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Pouvoir en Algérie : la dialectique du centre et de la périphérie

Tebboune

Nous nous adonnons à un exercice périlleux et hasardeux. Nous attaquer au pouvoir dans notre pays sous un angle nouveau. Nous convoquons deux concepts utilisés en sémiotique, le centre et la périphérie lesquels ont été utilisés par Lotman (sémioticien russe).

Notre présente analyse est un simple exercice académique. La réalité du pouvoir peut nous échapper. Il se peut que nous soyons à des années lumières de ce qu’est le pouvoir en Algérie (influences des lobbys…etc). Contentons nous de cette pratique discursive. Apportons, humblement notre pierre à l’édification d’une nation digne et fière.

La sémiosphère est l’environnement sémiotique propre à une culture donnée, selon la théorie développée par le sémioticien russe Yuri Lotman. Elle se définit comme l’espace englobant structuré par les échanges dynamiques de sens au sein d’une société ou d’un groupe culturel.

La sémiosphère se compose de deux zones principales: son centre et sa périphérie. Le centre réfère au noyau dominant de codes culturels, de valeurs et de narrations qui font largement consensus au sein du groupe concerné. La périphérie désigne quant à elle les marges interprétatives, les mouvements émergents et les apports extérieurs plus contestataires ou subversifs.

Il existe une tension permanente entre centralité et rénovation sémiotique à la périphérie. Les éléments périphériques, s’ils sont adoptés par une masse critique, peuvent à leur tour devenir centraux et faire évoluer la grammaire culturelle dominante. A l’inverse, les autorités établies tentent souvent d’homogénéiser les marges au profit du centre hégémonique. Ainsi, la sémiosphère se caractérise-t-elle par une autorégulation dynamique du sens via l’interaction constante entre son cœur consensuel et ses frontières renégociées.

La réalité du pouvoir en Algérie, il est vrai que le centre, représenté par l’élite politique et le pouvoir centralisé, tend à être normatif et coercitif. Le centre exerce son influence pour promouvoir une vision spécifique de l’histoire et de l’identité nationale, souvent à travers une lecture du roman national qui glorifie et renforce le pouvoir en place.

Le centre politique en Algérie cherche à imposer une interprétation officielle de l’histoire et de l’identité nationale qui justifie son autorité et sa domination. Cette lecture du roman national met en avant les réalisations et les succès du pouvoir en place, tout en minimisant ou en ignorant les voix dissidentes et les revendications périphériques.

Le centre politique utilise divers outils pour maintenir cette lecture normative et coercitive du roman national. Cela peut inclure le contrôle des médias, la censure, la manipulation de l’éducation et la répression des voix dissidentes.

L’objectif est de créer un récit national qui renforce le pouvoir central et maintient l’ordre établi. En revanche, la périphérie, représentée par les régions marginalisées et les groupes sociaux exclus, est souvent subversive. Elle remet en question la vision normative imposée par le centre et conteste le récit national officiel. La périphérie porte souvent des revendications d’autonomie, de reconnaissance culturelle et de redistribution des ressources.

Les mouvements et les voix de la périphérie, qu’ils soient régionaux, ethniques ou socio-économiques, remettent en cause le pouvoir centralisé et cherchent à élargir les espaces de participation politique et d’autonomie. Ils peuvent utiliser des moyens de communication alternatifs, tels que les réseaux sociaux et les médias indépendants, pour faire entendre leurs revendications et contester la vision normative du centre. Il est à noter que cette dynamique entre le centre normatif et coercitif et la périphérie subversive est une caractéristique commune à de nombreux systèmes politiques. Cependant, en Algérie, cette tension est particulièrement présente en raison de l’héritage colonial, des inégalités socio-économiques et des revendications régionales et ethniques.

La réalité du pouvoir en Algérie est marquée par la tendance normative et coercitive du centre, qui cherche à imposer une lecture du roman national glorifiant et renforçant le pouvoir en place. En réponse, la périphérie se révèle souvent subversive, remettant en question cette vision imposée et cherchant à défendre ses propres revendications et aspirations. Cette dynamique entre le centre et la périphérie est un aspect important à considérer pour comprendre la réalité du pouvoir en Algérie.

