30 novembre 2022
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Plus ça change de gouvernement, plus c’est le même gouvernement 

Le gouvernement
Le conseil des ministres. Source : La page Facebook de la présidence.

L’histoire est un éternel recommencement et la géographie une source intarissable de revenus en devises. Depuis l’indépendance, ce sont les hommes au pouvoir qui se chargent d’écrire eux-mêmes les règles du pouvoir.

La présidence de la république comme pour le cabinet d’un médecin. Chacun grave son empreinte sur une plaque en marbre que son successeur s’efforcera de l’enlever pour la remplacer par la sienne en renvoyant la clientèle de son prédécesseur et en se constituant sa propre clientèle. Il y a autant de constitution que de présidents régnants.

A chaque changement d’homme correspond un changement de lois et de règlements. Il existe donc une infinité de lois et de règlements. Des lois qui se superposent, s’opposent, se chamaillent, se contredisent, se neutralisent mais ne se confessent jamais en terre d’islam. Depuis la reconduction de la législation coloniale sauf dans ses dispositions concernant la souveraineté nationale que d’eaux ont coulé sous les ponts. Les unes d’inspiration françaises, les autres d’inspiration soviétique.

Nous vivons dans le contexte d’une guerre froide sous un climat chaud discourant aux pieds des pyramides d’Egypte sur la fragilité du monde sous le regard attristé de Bonaparte Napoléon.  Le code Napoléon est notre code civil, notre code de la route. Comme de coutume, nous clignotons à gauche pour tournernà droite et se retrouver dans le ravin, le ravin de la femme sauvage. Elle n’est plus sauvage, elle a mis son jean caché sous son hidjab qu’elle voudrait blanc comme la blancheur du paradis. C’est pourquoi les lois d’inspiration anglo-saxonne tardent à se concrétiser sur le terrain sécurisant les investisseurs étrangers en quête d’une certaine stabilité.

Pour de nombreux juriste, c’est un véritable maquis juridique, un toilettage des textes s’impose. L’accélération des évènements politiques en Algérie continue d’entretenir la confusion et l’inquiétude. Les regrettables voltes faces des uns et des autres contribuent gravement à accentuer les interrogations et à conforter l’écœurement généralisé. La dérive dans l’expression quotidienne touche aussi bien les discours que les concepts.

Que font ceux qui se sont investis dans le génie de la plume et des idées. Est-ce le regard qui s’éteint ou la plume qui se brise ?

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Pourtant ni la creuse magie du pouvoir, ni les vraies chimères des nantis du régime et encore moins le pathétique réveil des héros de la révolution ne doit nous faire renoncer à élucider un peu mieux les raisons de ce désarroi. Trop proche de l’Etat et fort éloignée de la société, l’intelligentsia toutes tendances confondues a mis son savoir au service du pouvoir et ayant cédé aux attraits des fonctions d’autorité matérielles et symboliques, elle n’a pas cherché à formuler des questions esquivées par le discours d’autorité. Transformant sa réflexion en simple sous-traitante des décisions politiques, elle est devenue en revanche incapable de fournir des pensées libres et lucides, aptes à rendre compte de l’imaginaire collectif et des pratiques sociales. L’histoire recèle tant de leçons dans lesquelles bien de vérités ont déjà été énoncées, il suffit de se réformer dans ses attitudes et dans ses comportements.

Il suffit de se regarder dans la glace sans rougir. Se remettre en cause et enquêter soi-même sur les avantages et les acquis d’une carrière artificiellement prospère que la jeunesse découvre et met à nu la mort dans l’âme puisque s’agissant de ses aînés que peuvent être ses parents ou ses grands-parents.

C’est pourquoi la réhabilitation de la dignité de l’individu ne peut être restaurée que par la dépersonnalisation des rapports dans le travail c’est-à-dire le primat du professionnalisme sur le clientélisme voire le tribalisme. Pour que l’esprit de la civilisation moderne s’épanouisse, il faut qu’il y soit une relation entre le travail et sa rétribution.

Il faut que l’entrepreneur ou le travailleur ait le sentiment qu’une augmentation de ses efforts se traduira par une amélioration de son sort. Or dans un pays où les revenus sont distribués selon des critères de proximité du cercle du pouvoir et/ou d’adhésion à une communauté d’intérêts, il devient difficile sinon impossible à un individu quel que soit son travail ou ses aptitudes d’accéder à un minimum de confort matériel sans prêter allégeance au prince du moment.et/ou sans donner des gages de compromission.

