nous semble plus que nécessaire de formuler les questions de fond que soulèvent les réorientations qui se profilent et qui engagent non seulement l’avenir de pans entiers du système éducatif français, mais aussi celui de générations entières d’universitaires :

– En l’état actuel des formations proposées, a-t-on vraiment jaugé le niveau des étudiants qui sortent des lycées afin d’en localiser les lacunes et d’y engager les moyens nécessaires, à même de les combler ?

– Maîtrisent-ils suffisamment la langue de Molière pour nous permettre une deuxième langue en quantité frisant la surdose ? 

– Qu’en est-il alors de leur niveau d’anglais au sortir du lycée ?

Il est bien connu que la non-maîtrise d’une 1ère langue prend des contours de handicap majeur dans toute quête d’assimilation d’une autre. 

– Avons-nous le droit de nous contenter d’un cheminement de nivellement par le bas, des formations universitaires, tel qu’il semble être dicté par la haute hiérarchie, quitte à empiéter sur des valeurs déontologiques que le métier d’enseignant exige ?

– Niveau de formation n’est-il pas tributaire, en premier lieu, de ceux du Lycée, Collège et Primaire ?

– Que reproche-t-on donc à la langue française pour ainsi chercher à la noyer dans une hégémonie linguistique dont il est facile de percevoir les effets dévastateurs à long terme ? 

– Comment peut-on croire que remplacer le français par une autre langue est un gage de réussite et non d’échec, voire de chaos généralisé ?

Autant de questions sur lesquelles il est, me semble-t-il, urgent de se pencher si l’on veut éviter  que la déroute du système éducatif algérien ne se reproduise en France.

Du Primaire à l’Université, le système d’enseignement français est souffrant ! Si rien n’est fait, à contre-courant des réformes proposées, il sombrera sous peu dans un état végétatif profond. Alléger les programmes de matières scientifiques dispensées en français, au profit d’une autre langue, conduirait à terme, à  une euthanasie irréversible. J’espère me tromper !

Pourtant, à y bien réfléchir, des solutions existent. Parmi ces solutions, une idée partagée par la plupart des collègues des filières scientifiques consiste à combler les lacunes des bacheliers en proposant, dès la première année universitaire, une carte de modules de mathématiques, de physique et de chimie, reprenant les bases de trigonométrie, de calcul vectoriel ainsi que celles de l’analyse fonctionnelle dont l’assimilation constitue le prérequis par excellence à tout programme de sciences appliquées de niveau universitaire. 

Afin d’éviter tout impact psychologique négatif, il ne s’agit évidemment pas de faire perdre une année aux étudiants en proposant une sorte d’année zéro, mais de confectionner des programmes de remise à niveau adaptés et des enseignements complémentaires repartis avec équilibre et pertinence sur les deux premiers semestres des diverses filières scientifiques. Cela ne peut se faire que dès lors que l’idée d’une surdose en langues étrangères est abandonnée au profit des matières fondamentales.

Dans l’intérêt des étudiants, dans celui de l’Université française : Shakespeare oui, mais Molière d’abord !

K. M.

 

Auteur
Kacem Madani

 




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