Toufik Fourtas et Lyes Bouheda transférés à la prison de Tiaret 

Depuis l’avènement d’Abdelmadjid Tebboune en 2019, le pouvoir en Algérie a mis en œuvre des mesures visant à étouffer les voix dissidentes et à réduire l’opposition à une simple expression. Ces tentatives ont été marquées par l’interdiction du mouvement Hirak, la répression des manifestations pacifiques et l’arrestation de centaines d’opposants, suivies de leur incarcération arbitraire. L’interdiction du mouvement Hirak, qui a émergé en 2019 en tant que mouvement populaire de protestation contre le pouvoir en place, a été l’une des mesures les plus significatives prises par le gouvernement pour réprimer les voix dissidentes. Les manifestations pacifiques du Hirak, qui revendiquaient des réformes politiques, la lutte contre la corruption et des élections libres et transparentes, ont été interdites et réprimées par les forces de sécurité.

En outre, le pouvoir en Algérie a également intensifié la répression contre les opposants politiques et les activistes. Des centaines d’opposants ont été arrêtés et placés en détention, souvent de manière arbitraire et sans respect des procédures légales. Ces arrestations ont été critiquées par des organisations de défense des droits de l’homme, qui ont souligné les violations des droits humains et les atteintes à la liberté d’expression et d’association.

Cette répression des voix dissidentes et des manifestations pacifiques a suscité des préoccupations sur la situation des droits de l’homme en Algérie et a été largement condamnée par la communauté internationale. Les arrestations arbitraires et l’incarcération des opposants politiques ont été considérées comme des atteintes aux principes fondamentaux de la démocratie et de l’État de droit.

La restriction de l’opposition et la répression des voix dissidentes sont des obstacles à la construction d’une société démocratique et pluraliste en Algérie. La diversité des opinions et des expressions, éléments essentiels pour un débat politique sain et la recherche de solutions aux défis auxquels le pays est confronté.

En résumé, depuis l’arrivée de Tebboune à la présidence, le pouvoir en Algérie a mis en place des mesures pour étouffer les voix dissidentes, notamment par l’interdiction du mouvement Hirak, la réduction de l’opposition à une simple expression, et l’arrestation et l’incarcération arbitraire de centaines d’opposants. Ces actions soulèvent des préoccupations concernant les droits de l’homme et la démocratie en Algérie.

La notion de « sémiosphère » développée par le sémioticien russe Iouri Lotman a été une grille de lecture utile qui nous a permis d’analyser le système politique en Algérie.

La sémiosphère  englobe l’ensemble des systèmes de signes et de symboles qui constituent une culture ou une société donnée. Elle représente l’espace où se déploient les processus de communication, de signification et de construction du sens.

Dans le contexte politique algérien, la sémiosphère peut être appliquée pour comprendre comment le pouvoir central en Algérie utilise les symboles, les discours et les signes pour maintenir son autorité et contrôler la narration nationale. Le pouvoir en place cherche à imposer une lecture spécifique de l’histoire, de l’identité nationale et des valeurs, en utilisant des signes et des symboles qui renforcent sa légitimité et sa domination.

Le pouvoir en Algérie use de symboles nationaux tels que le drapeau, les héros nationaux, les slogans politiques, pour créer une identité collective et un sentiment d’appartenance à la nation. Ces symboles sont convoqués pour renforcer le pouvoir central, en associant l’idée de patriotisme et de loyauté au régime en place. La sémiosphère permet également d’analyser comment les voix dissidentes et les mouvements de contestation en Algérie utilisent des signes et des symboles alternatifs pour exprimer leur opposition au pouvoir central. Ils inventent de nouvelles narrations, de nouveaux symboles et de nouvelles formes de communication pour remettre en question le récit officiel et promouvoir des idées et des valeurs alternatives.

L’application de la grille de lecture de la sémiosphère au système politique algérien permet de mettre en évidence les mécanismes de pouvoir, de contrôle et de communication utilisés par le pouvoir central en Algérie, ainsi que les contre-narrations et les mouvements de contestation qui émergent en réponse à ces discours dominants.

En conclusion, la sémiosphère de Lotman nous offre une perspective intéressante pour analyser le système politique en Algérie, en mettant l’accent sur les processus de communication, de signification et de construction du sens. Elle permet d’explorer comment le pouvoir central utilise les symboles, les discours et les signes pour maintenir son autorité, ainsi que comment les voix dissidentes et les mouvements de contestation utilisent des signes et des symboles alternatifs pour exprimer leur opposition.

Said Oukaci, Doctorant en Sémiotique

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