En effet, tant que les relations personnelles avec la hiérarchie sont intéressées et donc intéressantes, nombreux peuvent être les avantages, les faveurs et les privilèges. Les techniques d’approche sont personnelles, la stratégie est commune. Le bénéfice est individuel mais le risque est collectif. « tu me prends par le ventre, je te tiens par la barbichette ». Il y a une solidarité de groupe.

Il y a point de réussite sociale en dehors du groupe. La personnalité de chaque individu se fond et se confond avec le groupe et devient un élément d’un tout disparate, précaire et révocable. Lorsque de telles relations envahissent tous les espaces et neutralisent toutes les fonctions, le pouvoir rentier distributif devient par voie de conséquence le régulateur exclusif de la société dans son ensemble.

La vie politique, économique, et sociale, s’organise autour de la distribution de cette rente à travers des réseaux clientélistes et de soumission au pouvoir politique. La société algérienne est fondée sur la négation de l’individu libre et elle fonctionne au commandement. Or une des défaillances de l’économie nationale réside dans l’irresponsabilité des vrais décideurs. Elle s’observe d’une manière presque caricaturale en Algérie.

En effet, s’il existe un lien étroit et automatique entre autorité et responsabilité dans la logique d’un système libéral où la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire est de rigueur.

Il y a dictature, chaque fois que l’autorité est concentrée entre les mains d’un homme ou d’un groupe qui l’exerce sans responsabilité, sans contrôle, sans sanction positive ou négative. De cette dialectique autorité/responsabilité résulte l’équation suivante : Autorité sans responsabilité se nomme dictature, responsabilité sans autorité se nomme anarchie, l’idéal démocratique serait de conférer l’autorité optimum assortie d’un maximum de responsabilité compatible avec l’intensité du pouvoir exercé.

Minées d’emblée, et à tous les niveaux par des comportements plus proches de la jouissance individuelle de privilèges acquis par le réseau de cousins que de la déontologie professionnelle, protégées de toute concurrence par leur situation de monopole, les entreprises publiques devinrent rapidement des machines à distribuer des salaires plutôt que des entreprises chargées de produire des biens et service de qualité tout en dégageant un profit.

Comme, on le constate, l’Algérie indépendante s’est avérée impuissante à mettre en place des institutions économiques jouissant de la légitimité nécessaire pour fonder un principe hiérarchique et le respect de l’autorité.

A tous les niveaux, ces entreprises publiques et les règles qu’elles édictaient furent incapables de s’imposer aux réseaux de solidarités fondées sur les liens de parenté. Profondément ancrés dans les esprits, ces réseaux se reconstituèrent très vite derrière le paravent des organigrammes qui demeurèrent les véritables canaux d’accession au pouvoir sur les ressources et sur les hommes c’est à dire au pouvoir de signature des recrutements, des commandes d’achats, des ventes, des dépenses et des licenciements. Les structures ne sont en réalité que des façades dissimulant des réseaux occultes et mouvants de relations lucratifs entre- cousins.

La persistance des solidarités communautaires fondées sur les liens de parenté semble bien être l’obstacle décisif à la construction d’une économie féconde et durable. Il n’est pas exagéré de dire que l’entreprise publique est le lieu de l’irresponsabilité généralisée et institutionnalisée. C’est beaucoup plus une pratique qu’un principe de gestion édicté par le législateur.

Au niveau des entreprises, un changement d’un directeur général implique un changement du personnel d’encadrement ou des promotions nouvelles. Cette pratique de base verrouille le fonctionnement de l’entreprise et ferme la voie au recours à l’autorité hiérarchique immédiate. La confiance avant la compétence, comme pratique de nomination à des postes de responsabilité réduit ou élimine les voies de recours que pourraient utiliser les travailleurs en cas de conflit avec les chefs immédiats.

La transformation de l’entreprise en EPE exige une valorisation des compétences techniques et une réhabilitation du métier et du professionnalisme. Après cinq décennies d’assistance totale de l’Etat, l’entreprise est-elle capable de prendre en mains son destin et de mettre son personnel sérieusement et professionnellement au travail ? Si la question est simple au niveau de sa formulation, elle est par contre complexe au niveau de ses implications. Comment libérer ces énergies ? Rompre avec les liens d’assistance de l’Etat ? Devenir des travailleurs libres ? L’entreprise algérienne pourrait-elle réaliser cette mutation ?

Dr A. Boumezrag

(*) le titre est un proverbe roumain.

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