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Pour les états généraux de la science universitaire algérienne

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« La science comme profession et comme vocation, pour parler comme Max Weber (Weber, 2002 [1919]), n’est pas seulement connectée aux intérêts, mais elle l’est également aux inquiétudes et aux espoirs de son époque. » (1)

L’université algérienne soulève des questionnements aux plans tout aussi conceptuel que socio-pédagogique. Détenant une place de choix, l’université, malgré sa fragilité, reste l’endroit où le peu de savoir qu’il y a est destiné aux masses. Il serait une lapalissade que de dire que les problèmes socio-pédagogiques restent les plus marquants et les plus manifestes dans l’espace médiatique. Il y a également une crise éthique liée aux fondements moraux de la science universitaire. « L’enseignement et la formation ont occupé une place centrale dans les stratégies politiques algériennes durant les premières décennies de l’indépendance, de 1962 à 1980. Outre leur contribution à la construction de la société et de l’économie, ils ont pour fonction de doter l’État d’une légitimité scientifique dont l’absence est vécue par les dirigeants, arrivés au pouvoir par les armes, comme un handicap lancinant. » (2) Cela a été soulevé à maintes reprises par les enseignants, les syndicats et tout le personnel institutionnel. Mais évoquons le rapport de l’université à l’épistémè. Et, je le pense, c’est de là que démarrera notre mutation politique.

D’abord, les sciences permettraient l’éradication des idéologies identitaires (conservatrices et ethnicistes). Les recours à la dépolitisation de l’université par divers moyens ont, malgré certaines « dérives », échoué. L’université est restée prête à l’engagement social et politique. « La politisation de la contestation estudiantine et la revendication de changement du régime s’est exprimée de manière inédite depuis la dissolution de l’UNEA en 1971…et les événements d’Octobre 1988. » (3)

Les sciences mettront l’accent sur la nécessité de se munir du référent scientifique pour n’exiger au sujet national qu’un soubassement psychologique par lequel il pourra y avoir une base pour imaginer un régime socio-politique à notre groupe, qui peine à être considéré comme société. Les sensations que laisse la quête du savoir sont un ensemble de dispositions psychologiques légitimées par les divers centres de réflexion. Que faut-il faire, quelles réflexions il faut consulter ? Examiner une notion mathématique : cela nous rend-il capables de trouver une indication scientifique guérie de la névrose de soi à soi (notamment ce qui est lié à l’ethnie) ? A ce jour aucun travail de synthèse des travaux de philosophes algériens n’est réalisé, faute de dogmatismes qui touchent le versant ontologique de l’Être. 

« Le secteur de l’enseignement supérieur souffre depuis le début des années 1980 de l’absence d’une politique nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Cette politique doit fixer les objectifs stratégiques en fonction des besoins économiques, sociaux et culturels de la société algérienne. L’unique « politique » des pouvoirs publics demeure la gestion des flux d’étudiants. » (4) Sortie d’une guerre et d’un colonialisme ravageurs, le personnel politique (encadré par des militaires) s’est engouffré dans la construction d’un Etat autoritaire et s’est laissé emporter par les logiques sécuritaires. Le peu de savoir qu’il y avait fut contraint à se créer sa propre doctrine et ses propres dogmes. Mais nous comprenons de là que les constructions d’édifices philosophiques d’Etat sont dépourvues de tous les composants essentiels au sujet collectif.

Comme la problématique Algérie est multiple, nous ne pourrons dire de l’Algérie qu’elle est incapable d’être identifiée sous une quelconque vision, vu les diverses tendances idéologiques qui l’ont faite et qui la font. Bien avant la révolution, les courants politiques essayaient de se positionner selon ce que les contextes (inscrits dans des temporalités faisant fusion entre elles pour donner à la matière la possibilité de se manifester) exigeaient en vue de maintenir les tensions vives et porteuses de la lecture manichéennes des faits. L’épistémè devient une donnée qui donne corps aux diverses positions critiques qui agissent dans l’espace commun, surtout scientifique. Entre doxa et épistémè, la tension est à son extrême. 

Perçue comme espace relevant de la pureté intellectuelle, l’épistémè s’offre à des comportements tout à fait ordinaires, voire banales. « …la communauté épistémique n’est pas au sens strict une communauté savante coupée des réalités de la politique et du pouvoir, mais un réseau d’experts dans un secteur donné, possédant une communauté de pensée et d’action. » (5)  Les sciences, fragmentées, et contraintes à être exercées dans les « territoires » qui lui sont accordées, deviennent une sorte de cap anhistorique concernant la pédagogie. Nous savons bien que la pédagogie est une source inépuisable de culture et de civisme, mais l’épistémè prime et elle a autorité sur le savoir que l’enseignant dispense. Il y a des savoirs transversaux et des savoirs fondamentaux. La création d’académie d’épistémologie pourrait résoudre multiples problèmes, mais aucun sens n’est soustrait aux espaces dévolus aux idéologues. Les contextes socio-historiques ont été le réceptacle de matières irréductibles à de simples moyens d’opposition à la spiritualité. 

Pour donner des savoirs liés à notre existence effective, les sciences devraient être discutées par deux modalités : soit organiser des assemblées générales des chercheurs ; soit faire les Etats Généraux des sciences universitaires. Ce sera la victoire de la réflexion contre les ghettoïsations, la pensée contre les chauvinismes et la liberté contre les appareils. 

Les universitaires sont appelés à donner de la légitimité aux savoirs qu’ils emploient dans leurs tâches tant pédagogiques que conceptuelles. 

Abane Madi   

  1. Cornu P., 2023. Un historien en interdisciplinarité. Essai d’épistémologie située. Nat. Sci. Soc. 31, 1, 103-109. 
  2. Khelfaoui, H. (2003). Le champ universitaire algérien entre pouvoirs politiques et champ économique. Actes de la recherche en sciences sociales, 148(3), 34-46. https://doi.org/10.3917/arss.148.0034.
  3. Siham Beddoubia, « Engagements étudiants en Algérie post-22 février. Sociohistoire d’un mouvement « désenchanté » », L’Année du Maghreb [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 05 décembre 2023, consulté le 07 janvier 2026. URL : http://journals.openedition.org/anneemaghreb/12769 ; DOI : https://doi.org/10.4000/anneemaghreb.12769 
  4. Contribution à l’analyse de la crise de l’université algérienne, Farid Cherbal Enseignant chercheur l’USTHB Publié dans El Watan le 19 – 05 – 2011. Le texte est consultable au lien suivant : https://www.djazairess.com/fr/elwatan/1357245 
  5. Viltard, Y. (2006). L’étrange carrière du concept foucaldien d’épistémè en science politique. Raisons politiques, no 23(3), 193-202. https://doi.org/10.3917/rai.023.0193

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