Après une longue exploration de ses origines, Fanette Lallier, née sous X à Marseille en 1974, signe Plume et le peuple de feu, une nouvelle intense et poétique qu’elle dédie à tous les enfants placés. Cette œuvre, à la fois intime et universelle, mêle mémoire familiale, culture kabyle et quête identitaire, transformant le parcours personnel de l’autrice en un récit lumineux et profondément humain.
Plume, héroïne de la nouvelle, grandit dans la montagne kabyle sous la protection de Messoud, figure paternelle choisie et pilier de son enfance. Dotée de dons mystérieux – soigner avec la terre, percevoir le feu, danser en transe – elle est guidée par Malaka, matriarche et gardienne des secrets du « peuple de feu ». Chaque geste, chaque parole de Malaka est chargé d’héritage, de responsabilité et de mémoire, préparant Plume à la rencontre de sa famille biologique.
La révélation centrale est à la fois délicate et puissante : Mia, installée à Aubagne avec son mari Hakim et leurs neuf enfants, est la grand-mère biologique de Plume et fille de Malaka. Salima, mère biologique de Plume, porte depuis dix-huit ans un secret et un mal de vivre liés à l’abandon de sa fille. La confrontation des trois générations – Plume, Salima et Mia – permet une réconciliation immédiate, libérant les fantômes du passé et réaffirmant l’importance des racines, de la filiation et de la famille choisie. Messoud reste à leurs côtés, protecteur et garant de l’amour inconditionnel.
Une quête enracinée dans la réalité
« J’ai voulu raconter ce que signifie être née sous X, vivre l’abandon et chercher ses racines », explique Fanette Lallier. « Plume est une fiction, mais son parcours reflète le vécu de nombreux enfants placés ou adoptés. La Kabylie et le peuple du feu sont à la fois un cadre symbolique et un refuge protecteur. »
Le récit transporte le lecteur dans les montagnes du Djurdjura, au cœur de rituels féminins autour du feu, de chants et de transes, où la force féminine et la transmission culturelle sont essentielles. Chaque scène est décrite avec un soin quasi cinématographique : les flammes dansantes, la magie des plantes, le toucher des mains et les gestes silencieux deviennent autant de véhicules d’émotions et de mémoire.
De la Kabylie à Aubagne : l’exil et la modernité
Fanette Lallier juxtapose la Kabylie ancestrale à la vie contemporaine en France. La maison de Mia à Aubagne devient un espace vivant où tradition et modernité se côtoient : semoule au miel partagée, bains, jeux des enfants, et même une machine à laver en plastique qui symbolise réussite et adaptation. La communication entre Mia et ses petits-enfants, souvent silencieuse, repose sur les regards et les gestes – héritage direct du « don » de Malaka – soulignant la puissance des liens familiaux et de l’héritage invisible.
Magie, silence et transmission
Le don de transmission silencieuse est central. Mia et Malaka communiquent par l’émotion et le regard, au-delà des mots, incarnant la force des liens familiaux et la transmission culturelle. L’écriture de Lallier est à la fois poétique et réaliste, rythmée par la tension de la quête identitaire et l’intimité des scènes domestiques, mêlant suspense, tendresse et sensibilité.
Des chiffres qui frappent
La nouvelle évoque aussi la réalité sociale : plus de 140 millions d’orphelins dans le monde, 700 naissances sous X chaque année en France, et 250 000 mineurs vivant en foyer. Ces chiffres donnent un poids universel à l’histoire, montrant que la fiction de Plume résonne avec le vécu de nombreux enfants abandonnés ou placés.
Style et valeurs humaines
Le style de Fanette Lallier se distingue par sa précision descriptive, son souffle cinématographique et son engagement émotionnel. Les valeurs centrales : résilience, transmission, force féminine et importance de la famille choisie et biologique. Le récit célèbre la réconciliation, la douceur et la reconnaissance des origines, offrant un « happy end » sensible et réaliste.
Un livre court mais dense
Avec seulement 48 pages, Plume et le peuple de feu condense un univers riche. Chaque geste, chaque regard, chaque détail magique est pensé pour immerger le lecteur dans un récit vibrant et vivant. La magie, le quotidien et les secrets de famille se côtoient pour créer un texte qui se lit comme un film.
En conclusion
Fanette Lallier signe un texte qui dépasse la fiction : un hommage à la Kabylie, à la famille et à tous les enfants qui cherchent leurs racines. Par son écriture sensible, elle transforme l’abandon en célébration des liens humains, choisis ou retrouvés. Plume et le peuple de feu est un petit bijou de résilience, de poésie et d’humanité, qui trouvera sa place auprès des lecteurs attentifs à l’histoire, aux traditions et à la quête identitaire.
Djamal Guettala
Plume et le peuple du feu de Fanette Lallier. Éditeur : Autoédition. Décembre 2025

