24 avril 2024
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Pensée du vieux prof : Le sosie à la darbouka !

DIGRESSION

Pensée du vieux prof : Le sosie à la darbouka !

Comme beaucoup de jeunes gens de ma génération, il y avait un secret espoir que les jeunes filles voient en vous un tout petit peu de Robert Redford. Tout au moins lorsqu’elles perdaient la tête un tout petit moment.

Puis, à un âge plus mûr, vous ne vous cachez pas que ce serait tout de même chouette si on repérait en vous le soupçon d’une ombre de What Else, celui qui fait la promo du café et qui les rend folles à en boire des litres.

Mais un jour, car il existe toujours « un jour » dans l’existence d’un être humain, où tout bascule. Vous recevez sur la tête une vérité, aussi lourde que celle qu’ont reçu sur la tête mes pauvres et défunts beaux-parents lorsqu’elle leur a avoué « Il est oranais et, en plus, il est sans le sou ! ».

Elle ne voulait pas les achever en rajoutant « Et il est athée ! », ils n’auraient pas survécu, les malheureux.

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Boumediene Sid Lakhdar

Eh bien, pour moi, ce jour fut un jour où un étudiant s’approcha de moi et me dévisagea. Je sentais bien qu’il allait me dire quelque chose à propos de mon apparence, d’une ressemblance.

Enfin on va me le dire, enfin un brave garçon qui a le regard intelligent de ceux qui savent apprécier les grands hommes va me révéler cette vérité tant attendue. Et comme il n’est pas de la génération de Robert Redford, j’étais persuadé qu’il allait me dire « What else ! ».

 Au contraire, le toit de la salle allait s’effondrer sur ma tête lorsqu’il me dit, sans retenue « À Enrico Macias, vraiment, c’est fou ce que vous lui ressemblez ! ».

Alors, pour ne pas perdre la face, j’ai répondu piteusement, pour camoufler mon désespoir, « Normal, il est de chez moi ! ».

Et je vous assure que cela n’a cessé depuis ce jour-là au point où je répondais, avant même qu’on me le dise, « C’est normal, il est de chez moi ! ».

Mes chers amis, vous l’avez compris, c’est l’apparition des cheveux blancs qui m’avait fait basculer du rêve juvénile, inaccessible et impossible, d’un look à la Robert Redford (comme disent les jeunes) à la star couscous-merguez, sans même passer par la phase What else.

Il se fait, justement, que cette période fut le début de mon militantisme (modeste) pour le retour d’un enfant du pays, avant même la réflexion de cet étudiant. J’ai d’ailleurs souvent été inondé sur les réseaux sociaux de propos sévères, voire insultants à propos d’Enrico Macias.

Puisque c’est ainsi, je me propose de rentrer pour donner un concert géant, en sosie, muni d’une darbouka et je chanterai « Ah qu’ils sont idiots les généraux de mon pays, laȉ  laȉ laȉ… ! ».

Mince, je viens de me rappeler que je n’ai même pas de passeport, je ne pourrai chanter ni devant mes lions de la Place d’Armes d’Oran ni face au Pont suspendu de Constantine.

J’ai quitté mon pays et je n’y reviendrai plus, comme lui. Ce n’est donc pas la ressemblance physique qui peut rapprocher les histoires des êtres humains mais la destinée commune.

Sauf que pour moi, ce sera sans le talent de la musique car si je chante avec une darbouka, ce sont les Algériens qui quitteraient leur pays. C’est par dizaine de milliers qu’ils l’ont déjà fait en écoutant Cheb Khaled, n’en rajoutons pas.

 

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant

 




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