31 janvier 2023
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Pardon d’être Kabyle

Printemps noir

À ceux qui nous gouvernent et à certains  concitoyens algériens, pardon d’exister et de vous avoir « pourri » la vie. Car d’après vos décisions, quand vous en avez le pouvoir, ou vos nombreux commentaires et réactions de simple citoyen, nous serions la cause de tous vos problèmes et de vos malheurs, vous empêchant par notre présence d’accéder au bonheur auquel vous avez droit. 

Pardon d’être l’erreur vivante de votre conception immaculée d’une Algérie bien uniforme, bien arabo-musulmane et bien naturellement autocrate.
Pardon de rappeler, à la date anniversaire du Printemps berbère, nos combats contre ce suprématisme arabo-musulman autoritaire qui vous a obligés à nous réprimer, nous emprisonner et à tirer sur nos jeunes à balles réelles, car nous n’avions pas le droit de nous considérer Algériens en dehors de cet identifiant.
Pardon d’avoir cru à la nation algérienne bordée par ses frontières et de ne pas avoir compris que nous appartenons d’abord à la  nation arabe et que les véritables frontières  sont celles de la « Oumma arabia ».
Pardon d’avoir pensé que l’unité de la nation est dans le respect de toutes les cultures algériennes et des spécificités régionales et que cette Algérie plurielle est tout
 simplement algérienne, alors que vous nous avez fait comprendre, souvent de façon assez rude, qu’en fait, nous faisions œuvre de division de l’Algérie arabe et que l’unité veut dire assimilation à votre conception de l’algérianité.
Pardon d’avoir affirmé que l’histoire de l’Algérie n’a pas débuté au VIIème siècle,  mais qu’elle est au contraire multimillénaire. Pardon d’avoir été à l’origine de l’éveil à la conscience amazighe, même si l’histoire le certifie et que les études génétiques le confirment, et d’avoir ainsi perturbé votre récit généalogique de terre originelle du Yémen.
Pardon d’avoir cru que le drapeau amazigh a plus de légitimité que le drapeau d’un autre pays fût-il la Palestine, plus par son arabité d’ailleurs, qu’en raison de l’injustice qu’elle subit.
Pardon d’avoir pris trop de place dans l’histoire contemporaine algérienne : fer de lance de l’idée d’indépendance à travers l' »Etoile Nord-Africaine », poumon financier de la Révolution avec la Fédération de France, sacrifices nombreux pour la libération du pays, organisation politique de la Révolution, combat pour les libertés démocratiques, les droits de l’Homme et les droits culturels en post indépendance.
Pardon ainsi de ne pas comprendre, suite à la prise des rênes du pays entre vos mains, vos accusations récurrentes de traîtrise, de multiples complots contre le pays et aujourd’hui même, ce nom de « zouaves »  dont vous nous avez baptisés, ceci après le classique « hizb frança ».
Pardon de persister dans la sauvegarde de notre identité, notre culture, nos us et coutumes, lesquelles conditionnent notre existence tout en pensant que l’Algérie aurait tout à y gagner.
Pardon de militer contre la disparition de notre langue et pour le soutien des autres langues maternelles algériennes. Pardon de défendre le plurilinguisme algérien y compris la place de la langue française qui fait partie de notre histoire et de la considérer comme un atout pour notre développement et l’ouverture au monde.
Pardon d’avoir cru à une évolution des mentalités avec la reconnaissance de Tamazight et de Yennayer et de constater que c’était un moment d’égarement de votre part car vous revoilà reprenant avec encore plus de vigueur le chemin de l’idéologie panarabiste.
Pardon de croire que la préservation de la paix civile et la protection des croyances passent par la sécularisation en séparant le champs politique du religieux.
Pardon d’avoir investi dans le savoir et la pensée rationnelle et non dans la pensée magique et la superstition.
Pardon d’avoir consenti des efforts à l’école, au lycée et à l’université pour décrocher des diplômes et les meilleurs places, suscitant régulièrement courroux et calomnies.
Pardon d’avoir occupé, par conséquent, des postes demandant des compétences dans l’industrie, la médecine, l’université, à l’origine de vos accusations de népotisme et d’accaparement des hautes fonctions du  pays.
Pardon d’avoir, avec nos petits moyens locaux, malgré les difficultés et entraves, fait de nos villes et villages des pôles de culture ouverte par l’organisation de festivals, de salons du livre et d’espaces de débat où sont invités écrivains, intellectuels, artistes de toutes les régions d’Algérie et du monde afin de nous enrichir mutuellement.
Pardon d’avoir donné des noms prestigieux universellement connus qui valorisent l’Algérie, dans le domaine des sciences, de la culture, de la musique et du sport.
Pardon d’avoir imaginé et rêvé d’une Algérie démocratique, moderne, ambitieuse, ouverte au monde, riche de sa pluralité assumée et sortie de ses archaïsmes.
Pardon de vouloir inscrire l’Algérie dans une sphère civilisationnelle qui n’appartient ni à l’Orient ni à l’Occident mais qui est légitimée par ses racines, son histoire, sa personnalité et de vouloir œuvrer à la construction d’un bloc nord-africain de même substrat, qui pourra peser dans la géopolitique régionale de la rive sud de la Méditerranée
Pardon d’avoir eu l’outrecuidance de croire faire œuvre de patriotisme en voulant toujours tirer le pays vers le haut et souhaiter ce que nous pensions être le meilleur pour l’Algérie .
Pour que la Kabylie ne soit plus un obstacle pour vous, l’opération « zéro kabyle » menée avec brio, détermination et constance, dont l’un des derniers trophées est la disparition du journal « Liberté » , doit pouvoir se poursuivre.
N’ayant pas de terre de rechange contrairement à vous qui avez la vastitude du monde arabe, il nous reste à compléter ce qui a été fait l’été dernier et à nous immoler nous- même, cette fois- ci totalement.
Et ainsi, sans la Kabylie vivante, cette « empêcheuse de tourner en rond » , vous vivrez enfin heureux.
Une zouave repentante,
Taous Ifri 
PS :  un vrai pardon, en revanche, et une grande reconnaissance à toutes celles et ceux qui, dans un grand élan fraternel, sont venus aider et soutenir la Kabylie en proie aux flammes, parfois au prix de leur vie.
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